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Elif Ekin Saltık
Les Nations Unies en Turquie ont placé la violence numérique au cœur de leur campagne annuelle des 16 jours d'activisme contre la violence sexiste, qui s'est déroulée du 25 novembre au 10 décembre, Journée des droits de l'homme. Cette campagne numérique visait à sensibiliser le public à la recrudescence des violences faites aux femmes et aux filles en ligne et à remettre en question l'idée reçue selon laquelle les violences commises dans les environnements virtuels seraient moins graves ou moins effectives.
Avec l'intitulé « Mettre fin aux violences numériques faites aux femmes et aux filles : les violences numériques sont des violences bien réelles ! », la campagne visait à mieux faire connaître les violences numériques et à renforcer leur reconnaissance en tant que forme grave de violence sexiste. Elle appelle la société à rompre le silence et à prendre ses responsabilités face aux préjudices en ligne, notamment le cyberharcèlement, les menaces en ligne, la cyberintimidation, le partage non consensuel d'images privées et les violences facilitées par les fuites de données.
« La moitié des femmes et des filles dans le monde sont victimes de violence numérique »
La directrice de ONU Femmes en Turquie, Maryse Guimond, souligne que la violence numérique est un problème répandu, notant que la moitié des femmes et des filles dans le monde ne bénéficient toujours pas d'une protection juridique adéquate en ligne. « Cette situation doit changer de toute urgence », déclare-t-elle, décrivant la violence numérique comme une « réalité vécue qui réduit les femmes au silence, restreint leur participation à la vie publique et les suit des écrans jusque dans leurs foyers, leurs écoles et leurs lieux de travail ».
La violence numérique revêt de nombreuses formes, allant du harcèlement répété et des messages hostiles au cyberharcèlement et aux discours haineux. Parmi ses manifestations courantes figurent les menaces ou insultes en ligne persistantes, le partage non consensuel d'images privées (souvent qualifié de « revenge porn »), la surveillance constante des activités en ligne des individus et la diffusion de contenus misogynes, racistes ou homophobes. Ces pratiques démontrent que, même dans un monde virtuel, les préjudices causés par la violence sont bien réels.
Un problème collectif
La représentante du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) en Turquie, Mariam Khan, insiste également sur le fait que la violence numérique n'est pas un problème individuel ou purement technologique, mais un défi collectif en matière de droits humains. Se réfèrant aux tendances mondiales alarmantes, elle affirme que la responsabilité doit être partagée par l'ensemble de la société. « Avec la campagne « Mettons-y fin », nous appelons les gouvernements, les entreprises technologiques, la société civile et les citoyens à investir dans la sécurité numérique, à commencer par la conception même des technologies, afin que tous les espaces, y compris numériques, soient sûrs, équitables et émancipateurs pour les femmes et les filles », insiste Mme Khan.
Une femme sur cinq en Turquie a subi des violences numériques à un moment donné de sa vie, tandis qu'à l'échelle mondiale, environ 38 % des femmes déclarent avoir directement subi ou été témoins de violences en ligne.
À travers cette campagne, ONU Turquie a mis en lumière la manière dont la violence numérique compromet la liberté, la vie privée et la participation sociale des femmes. L'initiative appelle les institutions publiques, les organisations de la société civile, les entreprises technologiques et les particuliers à soutenir les victimes et à prendre des mesures concrètes pour prévenir et combattre les abus en ligne.
Données sur la violence numérique et la situation en Turquie
Des données récentes soulignent l'ampleur du problème en Turquie et au-delà : une femme sur cinq en Turquie a subi des violences numériques à un moment donné de sa vie, tandis qu'à l'échelle mondiale, environ 38 % des femmes déclarent avoir directement subi ou été témoins de violences en ligne. Les jeunes femmes et les filles âgées de 18 à 24 ans sont parmi les plus exposés.
La campagne montre également le rôle des fuites de données comme facteur clé de la violence numérique. La divulgation non autorisée d'informations personnelles, de photographies et d'autres données privées sur les plateformes en ligne permet souvent le chantage, le harcèlement et la diffamation. En Turquie, les importantes violations de données survenues ces dernières années ont été liées à une augmentation de la violence numérique à l'égard des femmes, amplifiant à la fois la portée et l'intensité de ces abus.



























