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Tous les jours, Joëlle rejoint ses amies retraitées, Magali, Carmen et Régine sur la plage populaire du Bain des Dames, celle du 8ᵉ arrondissement de Marseille. Comme dans un théâtre à ciel ouvert, elles rient, parlent d’amour, de drague, de sexe et de corps qui changent.
Un docufiction de 30 mn, parfois légèrement dirigé dans la mise en scène, qui a remporté il y a un mois le César du meilleur court-métrage documentaire. Extrêmement bronzées, tatouées et souvent topless, quatre copines se retrouvent sur une plage où un mur proclame en grosses lettres : « Soutif obligatoire pour les vieilles ».
« La plage de Marseille est un lieu public où les femmes sont surreprésentées. Et alors qu’elles dominent à cet endroit, des gens s’arrogent le droit de leur dire quoi faire et comment faire ! », proteste la réalisatrice Margaux Fournier dans une interview donnée à France 3.
Avec leur franc-parler, leur tchatche et leurs vannes aux accents chantants du marseillais, ces dames détonnent et imposent une présence aussi libre qu’irrévérencieuse. « Avec un tarin (nez) comme ça, elle va avoir la vie longue » ; « Puisque tu baises beaucoup tu dois avoir des capotes ! » ; « Mon œil, tu bois pas d’alcool… Le blanc, tu l’aimes bien ! », « J’aime la beauté du diable. Les gueules qui accrochent » ou encore, « Patrick Bruel, plus il vieillit, plus il est bandant ».
Erotisme
Margaux Fournier filme ses personnages du troisième âge, rencontrés par hasard sur la plage des Bains des Dames, plus vrais que vrais, avec tendresse, humour et fraicheur. Elles se font pourtant rarissimes au cinéma ces femmes de plus de 60 ans qui ne rentrent plus et depuis longtemps dans les codes de beauté de la jeunesse éternelle. Dotée de son female gaze (regard d’une réalisatrice qui adopte le point de vue d’un personnage féminin pour épouser son expérience), la cinéaste fait parfois des gros plans sur la peau bronzée, la poitrine, une fesse, les pieds, les bras flétris. Mais rien de dérangeant ! Son intention : montrer la beauté de la vieillesse, voire l’érotisme qui peut s’en dégager.
Elle joue aussi sur les codes de la comédie romantique, avec des ralentis et de la musique pour signifier un coup de foudre sur la plage de ces dames !
Au-delà de leurs croustillants échanges, leur répartie et leur sens de l’autodérision, ces femmes estampillées grands-mères, revendiquent une farouche liberté : celle de se déshabiller, de vivre comme elles veulent et d’avoir une vie sexuelle sans engagement. En contradiction avec la pensée dominante qui fait de la ménopause une date de péremption.
Réconciliation
Mais derrière les rires de certaines d’entre elles, se cachent des larmes et des…coups. Pendant la scène de la chirurgie esthétique, Joëlle dit : « Je suis extrêmement mal dans ma peau, je ne peux pas me regarder dans le miroir ». Elle révèle alors dans une interview en tête à tête avec la réalisatrice que son mari la battait avant de se suicider lorsqu’elle a demandé le divorce. « On ne dirait pas que j’ai vécu tout ça, hein ? », s’esclaffe Joëlle.
Elles se font pourtant rarissimes au cinéma ces femmes de plus de 60 ans qui ne rentrent plus et depuis longtemps dans les codes de beauté de la jeunesse éternelle.
Ce qui amène la réalisatrice à commenter dans une interview donnée à Vanity Faire : « Parler du corps des femmes amène très souvent à parler de violences ».
Le film s’achève avec une note d’espoir, une envie de faire société ensemble, une réconciliation entre les générations à travers une danse commune réunissant les 17 à 70 ans sur les rythmes endiablés de la chanson L’envie, de Johnny Halliday.
Le film réussit également à casser un autre stéréotype : Marseille n’est pas que drogue, trafics et règlements de compte entre mafieux. La ville sait également chanter et danser sous le soleil triomphant de la Méditerranée…

























