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Au revoir Fatima, reporterre du génocide en acte à Gaza

Nathalie Galesne Nathalie Galesne
2 mai 2025
Au revoir Fatima, reporterre du génocide en acte à Gaza

A propos de ta mort que tu pensais inévitable, mais que tu avais décidé d’ignorer, tu avais clamé haut et fort : « si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une simple brève dans un flash info, ni un chiffre parmi d’autres. Je veux une mort dont le monde entier entendra parler… »

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

A notre façon, nous, journalistes de Medfeminiswiya, voulons-en ce 3 mai, journée mondiale de la liberté de la presse, faire fusionner nos voix, notre indignation, notre colère lourdes de chagrin, pour ta jeune vie, ton immense talent, ton courage infini, arrachés à la terre de Palestine et au devenir de notre humanité.

Quelques heures avant ta disparition, tu avais posté sur Instagram : « C’est le premier coucher de soleil depuis longtemps. »  Car au-delà du génocide que tu documentais chaque jour, c’était la résistance de ton peuple à genoux, privé d’eau, de pain, d’électricité, déplacé, bombardé, affamé, exsangue, résistant en vivant malgré tout, que tu entendais saisir dans ces ultimes rayons d’un Gaza assiégé. Tu t’y efforçais comme pour capter la fierté d’une humanité à bout de souffle, et ces quelques gouttes d’espoir que la poussière des décombres avale aussitôt.

Ainsi, chaque jour, tu arpentais les rues en ruines et, par tes photos accompagnées de commentaires, donnais à voir les convois de déplacé.e.s sans cesse forcé.e.s à recommencer, la dévastation quasi-totale du bâti et du patrimoine culturel de la bande de Gaza et, au-dessus des strates de destructions, les sourires fugaces d’enfants au milieu des gravats.

Derrière l’objectif de ton appareil, tu te démenais en toutes circonstances, pour raconter ce quotidien tragique des Gazaoui.e.s enfermé.e.s dans la souricière du siège moyenâgeux qu’Israël -force occupante amnésique, suprémaciste et raciste- leur tend depuis 18 mois.

Tes reportages photographiques, publiés notamment dans The Guardian, fixaient les visages et les récits de civil.e.s balloté.e.s, mutilé.e.s, enseveli.e.s sous les bombes. Même les secouristes du croissant rouge ont été bombardés puis exécutés un à un par l’armée israélienne, trouvant à leur tour la mort pour avoir tenté de sauver celles et ceux qui pouvaient encore l’être. C’est ce terrain que ton travail dévoilait, tu étais en effet devenue l’une des sources d’information les plus pertinentes de Gaza, pour pointer aux yeux du monde ce génocide en acte.

Avec plus de 210 journalistes tué.e.s depuis le début de la guerre, ta disparition s’est métamorphosée en un nouveau symbole de résistance médiatique face à la volonté obstinée de l’État hébreu de réduire coûte que coûte au silence celles et ceux qui informent.

Tu étais née au tout début de ce XXIème siècle dont les horreurs ont acquis une force exponentielle en un peu plus de deux décennies, tandis que le renouveau de l’extrême droite s’érige de part et d’autre dans nos démocraties périmées, amorphes et aphones face au massacre de ton peuple. Pis, ne sont-elles pas précisément complices de cette extermination ? « Les puissances occidentales ne peuvent pas prétendre à l’ignorance : en fournissant armes, soutien politique et diplomatique, elles deviennent complices d’un crime en cours », écrit Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés (1).

« Le génocide, poursuit-elle, n’est pas un événement mais un processus. Ce qui se passe à Gaza est la phase finale d’un processus de déshumanisation, d’appauvrissement, d’enfermement, et maintenant d’extermination de masse. ». Francesca Albanese déplore aussi le double standard de nombreux gouvernements qui demandent des comptes à la Russie pour les crimes commis en Ukraine tout en s’accommodant des actes génocidaires commis par Israël sur les Palestiniens.

Mais revenons, veux-tu Fatima, à ta trop brève existence. Âgée de 25 ans au moment de ton décès, diplômée en études multimédia, tu avais composé avec tes photos un journal visuel rendant compte, jour après jour, des violations des droits civils dans la bande de Gaza, de la mort lente ou violente de ses habitant.e.s, du chaos de leur survie.

Rappelons que seul.e.s les Gazaoui.e.s peuvent raconter ce qui se passe sur place. En effet, Israël a interdit l’accès de l’enclave aux médias étrangers dès le début du conflit, tout témoin devenant un obstacle à sa propagande qui insinue des membres du Hamas nichés partout, dans les maisons des Gazaoui.e.s, sous la toile de leurs tentes, dans les hôpitaux, les écoles, les musées, les facs, les cantines populaires…jusque dans la demeure des journalistes comme toi, tôt ou tard éliminé.e.s.

Et pourtant, selon la Convention de Genève de 1949 et des protocoles qui s’en sont suivis (2), les journalistes qui couvrent les conflits sont normalement des civil.e.s protégé.e.s. Les cibler volontairement est considéré comme une violation du droit international humanitaire et peut être qualifié de crime de guerre devant la Cour pénale internationale.

C’est précisément ce que tu faisais et ce pourquoi tu as été tuée : couvrir cette guerre de toutes les violations possibles. En ce sens, tu étais une résistante de la cause palestinienne et du journalisme. D’ailleurs ton engagement constant n’avait pas tardé à confluer dans un projet cinématographique hors norme : « Put Your Soul on Your Hand and Walk », un documentaire échafaudé au fil d’un an d’échanges vidéo entre toi et la cinéaste iranienne en exil, Sepideh Farsi, récemment sélectionné à Cannes par l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID).

« Ce film est une fenêtre, ouverte par le miracle d’une rencontre avec Fatem (Fatima Hassouna), qui m’a permis de voir des fragments du massacre en cours des Palestiniens. Fatem est devenue mes yeux à Gaza, et moi, un lien entre elle et le monde extérieur. » a déclaré Sepideh Farsi, en mettant l’accent sur la force et la créativité de leur collaboration transfrontalière et numérique.

Ta belle énergie t’avait aussi amenée à participer au programme « She Leads de Plan International », dont l’objectif est de valoriser les femmes et jeunes leaders dans les zones de crise. C’est ainsi que ton investissement auprès des organisations de jeunesse et tes prises de parole sur les réseaux sociaux ont fait de toi une figure inspirante pour tous les jeunes Palestinien.ne.s et une ambassadrice de la cause des femmes en territoire occupé.

Avec plus de 210 journalistes tué.e.s depuis le début de la guerre, ta disparition s’est métamorphosée en un nouveau symbole de résistance médiatique face à la volonté obstinée de l’État hébreu de réduire coûte que coûte au silence celles et ceux qui informent. Mais cet aveuglement mortifère ignore ce que tu nous a légué : ta capacité à métaboliser la souffrance en images empruntes d’humanité, ton courage quotidiennement ressourcé, autant d’exemples qui inciteront toute une nouvelle génération de journalistes et de militant.e.s des droits humains, en Palestine et ailleurs, à suivre la voie que tu as tracée.

Notes :
  1. Rapport au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, publié en mars 2025, intitulé « Anatomy of a Genocide » (Anatomie d’un génocide).
  2. la Convention de Genève de 1949. Le Protocole additionnel I de 1977 (articles 79 et 50). La résolution 2222 de 2015, en particulier sur la protection des journalistes dans les conflits armés. Enfin, l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (liberté d’expression et d’information).
Source image principale : Facebook / @fatma.hassona.526

Cette enquête a été réalisée grâce au soutien de l’AGEE – Alliance pour l’Égalité de Genre en Europe.

Tags: Journée mondiale de la liberté de la presse 2025
Nathalie Galesne

Nathalie Galesne

Nathalie Galesne est fondatrice des magazines en ligne babelmed.net et web arts résistances. Elle a collaboré également avec plusieurs médias dont la Rai, le magazine féministe « Noi Donne » et « Le Courrier de l’Atlas ». En octobre 2014, elle a reçu le Prix du Journaliste Méditerranéen pour son reportage sur Lampedusa : « Lampedusa, la tragédie d’une île ». Elle est l’auteur de plusieurs publications dont Syrie, éclats d’un mythe (Actes Sud, 2002). En dehors du journalisme, elle enseigne le français à l’Université.

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