Lors du Conseil des ministres du 10 février 2025, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a insisté sur la nécessité de renforcer la protection des femmes, « quelle que soit leur position et leur rôle au sein de la société ».
Le communiqué officiel a précisé que cette orientation vise les mécanismes de prise en charge des victimes de violences. Le président a demandé aux ministres de la Justice et de la Solidarité nationale de se coordonner avec le Premier ministre pour proposer des mécanismes juridiques supplémentaires destinés à protéger les femmes « au maximum ».
Ces annonces, largement relayées par les médias publics et la presse nationale, ont marqué l’ouverture d’un nouveau cycle politique. Reste qu’aucun calendrier d’application ni plan opérationnel n’a encore été rendu public.
Les organisations féministes demandent « une stratégie nationale à la hauteur des enjeux »
À la suite des instructions présidentielles, la ministre de la Solidarité nationale, Soraya Mouloudji, a annoncé le 11 février 2025 le lancement d’un travail d’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Sa correspondance officielle appelait à renforcer la prévention, la prise en charge et la protection.
Dans le même mouvement, l’Autorité de régulation de la presse a adressé une instruction aux directeurs de journaux publics et privés les invitant à réserver un espace dans leurs publications pour traiter la question de la protection des femmes contre la violence.

Face à ces annonces, plusieurs organisations féministes ont publié une lettre ouverte intitulée « Une stratégie nationale à la hauteur des enjeux ». Elles saluent la volonté affichée, tout en rappelant six priorités essentielles : faciliter le signalement, assurer la protection immédiate, renforcer les structures d’accueil, garantir un accompagnement pluridisciplinaire, améliorer le cadre légal (reconnaissance du féminicide et du viol conjugal), et s’attaquer aux causes structurelles des inégalités. Elles insistent sur la nécessité d’une stratégie concertée, évaluée et construite avec la société civile féministe.
À New York, une vitrine internationale mise en avant
Lors de la 69° session de la CSW ( Commission de la condition de la femme de l'ONU) en mars 2025 à New York, la ministre Soraya Mouloudji a mis en avant les avancées constitutionnelles et institutionnelles réalisées par l’Algérie, en rappelant notamment que la Constitution de 2020 consacre le principe d’égalité entre les sexes et, à travers son article 40 et constitutionnalise la protection des femmes contre toutes les formes de violence, dans tous les espaces de la vie sociale. Elle a également souligné l’augmentation du nombre de femmes dans les postes de responsabilité, les progrès observés dans l’enseignement supérieur — où les femmes représentent 65 % des étudiantes et 79 % des diplômées des grandes écoles scientifiques — ainsi que les mesures destinées à renforcer l’autonomisation économique, l’entrepreneuriat féminin et l’accès à l’emploi. Ces éléments ont été présentés comme la preuve d’une dynamique institutionnelle visant à promouvoir les droits des femmes et leur participation active à la vie publique.
Cependant, contrairement aux pratiques de nombreuses délégations, aucune rencontre ou atelier n’ont été organisés avec la société civile féministe algérienne présente à New York.
Ce manque d’échange a été relevé par des militantes qui auraient souhaité partager les réalités : déficits de structures, lenteur des procédures, lacunes juridiques et précarité genrée.
Des outils d’alerte et d’accompagnement pour renforcer la protection des femmes
En 2025, la ministre de la Solidarité nationale, Soraya Mouloudji, a renforcé l’arsenal de protection destiné aux femmes victimes de violences en déployant de nouveaux outils mêlant urgence, numérique et information. Le numéro vert 1026, gratuit et opérationnel 24h/24, permet désormais de signaler rapidement une violence, d’obtenir une écoute spécialisée et d’être orientée vers les services de sécurité ou les structures de prise en charge. S’y ajoute Himayati, une plateforme numérique dédiée exclusivement aux victimes, qui centralise les démarches urgentes, les recours possibles et l’accès aux services compétents. En parallèle, Sanedcom offre une orientation sociale et familiale plus large, sans se focaliser uniquement sur les violences. Le ministère a également publié trois guides de référence — prise en charge des victimes, autonomisation économique et droits juridiques — afin de rendre l’information plus accessible. En combinant ligne d’urgence, outils numériques et supports pratiques, l’État cherche à construire un dispositif plus cohérent et plus lisible pour renforcer l’accès des femmes à la protection et à leurs droits.
Le numéro vert 1026, gratuit et opérationnel 24h/24, permet désormais de signaler rapidement une violence, d’obtenir une écoute spécialisée et d’être orientée vers les services de sécurité ou les structures de prise en charge.
Un congé de maternité prolongé : une avancée à renforcer
La réforme de 2025 porte le congé de maternité à cinq mois indemnisés et constitue une avancée majeure. Cependant les associations féministes rappellent que : certaines conditions d’accès demeurent restrictives (ex : article 32 du décret 84-27), les pratiques administratives sont inégales, et des catégories de mères restent moins protégées (mères célibataires, adoptantes).*
Levée de la réserve algérienne sur l’article 15.4 de la CEDAW
La CEDAW (Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes) a été ratifiée par l’Algérie en 1996 avec plusieurs réserves. Une étape majeure a été franchie avec la levée, le 17 août 2025, de la réserve portant sur son article 15.4 relatif à l’égalité en matière de liberté de circulation et de choix de domicile. Cette réserve, déjà rendue obsolète par la suppression en 2005 de l’article 39 du Code de la famille, limitait encore la pleine application de la convention. Elle venait entériner des pratiques sociales non inscrites dans la loi mais largement répandues ; les épouses ne disposent pas réellement du choix du domicile familial et surtout, en matière de liberté de circulation, beaucoup de femmes se voient encore empêchées de se déplacer librement par un mari, un père ou un frère, en toute illégalité. Sa levée marque une avancée juridique symbolique mais attendue : elle empêche toute future loi restrictive, ouvre la voie à une relecture plus égalitaire des articles 74 et 78 du Code de la famille, et offre un nouvel outil à celles qui subissent des entraves dans les litiges de résidence ou aux frontières. Pour les mouvements féministes, toutefois, cette évolution reste insuffisante sans rapport CEDAW actualisé, réforme globale du Code de la famille et participation effective de la société civile. Les réactions conservatrices qui ont suivi illustrent enfin que la liberté de circulation des femmes demeure un enjeu autant idéologique que juridique.
Représentation politique des femmes : une régression structurelle en suspens
Le 26 septembre 2025, le président Tebboune a évoqué une possible révision « technique » de la loi électorale. Mais, à ce jour, aucune réforme n’a été engagée. Or la loi électorale de 2020, en supprimant les quotas féminins instaurés en 2007, a entraîné une chute historique de la représentation politique des femmes : 118 élues en 2017, contre seulement 34 en 2021, soit 8,3 % des sièges — le niveau le plus bas depuis plus d’une décennie. La parité imposée dans les listes, dépourvue de garanties de résultats, s’est révélée largement inefficace. Pire encore, certaines listes incluent désormais des candidates sans nom ni photo, une pratique autrefois irrégulière mais désormais légalisée par une note administrative.
La loi électorale de 2020, en supprimant les quotas féminins instaurés en 2007, a entraîné une chute historique de la représentation politique des femmes : 118 élues en 2017, contre seulement 34 en 2021, soit 8,3 % des sièges — le niveau le plus bas depuis plus d’une décennie.
Pour les organisations féministes, cette régression politique ne se limite pas au Parlement : elle reflète une dynamique plus large de recul des droits, dans un contexte où les violences restent insuffisamment traitées et où les discriminations persistent dans l’accès à la justice et aux espaces publics. Sans mécanismes d’inclusion contraignants, la parité demeure un principe proclamé, non une réalité institutionnelle.
Une mobilisation élargie, mais le combat demeure
En novembre 2025, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, l’État algérien a affiché une mobilisation inédite. La ministre de la Solidarité et le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, ont présenté de nouveaux dispositifs et annoncé un effort accru de production statistique.
Fait notable : une circulaire du ministère des Affaires religieuses a demandé aux imams de consacrer le sermon du 28 novembre à la dénonciation des violences — une première, signe d’une volonté d’intervenir dans tous les espaces d’influence sociale.
Mais ces gestes symboliques ne masquent pas les réalités persistantes : manque de structures, procédures lourdes, recul politique, limites du Code de la famille, résistances conservatrices.
Les signaux envoyés en 2025, bien que significatifs, resteront insuffisants sans réformes profondes : harmonisation des lois avec les engagements internationaux, protection réellement opérationnelle, transparence des données et dialogue sérieux avec les organisations féministes.


























