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La sexualité féminine en Algérie : entre norme, invisibilité et résistance

Dans l’imaginaire collectif algérien, la sexualité féminine reste enfermée dans un triptyque : mariage, maternité, silence. Cette enquête explore ces zones de silence imposé, là où le plaisir devient un acte de rébellion, notamment pour les plus invisibilisées, les femmes en situation de handicap.

Amel Hadjadj Amel Hadjadj
17 novembre 2025
dans Dossiers
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Cette publication est également disponible en : English (Anglais) العربية (Arabe)

En Algérie, parler de sexualité, c’est d’abord affronter un vide : statistique, institutionnel et symbolique. « Contrairement à d’autres pays, nous n’avons aucune enquête nationale sur la sexualité », rappelle Khadidja Boussaïd, sociologue au Centre de Recherche en Économie Appliquée pour le Développement (CREAD) de l'Université d'Alger. « L’Office National des Statistiques mesure la consommation, l’emploi, le logement… mais pas la sexualité », ajoute la chercheuse, également membre associée au Centre d’Études Genre de l'Université de Lausanne en Suisse.
Cette absence de chiffre n’est pas neutre : elle reflète un tabou politique et moral qui réduit la sexualité à sa fonction reproductive.

La sexualité : quasi désert scientifique

Dr Khadidja Boussaid, photo d'Amel Hadjaj

Pour éclairer ce manque, Khadidja Boussaïd cite les rares travaux ayant tenté de briser ce silence.
Dans les années 1980, la sociologue Fatma Oussedik et plusieurs chercheuses publient Femmes et fécondité en milieu urbain, ouvrage pionnier sur la contraception et le planning familial, où elles évoquaient déjà des questions de sexualité dans un contexte de maîtrise démographique.

Deux figures majeures ouvrent ensuite la voie à une réflexion sur « la sexualité de l’intime » au Maghreb, selon Khadidja Boussaïd. D'abord le sociologue tunisien, Abdelwahab Bouhdiba avec La société maghrébine face à la question sexuelle (1984) qui interroge les liens entre religion, colonisation et corps social. Puis, l'anthropologue algérien Malek Chebel avec L’esprit du sérail (1988), qui analyse les tabous et zones d’ombre du désir.

Plus récemment, en 2023, le psychiatre Farid Kacha publie Cette chose-là…, où il aborde la sexualité entre biologie et psychologie à travers des cas cliniques. Il souligne l’absence de sexologie comme discipline scientifique en Algérie. « Le titre du livre lui-même dit beaucoup du tabou de nommer la sexualité », note la Docteure Boussaïd.

En dehors de ces travaux, le désert scientifique demeure. « Il n’existe aucune enquête ciblée sur la sexualité en Algérie, seulement des études sur la santé reproductive », relève-t-elle. Les MICS (Multiple Indicator Cluster Survey), traitent de la fécondité et contraception, mais ignorent le plaisir, désir et l'intimité.

Ce vide est aussi vide politique : il trace les limites de ce que la société accepte de nommer. La reproduction, oui. Le plaisir, non.

Une première enquête en cours sur la sexualité en Algérie

En 2021, Khadidja Boussaïd décide de rompre le silence. Avec le psychologue Boukraa Aïssa, elle lance la première enquête quantitative sur la sexualité en Algérie : « La sexualité et les rapports de genre en Algérie ». Près de 900 personnes y participent — un travail inédit, encore en cours, non achevé et non publié.

« Sociologiquement, on ne parle pas de la sexualité, mais des sexualités : un phénomène à la fois individuel et social, cérébral et corporel », précise-t-elle. Les résultats provisoires bousculent déjà les certitudes : 55 % des participant·es estiment que la sexualité ne dépend pas du mariage, et 56 % la définissent d’abord comme un espace de plaisir. Ces tendances révèlent un changement silencieux des représentations.

« La sexualité ne commence pas avec le mariage ; elle commence avec le fantasme. Dès qu’on désire, on est sexuellement vivant », insiste la sociologue. Dans un pays où les institutions n’étudient pas encore ces questions, l’enquête montre que ce que l’on croit être la réalité n’est souvent qu’un fantasme social : derrière le silence, la société vit déjà autrement.

« On parle du célibat des femmes, jamais de celui des hommes », observe Khadidja Boussaïd. Pourtant, les deux évoluent en parallèle. Depuis 1966, l’âge du premier mariage n’a cessé de reculer : de 18 ans à près de 30 ans pour les femmes et de 23 à 33–35 ans pour les hommes. Ce retard ne traduit ni un rejet du couple ni de la sexualité, mais une transformation des temporalités et des attentes : « Les femmes ont décalé leur horloge sociale — et donc biologique. »  Elles étudient plus longtemps, travaillent davantage et repoussent le mariage, sans renoncer à l’amour ni au désir.
Les hommes, eux, affrontent la crise du modèle du « pourvoyeur » : « Ils veulent continuer à assurer logement, revenu et stabilité, mais c’est de plus en plus difficile. »

La vie de couple s’invente alors autrement, hors des cadres institutionnels, souvent en secret, parfois dans la peur, toujours dans un équilibre fragile entre liberté et contrainte.

Vivre en couple en dehors du mariage

Assia, 36 ans m’accueille dans son petit appartement soigneusement rangé, dans une ruelle calme du centre d’Alger. Depuis trois ans, elle vit une relation stable avec son compagnon sans mariage.

« Au début, c’était très stressant, dit-elle. J’avais peur d’une grossesse, du jugement, et que tout s’écroule si quelqu’un découvrait notre histoire. Je croyais que seul le mariage pouvait me protéger. »
Avec le temps, la peur a laissé place à un équilibre. Le couple fonctionne avec un code discret : un message suffit pour signaler une visite familiale et éviter de se croiser : « C’est notre façon de préserver la paix avec les voisins. On a appris à vivre entre les lignes. »

Aujourd’hui, Assia parle de choix : « Ma relation me convient parce qu’elle respecte ma liberté. Je peux travailler tard, voyager, décider pour moi. Ce n’est pas un refus du mariage, mais un refus de me réduire. Ma seule inquiétude, c’est le désir de maternité : je ne veux pas me marier pour avoir un enfant puis divorcer. »

Son témoignage, qu’elle dit être commun à celui de plusieurs amies, décrit une génération qui ne rejette ni le couple ni la sexualité, mais redéfinit l’amour autrement.

« Ma relation me convient parce qu’elle respecte ma liberté. Je peux travailler tard, voyager, décider pour moi. Ce n’est pas un refus du mariage, mais un refus de me réduire.»

Dans une société où tout est codifié — pudeur (hechma), honneur (sharaf), honte (‘ayb) — le désir devient une forme d’insoumission intime. Et l’intime, rappelle Khadidja Boussaïd, est toujours politique : « La sexualité est façonnée par les images, les mots, les sons. Cinéma, musique, sermons religieux ou publicité modèlent notre imaginaire. »

Aimer malgré les stigmatisations multiples

Nadia nous rejoint pour un café, et avec elle, un autre fragment d’histoire s’ajoute à la voix d’Assia.
Longs cheveux noirs impeccables, vêtements éclatants bleu-turquoise-jaune, chaussures orthopédiques. Appuyée sur sa béquille comme sur un sceptre, Nadia entre avec une énergie qui bouscule le silence et son rire éclatant précède ses mots. Active sur les réseaux sociaux, elle lit et commente les témoignages avec un humour tranchant devenu sa forme de résistance : « Si les hommes ont une sexualité hors mariage selon les commentaires, c’est faute de moyens pour se marier, alors que des hommes mariés cherchent aussi ailleurs. Et c’est encore la faute des femmes : pas pieuses, pas réservées. Nous, on devient les “légères”, les “mauvaises filles”. »

Elle regrette qu’on ne puisse simplement assumer ses besoins affectifs et sexuels. Puis sa voix se calme : « Avec mon handicap, je suis doublement stigmatisée. Quand un homme veut aller plus loin, sa mère refuse. J’ai compris que pour beaucoup, être en couple dépend moins de qui je suis que de ce qu’on voit. » À 39 ans, Nadia préfère les échanges virtuels : « plus simples, parfois attendrissants, et surtout moins humiliants ».
La frontière entre désir et violence est mince : « Très souvent, on ne veut me parler que de sexe, sans même me connaître. Certains profitent de mon handicap pour me pousser à envoyer des photos ou dire des choses que je ne veux pas. »

Quelques minutes plus tard, Assia appelle Inès, 27 ans, leur amie également en situation de handicap. Celle-ci hésite au téléphone, puis confie : « Depuis que j’ai mon diplôme, je ne sors presque plus. Je dépends de mes parents. Internet, c’est ma fenêtre sur le monde. J’y cherche à qui parler, parfois plus. Mais souvent, ça finit mal. Deux fois, j’ai subi du chantage après des échanges intimes. »

Elle marque une pause, avant de poursuivre : « La première fois, je pensais que c’était de ma faute. La deuxième, j’ai compris que c’était parce que je suis une femme et “qu’on ne me désirerait pas dans la vraie vie”.»

Depuis, Inès cache son handicap sur les sites de rencontre : « Dès que je mentionne le fauteuil, la plupart me bloquent. » Inès, rit doucement : « Ce qui m’étonne, c’est que sur Facebook, je vois beaucoup d’hommes handicapés poster des annonces de mariage. Ils cherchent une femme sérieuse, pieuse, pour une vie dans le halal… et tout le monde les félicite, les encourage. Mais quand une femme ose dire qu’elle veut aimer ou être aimée, on la juge aussitôt. Comme si, pour nous, exprimer un désir était déjà un manque de pudeur. »

Pour la chercheuse Khadidja Boussaïd, ces récits ne sont en rien marginaux : « Les personnes handicapées, surtout les femmes, sont parmi les plus exclues de l’espace public. Mais la numérisation du monde et les réseaux sociaux leur offrent un accès symbolique à cet espace : elles peuvent enfin exister, échanger, désirer — même si le virtuel reste traversé par les mêmes rapports de domination. »

Scroll sur sites et pages de rencontres algériennes habituelles

La digitalisation de l’intime : refuge et champ de bataille

Pour la sociologue, les réseaux sociaux ont redéfini la vie en couple : ils contournent les interdits familiaux tout en révélant, dans l’espace numérique, de nouveaux rapports de pouvoir entre les sexes.
Les rencontres passent désormais par Instagram, Snapchat ou Facebook, souvent sous pseudonyme, dans une clandestinité où se réinventent séduction, flirt et lien affectif — mais aussi des formes de contrôle.

Internet donne une liberté d’expression inédite, surtout aux femmes marginalisées par l’âge, le statut social ou une situation de handicap. Mais cette liberté reste fragile : le virtuel reproduit et amplifie les hiérarchies sociales et genrées.

Les réseaux sociaux ont redéfini la vie en couple : ils contournent les interdits familiaux tout en révélant, dans l’espace numérique, de nouveaux rapports de pouvoir entre les sexes.

En Algérie, le numérique n’a pas supprimé les tabous, il les a déplacés. Derrière les avatars, les femmes continuent de négocier leur droit au plaisir, entre surveillance morale, désir d’autonomie et besoin de reconnaissance. Le virtuel n’est pas un refuge, mais un champ de bataille intime.

Paroles de femmes handicapées : entre estime de soi et violence

Dans son bureau à Alger, Souad*, présidente d’une association pour personnes handicapées, se rappelle le moment où, en 2023, elle aussi a décidé de briser le tabou en travaillant sur la sexualité des femmes handicapées : « On parle d’autonomie fonctionnelle, jamais d’autonomie affective ou sexuelle. Pourtant, ces femmes ont les mêmes besoins, les mêmes désirs, les mêmes droits que toutes les autres. »

Les activités menées dans le cadre de ce projet ont révélé deux blessures profondes. La première touche à l’estime de soi : beaucoup racontent leurs histoires d’amour comme des épreuves de validation. « Déjà, il a accepté mon handicap… », disent-elles souvent avec un mélange de gratitude et de résignation. Leur désir reste habité par une question violente : qui accepterait d’aimer un corps jugé imparfait ? L’amour devient alors une faveur, non un droit.

La seconde blessure est celle des violences sexuelles et du chantage. Certaines ont été abusées par des partenaires invoquant “l’aide” ou la “compassion”. D’autres ont subi du chantage affectif, leur vulnérabilité physique ou sociale servant d’arme. « Ce sont des violences invisibles : ces femmes n’osent pas parler, de peur qu’on leur retire le peu de liberté qu’elles ont », confie Halima*, une participante elle-même en situation de handicap, rencontrée lors de la journée d’étude de lancement du projet en 2023.

Ces récits bouleversants, montrent que le droit au plaisir demeure un terrain de lutte. Entre peur du jugement, absence d’éducation sexuelle inclusive et difficultés d’accès aux soins gynécologiques, leur corps reste surveillé — parfois violenté.

Souad relève aussi la fréquence de l’expression « contre nature », souvent prononcée par des parents refusant d’imaginer que leurs filles puissent aimer ou vouloir se marier. Pour elle, le combat actuel est clair : défendre le droit de rester une femme, malgré le handicap — avec des besoins, des émotions et des désirs.

Les travaux de Khadidja Boussaïd et les témoignages recueillis par Souad, militante des droits des personnes handicapées, montrent que le désir féminin en Algérie — le droit à une vie affective et sexuelle — ne disparaît pas sous la norme : il s’adapte et résiste.
Du personnel au politique, une idée revient : reconnaître la sexualité comme un droit fondamental, non une faute.

Inès raconte qu’au mariage, on souhaite à certaines : « Inchallah tu seras la prochaine », comme une promesse d’avenir. À elle, en fauteuil, on dit seulement : « Que Dieu te garde pour tes parents. »
Tant que la société n’apprendra pas à parler du désir — et même de l’amour — sans honte, la liberté restera incomplète, et les marges continueront d’en tracer les frontières.

*Pseudonymes

Cet article a été réalisé grâce au soutien du Bureau de Tunis de la Fondation Rosa Luxembourg.

Tags: Droits sexuels et reproductifs en Méditerranée
Amel Hadjadj

Amel Hadjadj

Amel Hadjadj est une militante féministe née en 1986 en Algérie à Constantine, la ville où elle a grandi et suivi ses études universitaires en médecine. Elle se revendique militante féministe intersectionnelle, et pour les droits humains. Elle est également fondatrice et représentante nationale du « Journal Féministe Algérien », fondation pour les informations et les initiatives féministes, où elle est responsable de création de contenu multimédia et de programme de sensibilisation. Après avoir travaillé 7ans comme enquêtrice et consultante commerciale, elle est devenue consultante et intervenante associative en 2017 auprès de plusieurs organisations qui travaillent sur les thématiques liées au genre et au féminisme. Amel est aussi blogueuse et créatrice de contenu féministe pour plusieurs plateformes et médias nationaux et méditerranéens.

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