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D.I.Re (Donne in Rete contro la Violenza – Femmes en réseau contre la violence), l’engagement collectif pour dire NON à la violence

Nathalie Galesne Nathalie Galesne
24 novembre 2021
D.I.Re  (Donne in Rete contro la Violenza – Femmes en réseau contre la violence), l’engagement collectif pour dire NON à la violence

A l'occasion de la journée internationale de lutte contre la violence faite aux femmes, le réseau italien D.I.Re lance une campagne de don « Componi La LIBERTA’ » active jusqu’au 28 novembre 2021.

Lutter contre la violence faite aux femmes c’est avant tout reconnaître cette violence et la combattre en profondeur : « Notre unique objectif, c’est de construire un grand projet d’autonomie pour toutes les femmes libérées des barrières sociales, psychologiques et culturelles du patriarcat, a affirmé la Présidente de D.I.R.e, Antonella Veltri, à l’occasion de la conférence de presse qui s’est tenue le 18 novembre, annonçant du même coup la grande campagne de dons « Componi la LIBERTA’» (Compose la Liberté) qui durera jusqu’au 28 novembre.

84 organisations ramifiées en 111 centres anti-violence et 60 maison-refuges, distribués dans 19 régions de la péninsule, adhèrent au réseau D.I.R.E (Donne in Rete contro la Violenza – Femmes en réseau contre la violence). Cet acronyme porte bien son nom, puisque l’objectif du réseau est de dénoncer et combattre haut et fort la violence de genre systémique.

Plus de la moitié des centres (60%) peuvent compter sur une structure d’accueil, pratiquement tous les centre offre un service juridique, psychologique et d’accompagnement à l’emploi. 55% des centres sont en mesure d’apporter une aide aux femmes immigrées.

Toutefois les actions du réseau vont bien au-delà du simple accueil. Une des initiatives les plus significatives de D.I.Re concerne la création d’un observatoire sur la victimisation secondaire. Une recherche réalisée par le groupe d’avocates de D.I.Re a démontré que la violence domestique n’est pas reconnue par les tribunaux. « Ce sont les institutions censées soutenir les femmes au moment où elles décident d’interrompre la violence, les tribunaux charger de prendre des décisions sur la séparation et la garde des enfants, ainsi que les services sociaux qui exercent des comportements qui re-victimisent les femmes » note Nadia Somma, référente de l’Observatoire. 

En effet, si loi italienne basée sur le concept de bi-parentalité, en cas de séparation, est adaptée au couple ayant des relations normales, ce concept est en revanche contre-productif en cas d’abus. « Une femme qui a subi la violence et un homme violent et prévaricateur ne peuvent être mis sur le même plan. » Trop souvent, lors des procédures de divorce, des mères se voient appliquer le principe erroné d’aliénation parentale, jusqu’à perdre la garde de leur progéniture confiée au père violent. «La mère est déchue de ses droits et éloignée pendant des années de ses propres enfants, comme en témoignent les groupes de mamans qui manifestent avec constance devant les tribunaux», commente  Nadia Somma.

Années Covid, recrudescence de la violence

Les différentes périodes de confinement ont eu des effets dévastateurs sur la vie des femmes qui vivent en situation de violence. Ces dernières ont vécu une cohabitation forcée 24 heures sur 24 avec un partenaire violent, s’en sont suivies une augmentation de la violence domestique, du stress et une difficulté objective à pouvoir demander de l’aide. D’ailleurs, le nombre de féminicides en 2021, jusqu’à ce jour, est en légère hausse avec 103 femmes assassinées par rapport aux 100 homicides dénombrés au cours de l’année précédente.

En 2020, les structures du réseau D.I.R.e ont reçu 20 015 femmes pour la plupart italiennes, seulement 26% d’entre elles sont d’origine étrangère 26% sont d’origine étrangère. La moitié est âgée de 30 à 49 ans. Une femme sur trois n’a pas de revenu, et moins de 40% dispose d’un revenu sûr. Il apparaît clairement que la précarité économique des femmes les rend beaucoup plus vulnérables face à la violence.

L’auteur qui exerce la violence sur les femmes qui s’adressent aux centres du réseau D.I.Re est généralement italien, seuls 23,6% sont d’origine étrangère, ce qui met à mal le stéréotype encore très répandu en Italie représentant le phénomène de la violence masculine comme étant issue d’univers culturels situé en dehors de l’Europe. 

Les formes de violence constatées à l’intérieur du réseau D.I.Re se décline de la manière suivante : la plus répandue est la violence psychologique (77,3%), suivie par la violence physique (environ 60% des cas), la violence économique est aussi à prendre en compte : 33,4% des femmes en font l’expérience, enfin les cas de violence sexuelle et de harcèlement relevés au sein des centres D.I.Re sont les formes de violence les moins diffuses avec respectivement 15,3 % et 14,9%  de femmes concernées.

Il apparait clairement que l’homme maltraitant entretient un rapport étroit avec la femme sur laquelle il exerce sa violence : il s’agit le plus souvent de son partenaire (60,2%) ou de son ex (22,1%). Ainsi 82,3% des cas de violence sont perpétrés par des personnes ayant une relation forte avec la femme, dans le but d’exercer sur elle contrôle et domination.

Attention danger !

L’accueil des centres antiviolences est possible grâce au travail de milliers de bénévol.e.s. Le gouvernement italien a reconnu la valeur d’utilité publique de ces centres et leur fournit normalement chaque année un financement basé sur le plan national de lutte contre la violence, mais le plan de 2020 n’a toujours pas été renouvelé : « Il s’agit d’un retard irréparable qui nous met toutes dans une situation de grandes difficultés, a dénoncé la Présidente de D.I.Re, non seulement parce que l’accès aux fonds est entravé mais parce que nous sommes en incapacité de planifier quoi que ce soit. »

Au-delà de cette lenteur, la situation est assez sombre puisque l’Etat italien ne débloque que 3 millions d’euros au regard des 48 millions nécessaires. Certes, le revenu de liberté a été voté mais comment une femme qui quitte le domicile conjugal à cause de son conjoint violent peut subvenir à ses besoins, et à ceux de ses enfants quand elle en a, avec une telle somme.

Compose la Liberté : un numéro 455591

Ainsi peut-on s’attendre à ce que les centres anti-violence connaissent d’énormes difficultés dans les mois à venir. D’où la campagne conçue pour recevoir une multitude de petits dons -2, 5, 10 euros – de la part d’un très grand nombre de personnes. Ce qui représente au-delà de l’aide matérielle « le témoignage fort de l’engagement collectif pour dire NON à la violence« , a déclaré Antonella Veltri.

La campagne « Compose la Liberté » a été créée par un groupe d’étudiant.e.s du Politecnico de Milan, dans le but de souligner combien il est important pour les femmes en situation de  violence de reconquérir la liberté qui leur a été volée, et d’être soutenues dans le processus de reconstruction de leur propre vie.

L’humoriste Serena Dandini, autrice et programmatrice tv, a prêté sa voix à la vidéo de la campagne diffusée sur SKY, la 7, Radio Popolare ; de nombreuses personnalités féminines de la culture et du sport, en particulier les footballeuses se sont jointes à elle.

Education des enfants, logement, travail, auto-entreprenariat… L’argent collecté sera alloué au Fond AUTONOMIE de D.I.Re pour soutenir le parcours d’autonomisation des femmes qui sortent des maisons refuges.

« Les centres antiviolence sont des espaces d’activisme civique, et non pas de « bénévolat » au sens classique du terme… parce que notre engagement nait d’un choix politique féministe bien précis. C’est pourquoi nous serons dans la rue le 27 novembre à la grande manifestation de “ Non una di meno ” à Rome », a conclu Antonella Veltri.

Tags: Anti-violenceantiviolencedireitalieliberté
Nathalie Galesne

Nathalie Galesne

Nathalie Galesne est fondatrice des magazines en ligne babelmed.net et web arts résistances. Elle a collaboré également avec plusieurs médias dont la Rai, le magazine féministe « Noi Donne » et « Le Courrier de l’Atlas ». En octobre 2014, elle a reçu le Prix du Journaliste Méditerranéen pour son reportage sur Lampedusa : « Lampedusa, la tragédie d’une île ». Elle est l’auteur de plusieurs publications dont Syrie, éclats d’un mythe (Actes Sud, 2002). En dehors du journalisme, elle enseigne le français à l’Université.

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