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À l’abri des jugements, des injonctions liées au genre ou au corps, elles y trouvent un environnement propice à la confiance, à la solidarité et à l’affirmation de soi. Ces espaces permettent également d’échapper, le temps d’une activité, aux remarques sexistes, aux comportements intrusifs et au « male gaze », ce regard masculin qui continue de façonner la manière dont les femmes sont perçues et se perçoivent.
Comme le montrent les articles des correspondantes de Medfeminiswiya, cette pratique revêt des formes très diverses selon les contextes sociaux, politiques et culturels. Elle concerne aussi bien des soirées réservées aux femmes en Italie, des activités sportives en France et à Gaza, un club de lecture en Algérie, un espace de solidarité à domicile entre femmes alaouites dans une Syrie toujours otage de conflits ethniques, qu’un café réservé aux femmes en Égypte. Malgré leurs différences, toutes ces initiatives poursuivent un même objectif : créer des territoires de liberté, d’entraide et d’émancipation.
La non-mixité choisie suscite toutefois de vifs débats, largement relayés sur les réseaux sociaux. Ses détracteurs, souvent des hommes mais aussi certaines féministes, y voient une forme d’exclusion ou une atteinte au principe d’égalité. Selon eux/elles, elle risque de reproduire les séparations qu’elle prétend combattre. À l’inverse, ses partisanes rappellent que ces lieux sont le plus souvent temporaires et répondent à un besoin précis : permettre aux femmes de prendre la parole sans crainte, de renforcer leur confiance en elles, de partager des expériences communes et de construire des formes d’auto-émancipation. Pour elles, la non-mixité n’est pas une fin en soi, mais un outil au service de l’égalité.
La non-mixité choisie ne vise pas à exclure, mais à créer les conditions nécessaires pour que des femmes, longtemps socialisées au silence ou à l’autocensure, puissent reprendre confiance en leur parole et jouir pleinement de leur droit à occuper l’espace public.
Le témoignage de la journaliste féministe algérienne Amel Hadjadj illustre avec force cette réalité. Évoquant son expérience au sein du collectif féministe Sawt Nssa (« Voix de femmes »), qu’elle a rejoint en 2013, elle écrit :
« J’y ai surtout compris pourquoi, jusque-là, ma voix tremblait lorsque je prenais la parole dans les ciné-clubs, les débats étudiants ou les espaces militants mixtes. Pendant longtemps, j’avais cru manquer de capacité. Avec le recul, j’ai compris qu’il existe une différence entre manquer d’assurance et avoir grandi dans une société où certaines voix sont considérées comme plus légitimes que d’autres. »
Son témoignage rappelle que la non-mixité choisie ne vise pas à exclure, mais à créer les conditions nécessaires pour que des femmes, longtemps socialisées au silence ou à l’autocensure, puissent reprendre confiance en leur parole et jouir pleinement de leur droit à occuper l’espace public.







