• it VO
  • fr Français
  • en English
  • ar العربية
A propos
  • Explorations
    • Tout
    • Dossiers
    • Monde
    • Reportages
    Le streghe buone, protagoniste femminili della medicina popolare italiana

    Les « bonnes sorcières », à la découverte des pratiques et de celles qui perpétuent la médecine populaire italienne

    Droits des femmes et des filles: en caravane à travers l’Atlas marocain

    Droits des femmes et des filles: en caravane à travers l’Atlas marocain

    En Méditerranée : les droits et les libertés sexuels et reproductifs sous pression

    En Méditerranée : les droits et les libertés sexuels et reproductifs sous pression

    Marche arrière en Italie sur l'introduction du consentement dans la définition du viol

    Marche arrière en Italie sur l'introduction du consentement dans la définition du viol

    600 avortements par jour au Maroc: des chiffres alarmants et des histoires tragiques

    600 avortements par jour au Maroc: des chiffres alarmants et des histoires tragiques

    Les Sujets

    • Femmes artistes
    • Femmes vivant de la rue et dans la rue
    • Femmes et corps
    • Femmes et sport
    • Femmes et cinéma
    • Séries ramadanesques
    • Femmes et guerre
    • Femmes mises à la marge
    • Femmes et information
    • Précarité menstruelle
    • Femmes et prison
    • Femmes rurales
    • Anti-violence
    • Corps en transition
    • Droits sexuels et reproductifs
  • En mouvement
    Amel Hadjadj, fondatrice du Journal Féministe Algérien : «  L’enjeu majeur est celui de la mobilisation, nous avons besoin de plus de membres »

    Amel Hadjadj, fondatrice du Journal Féministe Algérien : « L’enjeu majeur est celui de la mobilisation, nous avons besoin de plus de membres »

    Algérie 2025 : des annonces pour les droits des femmes… mais pour quelles avancées réelles ?

    Algérie 2025 : des annonces pour les droits des femmes… mais pour quelles avancées réelles ?

    Consuelo Catalá: « L’avortement est une insoumission absolue au mandat prioritaire de la société patriarcale »

    Consuelo Catalá: « L’avortement est une insoumission absolue au mandat prioritaire de la société patriarcale »

    Les femmes dans l’histoire de la pensée : héritage occulté, reconnaissance manquée

    Les femmes dans l’histoire de la pensée : héritage occulté, reconnaissance manquée

  • Portraits
    Droit à l'avortement en Tunisie, Selma Hajri : « Les régressions sont très importantes »

    Droit à l'avortement en Tunisie, Selma Hajri : « Les régressions sont très importantes »

    Sur TikTok, une libération de la parole inédite sur l’excision : l’engagement de Tabara Touré, 22 ans

    Sur TikTok, une libération de la parole inédite sur l’excision : l’engagement de Tabara Touré, 22 ans

    Sophie Bessis : « La bataille de l’intime sera longue, notamment dans les pays du Sud ! »

    Sophie Bessis : « La bataille de l’intime sera longue, notamment dans les pays du Sud ! »

    Dis maman, dis papa, qu'est-ce que le consentement ? Un livre jeunesse 100% tunisien pour prévenir les violences sexuelles

    Dis maman, dis papa, qu'est-ce que le consentement ? Un livre jeunesse 100% tunisien pour prévenir les violences sexuelles

  • Créations
    • Tout
    • Expo Arts Visuels
    • Livres, films, séries
    Muganga — la guerre se lit sur le corps des femmes

    Muganga — la guerre se lit sur le corps des femmes

    Malédiction 1, une adaptation théâtrale tunisienne à fleur de rage de King Kong Théorie

    Malédiction 1, une adaptation théâtrale tunisienne à fleur de rage de King Kong Théorie

    Je ne suis pas ta gitane : combattre l’antitziganisme avec humour

    Je ne suis pas ta gitane : combattre l’antitziganisme avec humour

    Des chansons féministes de part et d'autre de la Méditerranée, la rédaction partage sa playlist

    Des chansons féministes de part et d'autre de la Méditerranée, la rédaction partage sa playlist

  • Opinions
    Lettres sous les bombes - Quand une mère perd ses six fils d’un seul coup  (10)

    Lettres sous les bombes - Quand une mère perd ses six fils d’un seul coup (10)

    Lettres sous les bombes – « Pas de gâteau d’anniversaire pour mes enfants » (9)

    Lettres sous les bombes – « Pas de gâteau d’anniversaire pour mes enfants » (9)

    La mort « tonitruante » de Fatima Hassouna

    La mort « tonitruante » de Fatima Hassouna

    Fatima Hassouna, l’œil de Gaza s’éteint

    Fatima Hassouna, l’œil de Gaza s’éteint

  • Multimedia
    Diala Al Hindawi  « Je veux voir ma maison à Damas ! »

    Diala Al Hindawi « Je veux voir ma maison à Damas ! »

    Séisme au Maroc - Reportage par Mahacine Mokdad (4)

    Séisme au Maroc - Reportage par Mahacine Mokdad (3)

    Séisme au Maroc - Reportage par Mahacine Mokdad (2)

  • Contextes
Pas de résultat
Afficher tous les résultats
BLOGS
Medfeminiswiya
  • Explorations
    • Tout
    • Dossiers
    • Monde
    • Reportages
    Le streghe buone, protagoniste femminili della medicina popolare italiana

    Les « bonnes sorcières », à la découverte des pratiques et de celles qui perpétuent la médecine populaire italienne

    Droits des femmes et des filles: en caravane à travers l’Atlas marocain

    Droits des femmes et des filles: en caravane à travers l’Atlas marocain

    En Méditerranée : les droits et les libertés sexuels et reproductifs sous pression

    En Méditerranée : les droits et les libertés sexuels et reproductifs sous pression

    Marche arrière en Italie sur l'introduction du consentement dans la définition du viol

    Marche arrière en Italie sur l'introduction du consentement dans la définition du viol

    600 avortements par jour au Maroc: des chiffres alarmants et des histoires tragiques

    600 avortements par jour au Maroc: des chiffres alarmants et des histoires tragiques

    Les Sujets

    • Femmes artistes
    • Femmes vivant de la rue et dans la rue
    • Femmes et corps
    • Femmes et sport
    • Femmes et cinéma
    • Séries ramadanesques
    • Femmes et guerre
    • Femmes mises à la marge
    • Femmes et information
    • Précarité menstruelle
    • Femmes et prison
    • Femmes rurales
    • Anti-violence
    • Corps en transition
    • Droits sexuels et reproductifs
  • En mouvement
    Amel Hadjadj, fondatrice du Journal Féministe Algérien : «  L’enjeu majeur est celui de la mobilisation, nous avons besoin de plus de membres »

    Amel Hadjadj, fondatrice du Journal Féministe Algérien : « L’enjeu majeur est celui de la mobilisation, nous avons besoin de plus de membres »

    Algérie 2025 : des annonces pour les droits des femmes… mais pour quelles avancées réelles ?

    Algérie 2025 : des annonces pour les droits des femmes… mais pour quelles avancées réelles ?

    Consuelo Catalá: « L’avortement est une insoumission absolue au mandat prioritaire de la société patriarcale »

    Consuelo Catalá: « L’avortement est une insoumission absolue au mandat prioritaire de la société patriarcale »

    Les femmes dans l’histoire de la pensée : héritage occulté, reconnaissance manquée

    Les femmes dans l’histoire de la pensée : héritage occulté, reconnaissance manquée

  • Portraits
    Droit à l'avortement en Tunisie, Selma Hajri : « Les régressions sont très importantes »

    Droit à l'avortement en Tunisie, Selma Hajri : « Les régressions sont très importantes »

    Sur TikTok, une libération de la parole inédite sur l’excision : l’engagement de Tabara Touré, 22 ans

    Sur TikTok, une libération de la parole inédite sur l’excision : l’engagement de Tabara Touré, 22 ans

    Sophie Bessis : « La bataille de l’intime sera longue, notamment dans les pays du Sud ! »

    Sophie Bessis : « La bataille de l’intime sera longue, notamment dans les pays du Sud ! »

    Dis maman, dis papa, qu'est-ce que le consentement ? Un livre jeunesse 100% tunisien pour prévenir les violences sexuelles

    Dis maman, dis papa, qu'est-ce que le consentement ? Un livre jeunesse 100% tunisien pour prévenir les violences sexuelles

  • Créations
    • Tout
    • Expo Arts Visuels
    • Livres, films, séries
    Muganga — la guerre se lit sur le corps des femmes

    Muganga — la guerre se lit sur le corps des femmes

    Malédiction 1, une adaptation théâtrale tunisienne à fleur de rage de King Kong Théorie

    Malédiction 1, une adaptation théâtrale tunisienne à fleur de rage de King Kong Théorie

    Je ne suis pas ta gitane : combattre l’antitziganisme avec humour

    Je ne suis pas ta gitane : combattre l’antitziganisme avec humour

    Des chansons féministes de part et d'autre de la Méditerranée, la rédaction partage sa playlist

    Des chansons féministes de part et d'autre de la Méditerranée, la rédaction partage sa playlist

  • Opinions
    Lettres sous les bombes - Quand une mère perd ses six fils d’un seul coup  (10)

    Lettres sous les bombes - Quand une mère perd ses six fils d’un seul coup (10)

    Lettres sous les bombes – « Pas de gâteau d’anniversaire pour mes enfants » (9)

    Lettres sous les bombes – « Pas de gâteau d’anniversaire pour mes enfants » (9)

    La mort « tonitruante » de Fatima Hassouna

    La mort « tonitruante » de Fatima Hassouna

    Fatima Hassouna, l’œil de Gaza s’éteint

    Fatima Hassouna, l’œil de Gaza s’éteint

  • Multimedia
    Diala Al Hindawi  « Je veux voir ma maison à Damas ! »

    Diala Al Hindawi « Je veux voir ma maison à Damas ! »

    Séisme au Maroc - Reportage par Mahacine Mokdad (4)

    Séisme au Maroc - Reportage par Mahacine Mokdad (3)

    Séisme au Maroc - Reportage par Mahacine Mokdad (2)

  • Contextes
A propos
Medfeminiswiya
A propos

Les « bonnes sorcières », à la découverte des pratiques et de celles qui perpétuent la médecine populaire italienne

Persécutées et brûlées sur les bûchers par l’Inquisition catholique, longtemps exclues des universités et des professions médicales, les femmes ont été pendant des siècles les principales détentrices du savoir concernant les propriétés thérapeutiques des plantes et les gardiennes de mystérieux pouvoirs thaumaturgiques retransmis oralement, principalement à travers les liens matrilinéaires. A la campagne, dans les petits villages de montagne, surtout dans le Sud et dans les îles de l'Italie, elles sont encore très nombreuses à utiliser d’anciennes formules secrètes : des gestes et invocations comme autant de pratiques alternatives pour soigner les maladies. Reportage.

Federica Araco Federica Araco
12 janvier 2026
dans Explorations
3 0
0
Partager sur FacebookPartager sur Twitter

Cette publication est également disponible en : VO

Image de couverture: Maria Rita Macchioni. Foto de Francesco Van Straten.

Le village de San Martino in Rio est tellement désert et silencieux qu’il semble assoupi, tandis que la plaine alentour est enveloppée d’une légère brume qui rend l’atmosphère encore plus feutrée et irréelle. Ce petit bourg de la province de Reggio Emilia, au Nord de l'Italie, est depuis des années l’épicentre de recherches consacrées à une ancienne technique de médecine populaire, fondée sur le pouvoir secret des symboles et sur la force ancestrale des gestes, images et paroles : la segnatura (geste de bénédiction).

San Martino in Rio, Reggio Emilia, novembre 2025. Photo de Francesco Van Straten.

« Le terme renvoie à l’usage de signes spécifiques tracés avec la main et associés à certains objets que j’appelle “éléments médiateurs”, ainsi qu’à des formules secrètes mêlant des éléments sacrés et profanes, en italien et en dialecte », explique Antonella Bartolucci en m’offrant une tasse de café dans sa maison au centre du village. Cette anthropologue mène depuis 1992 des recherches approfondies sur ce phénomène, qui ont en partie alimenté trois de ses ouvrages, dont le dernier, Voci sussurrate (Voix susurrées), qui vient d’être publié en Italie (1).

La segnatura : une pratique entre sacré et profane

La méthode, appliquée aussi bien aux êtres humains qu’aux animaux, concerne des maladies sans grande gravité : entorses et foulures, parasites intestinaux, zona – communément appelé « feu de saint Antoine » –, cors, brûlures, verrues, hémorroïdes, cataractes, conjonctivites et orgelets. Cette pratique a été profondément influencée par le catholicisme, comme en témoignent les formules qui incluent des invocations à Dieu, à Jésus, à la Vierge et à plusieurs saints censés être « spécialisés » dans certaines pathologies : saint Antoine pour le feu, sainte Lucie pour les troubles des yeux, saint Maur pour ceux des os, saint Faust pour les maux de tête et saint Roch pour les maux de gorge.

« Le rituel fait appel à de simples objets du quotidien, comme des petites casseroles, des tasses, des fils de laine ou de coton, des verres, des fourchettes, des alliances et des croix bénites », précise la chercheuse. Beaucoup pratiquent la segnatura avant l’aube ou après le coucher du soleil, trois jours de suite, et de préférence dans le même quartier de lune que celui où est apparu le mal. « L’eau est un élément que l’on retrouve dans de nombreuses pratiques, elle est censée emporter le mal. Après avoir été versée sur la partie du corps à soigner, elle est jetée loin de la maison », ajoute Antonella Bartolucci, qui est parvenue à identifier jusqu’à présent une centaine de segnatrici et segnatori entre San Martino in Rio et les villages environnants. Elle en a même interrogé certain·es en Campanie, en Vallée d’Aoste et dans les Apennins centraux, mais le phénomène est aussi très répandu dans le Sud et dans les îles.

Un savoir ancestral précieusement gardé

« Le premier contact a été extrêmement difficile, se souvient-elle. Même si je me présentais comme étudiante de l’Université de Bologne et que j’étais soutenue par une employée de la bibliothèque communale, beaucoup de portes se sont refermées par peur que je vole les formules utilisées dans les rituels. Celles-ci doivent rester secrètes pour ne pas perdre leur efficacité et pour ne pas tomber entre de mauvaises mains. Avec le temps, j’ai fini par gagner la confiance de nombreuses guérisseuses âgées, mais désormais la plupart d’entre elles ne sont plus de ce monde, à l’instar d’Agostina, une quasi nonagénaire qui nous as quittés il y a quelque mois. Quand je l’ai rencontrée, elle avait 58 ans ! À 13 ans, elle travaillait déjà aux champs – elle s’était mariée très jeune –, mais sa belle-mère l’humiliait souvent en raison de la grande pauvreté de sa famille d’origine. Les femmes ayant un vécu de forte marginalité comme le sien pouvaient, grâce à la segnatura, obtenir une forme de reconnaissance sociale en acquérant un certain pouvoir au sein de la communauté. Pour certaines d’entre elles, c’est encore le cas aujourd’hui. »

Un aspect particulièrement significatif des données qu’elle a recueillies est l’écrasante majorité féminine : sur les 16 personnes interrogées entre 1992 et 1995, 14 étaient des femmes ; 18 sur 21 entre 2013 et 2016. L’âge de ces « bonnes sorcières » – appelées de la sorte pour les distinguer de celles diabolisées par l’Église durant les sombres années de l’Inquisition (2) – oscille entre 28 et 90 ans, preuve que le phénomène est loin d’être menacé d’extinction. « Traditionnellement, la femme s’est toujours occupée des enfants, des personnes âgées, des malades et des animaux. Il n’est donc pas surprenant que cet héritage de savoirs se soit transmis au fil des siècles surtout par les femmes, précise l’anthropologue. Mais il faut interroger la relation entre soin et féminité, en la libérant de la rhétorique de l’altruisme et en prenant conscience que de plus en plus de femmes s’émancipent d’une condition où elles sont sujettes au soin pour se revendiquer enfin en tant que sujets du soin. Celles qui s’occupent aujourd’hui de guérison le font par choix, se soustrayant à l’idée préconçue qu’elles doivent aider les malades uniquement parce qu’elles sont des femmes. »

Les femmes ayant un vécu de forte marginalité comme le sien pouvaient, grâce à la segnatura, obtenir une forme de reconnaissance sociale en acquérant un certain pouvoir au sein de la communauté. Pour certaines d’entre elles, c’est encore le cas aujourd’hui.

Un « don » transmis de femme en femme

Beaucoup de guérisseuses connaissent les propriétés des plantes, qu’elles reconnaissent et récoltent au moment où elles sont les plus efficaces, pour préparer remèdes, onguents et décoctions. Maria Rita Macchioni durant une segnatura. Photo de Francesco Van Straten.

Maria Rita Macchioni en est un exemple patent. Elle m’accueille avec un large sourire ; elle porte un jean et une veste en cuir noir et ses deux grands yeux bleus lumineux, qu’une cascade de boucles dorées encadrent, sont emplis de curiosité. Depuis longtemps, elle tient une boutique de photocopies dans le centre de Reggio Emilia. Elle s’est approchée de ce monde il y a seize ans, lorsque fut diagnostiqué à son fils un violent zona. « C’est ma docteure qui m’a conseillé de le faire “signer”, mais à l’époque je ne savais même pas ce que cela signifiait. Après quelques recherches, nous avons trouvé une vieille dame vivant dans les campagnes alentours et, peu après le rituel, sa maladie a disparu complètement. J’ai été très impressionnée par cette expérience et j’ai commencé à approfondir le sujet. Quand j’ai rencontré Antonella (Bartolucci, ndlr), lors de la présentation d’un de ses livres, je lui ai immédiatement demandé vers qui me tourner pour apprendre. »

La transmission – appelée lascito, « passage du don » – ne peut avoir lieu que la nuit de Noël ou le Vendredi saint (deux jours avant la dimanche de Pâques), de préférence à quelqu’un qui a, ou a eu, des parents segnatori. Autrefois, cette transmission se faisait surtout entre belle-mère et belle-fille car, dans la société rurale, la jeune mariée vivait avec les femmes âgées de la famille de son mari. Aujourd’hui, le don se transmet plutôt de grand-mère à petite-fille, ou encore à des amies ou des voisines. Maria Rita l’a reçu de Rosanna, une segnatrice de Parme. « J’étais très émue en allant chez elle ce Vendredi saint, se souvient-elle. Elle m’a appris le rituel pour le feu de saint Antoine et pour les entorses : comme je ne pouvais rien écrire, j’ai appris les formules par cœur. Deux jours plus tard, au déjeuner de lundi Pâques, une amie est arrivée en boitant à cause d’une mauvaise entorse à la cheville. Je lui ai dit : si tu veux, on essaie, mais je ne te garantis rien. Après tout, c’était ma première fois ! Et pourtant, cela a parfaitement fonctionné. J’ai pris confiance, et depuis, je n’ai plus jamais arrêté. » Aujourd’hui, Maria Rita traite aussi herpes, parasites intestinaux, compressions nerveuses, cors, verrues et brûlures, et elle a transmis ce don à son tour, surtout à des femmes.

« La segnatura peut être pratiquée aussi par téléphone ou via WhatsApp, explique-t-elle. Il suffit de connaître le nom de la personne à traiter et d’avoir une photo d’elle. Au début, pour le feu de saint Antoine, je ne travaillais qu’en présentiel. Je me souviens du cas d’une dame de plus de 90 ans, atteinte de démence et alitée. Sa fille m’a appelée pour un zona très douloureux qui, pourtant, n’était pas visible, et qu’elle-même peinait à localiser. Dès que j’ai commencé le rituel, une lune brillante et des petits points lumineux sont apparus sur sa peau, comme si la maladie me montrait où elle se trouvait : c’était incroyable, j’en suis encore émue. » Comme éléments médiateurs, Maria Rita utilise des grains de blé, de l’eau qui comme elle dit « réactive et met en mouvement », une croix et une alliance bénies, des fils de coton rouges et des bols en terre cuite.

Au service de la communauté

« La nature revient toujours sous ses différentes formes, poursuit-elle. Quand je travaille à distance, je me sers parfois des arbres de mon jardin pour m’orienter vers la personne à traiter, et je me concentre sur une branche comme si c’était son membre. Si, par exemple, je dois traiter une entorse, au lieu de tourner avec mon bol rempli d’eau autour de la jambe, je tourne autour de l’arbre en récitant la formule, toujours trois fois ou un multiple de trois. Ma plus grande joie est de pouvoir aider, soulager la douleur, savoir que la maladie est guérie », raconte-t-elle, en précisant que sa prestation est entièrement gratuite : « Nous ne faisons pas cela pour l’argent, nous ne demandons rien, mais nous ne pouvons pas refuser les dons libres de ceux qui viennent nous voir, toujours par le bouche-à-oreille, car nous ne faisons aucune publicité. » Autrefois, les gens apportaient des produits de la terre : fruits, œufs, gâteaux, fromage, bois. Aujourd’hui, plutôt des objets pour la maison ou des plantes. « Je conseille de faire un don caritatif, mais si les gens préfèrent me laisser de l’argent, je le mets dans une enveloppe et à la fin du mois je le porte au refuge pour animaux, ou je le donne à quelqu’un dans le besoin. »

Beaucoup de personnes instruites ou aisées ont recours à ces remèdes traditionnels, déçues par l’approche strictement scientifique ou parce qu’elles sont attirées par ce que les segnatori leur offrent : du temps et de l’espace, des soins attentifs, une écoute empathique.

Mais qu’est-ce qui pousse, aujourd’hui encore, les gens à recourir à ces anciens rituels ?
Selon Antonella Bartolucci, la tendance générale à revaloriser ce type de médecine et la connaissance des plantes, exprime un certain rejet de la médecine contemporaine, qui n’a cessé de se bureaucratiser, devenant impersonnelle et distante. Souvent celui qui soigne ne regarde même plus les patients dans les yeux et leur envoie les ordonnances par e-mail. Beaucoup de personnes instruites ou aisées ont recours à ces remèdes traditionnels, déçues par l’approche strictement scientifique ou parce qu’elles sont attirées par ce que les segnatori leur offrent : du temps et de l’espace, des soins attentifs, une écoute empathique.

« Ces interventions n’interfèrent en rien avec les protocoles « officiels » de la médecine traditionnelle, précise Maria Rita, qui reçoit même des personnes envoyées par des médecins de la région. Certains docteurs m’envoient leurs patients à “signer”, mais nous n’avons pas encore eu l’occasion de parler directement. En revanche, j’ai déjà discuté avec quelques prêtres, qui n’ont montré aucune méfiance à mon égard, peut-être parce que j'apporte une aide désintéressée, presque comme du bénévolat. Je déclenche chez les gens un processus d’auto-guérison, je leur offre un soutien, je les prends en charge, je fais circuler l’énergie. Il y a toujours un bénéfice, quoi qu’il arrive », conclut-elle.

NOTES
  1. L’autrice a publié : La strega buona(Tipografia San Martino, 2013) ; Le streghe buone. I simboli, i gesti, le parole. Come muta la medicina tradizionale nell’era di internet (Aliberti, 2016) ; Voci sussurrate. Racconti di vita e metodologia del dono narrati da chi pratica la medicina popolare (Aliberti, 2025).
  2. Dans les communautés rurales du Moyen Âge, les guérisseuses étaient indispensables car, en l’absence de médecins et d’hôpitaux, elles étaient les seules capables de soigner humains et animaux. Avec l’ordonnace Summis desiderantes (1484), le pape Innocent VIII fit enquêter, torturer et tuer les sorcières dans toute l’Europe, particulièrement en Allemagne. C’est là en effet que deux dominicains, Sprenger et Kramer, diffusèrent le Malleus maleficarum– « Le Marteau des sorcières » –, premier manuel entièrement consacré à la sorcellerie et utilisé pendant au moins deux siècles par les tribunaux de l’Inquisition. Les « sorcières » furent transformées en dangereuses adoratrices du diable et accusées de propager des épidémies, profaner des tombes, empoisonner des puits, enlever des enfants la nuit, détruire les récoltes et provoquer des catastrophes climatiques. Avec elles, toutes celles qui ne correspondaient pas aux normes de genre de la société féodale et patriarcale furent diabolisées : femmes célibataires de plus de quarante ans, veuves, pauvres, âgées, étrangères, souffrant de troubles psychiques et, bien sûr, guérisseuses. Entre le XVe et le XVIIe siècle, on compta en Europe entre 40 000 et 60 000 condamnations à mort, principalement en Allemagne, et plus de 110 000 procès pour sorcellerie féminine. Avec l’institutionnalisation de la médecine et la création des premières universités dirigées par l’Église, les femmes ne purent exercer que comme sages-femmes : n’ayant pas accès aux études, elles ne pouvaient obtenir le titre nécessaire pour soigner. La situation changea avec l’apparition de la figure de l’infirmière à la fin du XIXe siècle, la première étant la Britannique Florence Nightingale (1820-1910), considérée comme la fondatrice des soins infirmiers modernes.
Federica Araco

Federica Araco

Journaliste, Federica Araco a collaboré à la version italienne du magazine en ligne Babelmed pendant 9 ans comme rédactrice et traductrice du français et de l’anglais vers l’italien. Elle a été rédactrice en chef de la revue trimestrielle “The Trip Magazine” dédié au voyage et à la photographie. Elle a également collaboré à d’autres magazines italiens : LiMes, Internazionale, Left. Ses thèmes de prédilection sont les questions de genres, le féminisme, le multiculturalisme, l’exclusion sociale, les phénomènes migratoires, l’écologie et le développement durable. Depuis 2016, elle publie aussi des photo-reportages de voyage sur son blog.

Articles similaires

L’avortement en Turquie : légalement autorisé mais interdit dans les faits
Explorations

L’avortement en Turquie : légalement autorisé mais interdit dans les faits

Contributrice Medfeminiswiya
27 septembre 2021
3.9k

Bien que l’avortement soit légal en Turquie depuis 1983, son accès n’est pas toujours garanti — un fait qui n’est...

Le droit de succession des femmes syriennes : ignoré dans les campagnes et «appliqué à moitié» dans les villes.
Explorations

Le droit de succession des femmes syriennes : ignoré dans les campagnes et «appliqué à moitié» dans les villes.

Rahada Abdoush
3 octobre 2022
2.6k

Dans les villages agricoles de Syrie, la plupart des communautés, majoritairement chrétienne, alaouite et druze, n'accorde aux femmes aucun droit...

Rome : le plus vieux métier du monde s’exerce-t-il encore dans la rue ?

Rome : le plus vieux métier du monde s’exerce-t-il encore dans la rue ?

9 octobre 2024
2.4k
La Moudawana : une réforme qui divise

La Moudawana : une réforme qui divise

23 janvier 2025
2.4k

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

J'accepte les termes et conditions et la Politique de confidentialité .

Medfeminiswiya

Medfeminiswiya est un réseau féministe qui rassemble des femmes journalistes travaillant dans le domaine des médias et de la production de l’information dans la région méditerranéenne.

Newsletter


    Suivez-nous

    Parcourir les rubriques


    • Explorations
    • Dossiers
    • Reportages
    • En mouvement
    • Portraits
    • Opinions

    • Créations
    • Expo Arts Visuels
    • Livres, films, séries
    • Multimedia
    • Contextes
    • Blogs
    • A propos
    • Notre communauté
    • Nos Partenaires
    • Devenir membre
    • Charte Éditoriale
    • Mentions légales

    © 2025 Medfeminiswiya - Réseau méditerranéen pour l'information féministe

    • it VO
    • fr Français
    • en English
    • ar العربية
    • Explorations
    • En mouvement
    • Portraits
    • Créations
    • Opinions
    • Multimedia
    • Contextes
    • Blogs
    Pas de résultat
    Afficher tous les résultats

    © 2025 Medfeminiswiya - Réseau méditerranéen pour l'information féministe

    Welcome Back!

    Login to your account below

    Forgotten Password?

    Retrieve your password

    Please enter your username or email address to reset your password.

    Log In

    Ajouter nouvelle playlist

    Ce site n'utilise pas de cookies. This website does not use cookies. هذا الموقع لا يستخدم ملفات تعريف الارتباط.