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La beauté féminine : du mythe à la prison dorée

Federica Araco Federica Araco
24 novembre 2022
La beauté féminine : du mythe à la prison dorée

Dans son dernier essai, Miroir, mon beau Miroir, la philosophe italienne Maura Gancitano explique comment et pourquoi le concept du beau s’est transformé au fil du temps jusqu’à devenir le paramètre rigide qui monopolise aujourd’hui la vie de beaucoup de femmes. En mêlant des travaux d’anthropologie, de philosophie, de science et de psychologie sociale à des considérations plus personnelles, l’autrice analyse les standards de perfection impossibles à atteindre qui nous font nous sentir inférieures. Ainsi sommes-nous poussées à investir des milliards en cosmétiques et en soins amincissants et rajeunissants, afin d’essayer d’améliorer nos corps « non conformes », avec des résultats souvent décevants. Une lecture passionnante et révolutionnaire, conseillée pour tous les âges et tous les contextes sociaux.

À trente ans de la sortie de Quand la beauté fait mal [1], de la journaliste féministe Naomi Wolf, la philosophe italienne Maura Gancitano publie Miroir mon beau miroir. La prison de la beauté (Specchio delle mie brame. La prigione della bellezza, Einaudi, 2022), un essai exhaustif et courageux sur ce qui est désormais devenu un instrument de contrôle de nos corps, des pensées et des choix que nous effectuons dans la vie.

Bien que des sensibilités esthétiques profondément différentes selon les cultures aient toujours existé, un canon de beauté très précis s’est imposé il y a quelques siècles, auquel nous sommes tou.te.s invité.e.s à nous conformer. Si le beau se caractérisait chez les présocratiques par la proportion et la mesure, en parler aujourd’hui, nous explique l’autrice, veut dire pour l’essentiel parler du corps féminin et de comment il doit être, ou ne pas être, pour pouvoir se définir comme tel.

S’habiller, parler, manger, se déplacer d’une certaine manière, poursuit Gancitano, sont en effet considérés comme conforme et appréciable pour des raisons esthétiques, mais pas seulement : il s’agit aussi d’une véritable technique politique d’exercice du pouvoir.

Quand les contraintes matérielles envers les femmes ont commencé à se relâcher, écrit-elle, le canon esthétique relatif à leur aspect physique est devenu de plus en plus rigide et de plus en plus asphyxiant, les poussant à chercher une perfection illusoire et impossible à atteindre

Naomi Wolf avait déjà situé l’origine de ce processus dans la première moitié du XIXe siècle, lorsque la photographie naissante rendit soudain disponibles un très grand nombre d’images de corps féminins idéaux et parfaits, considérés comme des modèles à suivre. Ces icones, nous explique Gancitano, étaient un instrument fondamental pour diffuser les valeurs, les idées et les symboles de la classe bourgeoise émergente, moteur de l’urbanisation et de l’industrialisation qui étaient en train de transformer une grande partie de l’Europe du Nord et des États-Unis.

Beauty Standards Around The World est une expérience réalisée en 2014, qui a consisté à demander à des dizaines de personnes dans le monde de modifier l’image d’une jeune femme au moyen de Photoshop afin de la rendre “plus belle” selon les canons esthétiques de leur pays d’origine.

 « Les femmes représentées n’étaient pas des femmes ordinaires, mais elles constituaient un canon auquel se mesurer » [2] – un canon choisi évidemment par des hommes (capitalistes, éditeurs, commerçants), qui au fil du temps le rendirent de plus en plus normatif.

Une version « officielle » de la beauté féminine s’est ainsi imposée, en vertu de laquelle « les corps, en particulier les visages, devaient être beaux et normaux, plaisants et non dérangeants, parce qu’ils servaient à diffuser des idéaux, des théories, et, de plus en plus, des produits mis en vente. » [3].

De manière rigoureuse et bien documentée, le texte explique en outre comment l’entrée des femmes dans le monde du travail leur conféra pour la première fois un pouvoir d’achat et une liberté considérée comme dangereuse par la société patriarcale et sexiste qui jusqu’alors les avait reléguée dans leur intérieur. Pour compenser les nouveaux droits (difficilement) acquis, il devenait donc fondamental d’orienter leur consommation au sein d’un horizon bien défini. Cela permit également d’exercer sur elles un autre type de contrôle, en les condamnant, de fait, à un souci constant et à des efforts grandissants, et généralement vains, pour conformer leur aspect physique aux nouveaux canons de beauté. « Si l’industrie a rendu à la femme la possibilité d’être indépendante et si le monde du travail l’a réadmise dans la production sociale, elle l’a fait avec des règles plus contraignantes, en leur imposant la peur d’être insuffisantes s, inadéquate, jamais assez belles, et par conséquent de toujours risquer l’expulsion » [4].

Bien qu’elles gagnent moins que les hommes, « […] dans les pays développés, ce sont les femmes qui achètent 80% des produits vendus tous domaines confondus », précise Gancitano page 26. L’autrice cite également une étude menée par la Northwestern University, qui démontre que les jeunes femmes dépensent le triple par rapport aux jeunes hommes, entre le maquillage, les cosmétiques, les coupes de cheveux chez le coiffeur, les visites dermatologiques, les produits pour épilation et autre. En outre, un homme a en moyenne 164 heures de temps libre supplémentaire par an : quatre semaines sur cinquante-deux. Source de l’image : Pinterest.

L’idée que la beauté est quelque chose d’objectif et de naturel est donc le fruit des instances néo-libérales, qui obligent les acheteuses potentielles à se conformer grâce à une très vaste gamme de produits. Ainsi, la minceur à tout prix, l’épilation impeccable, le sourire d’une blancheur éclatante, les coiffures sans un cheveu qui dépasse et la peau jeune, fraîche et lisse deviennent des éléments indispensables pour ne pas se sentir mal à l’aise dans des sociétés de plus en plus exigeantes et jugeantes.

Celles qui ne se conforment pas sont immédiatement considérées comme négligées, fainéantes, dépourvues de volonté. Le conditionnement des esprits est tellement fort que, même quand il n’est pas explicitement présent, nous restons tout de même victimes de ce regard extérieur que la neuropsychologie a nommé la vision allocentrée du corps, sur laquelle s’appuient toutes les campagnes publicitaires. Et pourtant, explique l’autrice, même le produit le plus « miraculeux » ne sera jamais suffisant pour apaiser notre sentiment d’inadéquation puisque nous tendrons toujours à dévaloriser notre aspect, jamais « conforme » au modèle. La diffusion capillaire de photographies retouchées avec des filtres et des logiciels graphiques lèse profondément notre estime de soi et intensifie la pression sociale, également via les médias mainstream et les réseaux sociaux.

Le « soft power » qui véhicule cette attention maniaque pour le corps est bien plus pernicieux que toutes les contraintes explicites du passé, précise Gancitano, parce qu’il confine notre illusoire liberté dans une invisible prison dorée.

De très nombreuses femmes ressentent de la honte quand elles mettent un maillot de bain et cela a lieu parce vivre dans une culture qui chosifie sexuellement leur corps les induit à en faire autant et à intérioriser « la perspective d’un observateur extérieur comme vision primaire de son propre soi physique », explique Gancitano. Illustration d’Alex Smith. Source : Pinterest.

L’autrice dialogue avec de nombreuses voix influentes, de Wolf à Weber, de Simone De Beauvoir à Simone Weil, pour n’en citer que quelques-unes, dans un récit qui inclut ses propres réflexions, plus intimes et plus personnelles, sur le rapport au corps compliqué qui était le sien lorsqu’elle était jeune et sur sa fille de onze ans qui, comme de nombreuses adolescentes, grandit en ne se sentant « pas performante »,

Elle nous invite à repenser le concept même de beauté, en l’emplissant de nouvelles significations : il ne suffit pas de parler de « body neutrality » ou d’essayer de s’accepter comme on est parce que l’impératif à se conformer au corps idéal et tyrannique de la norme agit constamment et souvent au niveau inconscient.

Le 8 mars 2016 a été lancée la campagne #IStandUp, via une vidéo qui dénonçait la chosification de femmes produite par la publicité et les dégâts qu’elle produit sur le plan social, psychologique, culturel et économique. Le hashtag de la campagne était #WomenNotObjects.

Cultiver notre propre chemin d’épanouissement personnel en portant notre attention sur les talents, les désirs et les émotions et en recouvrant notre capacité entéroceptive que le mythe de la beauté tend à réduire est, comme le conclut Gancitano, le seul moyen de nous soustraire à cette coercition asphyxiante qui s’insinue justement là où elle trouve un manque de sens.

 

[1] N.Wolf, Quand la beauté fait mal, First, 1991. Pour la version originale : The Beauty Myth: How Images of Beauty Are Used Against Women, New York, HarperPerennial, 1990. La traduction italienne, parue en 1991 (Il mito della bellezza), a gardé du titre originale l’idée du “mythe de la beauté”, auquel fait référence le titre du présent article [n.d.t.]
[2] M.Gancitano, “Specchio delle mie brame. La prigione della bellezza”, Einaudi, Torino, 2022, cit. pag.12.
[3] M.Gancitano, “Specchio delle mie brame. La prigione della bellezza”, Einaudi, Torino, 2022, cit. pag.12.
[4] Ibid., p. 26.
Federica Araco

Federica Araco

Journaliste, Federica Araco a collaboré à la version italienne du magazine en ligne Babelmed pendant 9 ans comme rédactrice et traductrice du français et de l’anglais vers l’italien. Elle a été rédactrice en chef de la revue trimestrielle “The Trip Magazine” dédié au voyage et à la photographie. Elle a également collaboré à d’autres magazines italiens : LiMes, Internazionale, Left. Ses thèmes de prédilection sont les questions de genres, le féminisme, le multiculturalisme, l’exclusion sociale, les phénomènes migratoires, l’écologie et le développement durable. Depuis 2016, elle publie aussi des photo-reportages de voyage sur son blog.

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