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Hanaa Ibrahim Mohammed devant son étal de légumes – Photo de Shaimaa Elyoussef
Après avoir pris sa retraite de son poste d'employée administrative au sein du gouvernement, Hanan Khashaba, organisatrice de voyages, a décidé de réaliser ses rêves longtemps mis de côté. Elle ne s'est pas attardée sur la question de « quoi faire après la retraite » ; elle l'a plutôt perçue comme le début d'un nouveau chapitre. « Les femmes ont un travail sans fin à gérer la famille, explique-t-elle. J'avais beaucoup d'autres projets, mais le tourbillon du travail et des responsabilités familiales ne me laissait aucun répit. »

La photographie et la lecture, ainsi que diverses activités culturelles, figuraient parmi la liste des loisirs que Khashaba souhaitait reprendre après sa retraite. Elle avait repoussé ces activités pendant des années et a finalement pu se fixer un emploi du temps hebdomadaire pour s'y consacrer, concrétisant ainsi son projet. « Mon rêve était de visiter chaque recoin d'Égypte et d'immortaliser mes découvertes, les sites et les expériences vécues, par la photographie, partage-t-elle. Et grâce à Dieu, j'ai pu voyager et prendre de nombreuses photos. »
Khashaba est convaincue que la soixantaine représente une occasion en or de profiter de la vie et de réaliser ses rêves suspendus. Au cours de ses voyages, elle a rencontré de nombreuses femmes du même âge qui ont elles aussi décidé de savourer ce qu'elles avaient manqué jusqu'alors. « Il n'est pas nécessaire d'accomplir de grandes choses ou de jouer un rôle important dans la société, ajoute-t-elle. L'essentiel, c'est que cela apporte de la joie, même s'il s'agit de petites choses que certains pourraient juger insignifiantes. »
Vivre uniquement pour les autres
Le Dr Asmaa Murad al- Fakhrani, coach en émancipation pour les femmes, estime que l'image stéréotypée des femmes mariées dans les sociétés orientales les empêche de profiter de la vie après 60 ans. Leur rôle, dès le mariage, se limite aux soins de la famille, au point qu'elles perdent leur espace personnel et oublient leur droit de prendre soin d'elles-mêmes, leur temps étant consacré aux besoins de leurs maris et de leurs enfants : « Beaucoup de femmes renoncent volontairement à ce droit, se soumettant entièrement aux souhaits de leurs maris et de leurs enfants, pour finalement se rendre compte qu’elles ont vécu uniquement pour les autres. »
Al- Fakhrani évoque également la situation des femmes divorcées, soulignant que leurs enfants les dissuadent souvent de se remarier après un divorce, surtout si elles ont plus de 50 ans : ils estiment que cet âge n’est plus propice au mariage. Parallèlement, la société stigmatise leur désir de se remarier, le jugeant socialement inacceptable, et ce désir est étouffé par des phrases comme « tu es trop vieille maintenant, vis pour tes enfants ».
Al- Fakhrani souligne l'importance de briser les stéréotypes associés aux femmes âgées et les encourage à profiter de la vie, en leur disant : « Prenez un moment de solitude pour vous-mêmes, prenez soin de vous, réfléchissez et contemplez votre propre vie. »
« Reste à la maison, tu es trop vieille ! »
Dans le monde des arts, les préjugés liés au vieillissement persistent pour les femmes. L'actrice de renom Amina Rizk a incarné le personnage d'Afifa dans le film Le Pays des rêves (Ard al-Ahlam) (1993) de Daoud Abdel Sayed ; elle y interprétait une femme âgée à la personnalité audacieuse et anticonformiste, qui se marie sur le tard et s'échappe d'une maison de retraite pour retrouver son amant.
Le personnage d'Afifa revêt une dimension symbolique saisissante : on apprend plus tard que son amant est mort depuis longtemps, car le drame du film semble suggérer que l'amour constitue un refuge psychologique vital pour les personnes âgées, leur offrant un réconfort face à la dureté et la solitude de la vieillesse.
Remettant en question les attentes liées aux femmes âgées, la réalisatrice Inas el-Degheidy a suscité un vif débat après avoir annoncé son mariage, à plus de soixante-dix ans, avec l'homme d'affaires Ahmed Sukarno. Elle a été la cible de commentaires injurieux sur les réseaux sociaux, notamment après que la journaliste Lamis el-Hadidy l'a interviewée et a déclaré : « Inas, vous m'avez redonné espoir en l'amour. »
Ces stéréotypes sont parfois utilisés comme une arme pour harceler les artistes féminines plus âgées sur les réseaux sociaux, dans le but de restreindre leur activité artistique et de les faire disparaître de la scène publique. Des commentaires offensants circulent, tels que « pense à ta vie après la mort », « demande pardon auprès de Dieu et prends ta retraite », « tu es trop vieille, aie un peu honte » et « demande pardon avant qu'il ne soit trop tard, tu n'es plus qu'à un pas de la tombe ».
Ces stéréotypes sont parfois utilisés comme une arme pour harceler les artistes féminines plus âgées sur les réseaux sociaux, dans le but de restreindre leur activité artistique et de les faire disparaître de la scène publique.
Dans une interview accordée à Medfeminiswiya, l'actrice Elham Shahin affirme que ceux qui promeuvent de telles opinions sont souvent des personnes sans réelle influence qui s'en prennent aux artistes féminines simplement parce qu'elles sont des femmes, en laissant des commentaires insultants comme « vous êtes trop vieille maintenant et vous approchez de la mort ».
S'adressant à ceux qui publient de tels commentaires, Shahin interpelle : « Qui est responsable de qui ? Lorsqu'on dit à une femme de s'asseoir, de prier et de penser à l'au-delà, est-ce par véritable souci pour elle ? Craigne-t-on qu'elle n'entre pas au Paradis ? Ou bien est-ce par peur d'être jugé à sa place ? Chacun est responsable de ses actes. Si elle commet une erreur, c'est à elle seule d'en répondre. »
Shahin estime que la mort ne fait aucune distinction entre jeunes et vieux, car beaucoup décèdent prématurément, et souligne qu'il est injustifié de soumettre les femmes âgées à un tel jugement. Elle conseille aux femmes de ne pas prêter attention à ces remarques, affirmant : « Une femme doit savoir ce qu'elle veut, faire ce qu'elle juge juste, ce qu'elle estime être le mieux. »

























