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« Fémonationalisme » : instrumentalisation de la rhétorique féministe à droite toute !

Contributrice Medfeminiswiya Contributrice Medfeminiswiya
3 avril 2026
« Fémonationalisme » : instrumentalisation de la rhétorique féministe à droite toute !

Les candidat.es à la mairie de Paris aux élections municipales 2026. Crédits Salma Materi.

Les droits des femmes et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles occupent une place plus importante dans les campagnes électorales françaises ces dernières années. Toutefois, alors que certains partis mettent en avant des politiques d’accompagnement des victimes et de transformation sociale, la droite et l’extrême-droite insistent davantage sur le renforcement des dispositifs sécuritaires, comme l’ont illustré les dernières élections municipales de mars 2026 en France.

Salma Materi

L’intérêt pour les droits des femmes et les luttes féministes s’inscrit depuis longtemps dans une lignée d’idéaux progressistes souvent associés à des partis politiques de gauche. C’est à partir des années 2000 que l’extrême droite commence non seulement à féminiser ses rangs, mais aussi à inclure des éléments de ces luttes dans son agenda, tout en l’adaptant à son idéologie. Avec l’arrivée de Marine le Pen à la tête du Rassemblement national (RN) en 2011, appelé à l’époque Front national, le parti a adapté son discours de manière à charmer un nouvel électorat. La présidente du groupe s’est depuis plus ou moins détachée de l’éloge de la maternité et de la garde du foyer et surfe sur les notions d’empathie et de sororité, notamment dans sa déclaration durant la campagne présidentielle de 2017 : « Je comprends les femmes, car je suis une femme. » Ce phénomène porte un nom : le fémonationalisme.

Une stratégie de dédiabolisation

July Robert, autrice, traductrice et présidente de la Revue Nouvelle, écrit dans Quand l’extrême droite instrumentalise les discours féministes : « L’insertion de politiciennes au sein des rangs de l’extrême droite ne s’est pas faite par réel souci de respect du principe de parité et d’inclusivité. » Elle s’inscrit plutôt dans une démarche de dédiabolisation de l’extrême droite qui servirait à lui donner plus de crédibilité dans ses prises de position, notamment dans des enjeux liés aux droits des femmes. « La mise en avant de femmes à la tête des partis d’extrême droite et de leurs listes électorales vient renforcer la crédibilité de ces formations candidates à la gouvernance d’un pays. »

Les politiques de l’extrême droite n’opèrent pas dans une optique émancipatrice des femmes, mais les replacent au centre d’un discours ultra-nationaliste, en les cantonnant à des rôles très essentialistes, comme la reproduction et le soin apporté au noyau familial.

July Robert développe cette idée en montrant que les politiciennes d’extrême droite basent leur vision sur l’idée essentialiste que le genre serait une catégorie naturelle et non construite socialement, et que par conséquent il existe une complémentarité indéniable entre les hommes et les femmes. En niant toute interférence sociale dans l’édification des normes liées aux genres, l’extrême droite limite les femmes à la fonction centrale de la maternité, voire même des mères portant en elles les futurs enfants de la nation française.

En niant toute interférence sociale dans l’édification des normes liées aux genres, l’extrême droite limite les femmes à la fonction centrale de la maternité, voire même des mères portant en elles les futurs enfants de la nation française.

Sur ce point-là, July Robert se base sur les travaux de Sara Farris, l’enseignante chercheuse à l’Université Goldsmiths de Londres  qui a conceptualisé la notion du “fémonationalisme”, pour nous expliquer que cette rhétorique de l’extrême droite qui limiterait les femmes à l’unique rôle de procréation crée inévitablement un vide dans le monde de travail. Dans cette situation, certaines personnalités politiques, comme Marine Le Pen, mobilisent des thématiques liées à la protection des femmes tout en s’inscrivant dans des logiques économiques qui reposent, de manière indirecte, sur le travail souvent précaire de femmes migrantes. Sara Farris montre que ce type de configuration contribue à articuler discours « féministes » et maintien d’une division du travail marquée par l’origine sociale et migratoire.

La sécurité des femmes au service d’un discours sécuritaire

Lors des dernières élections municipales françaises au printemps 2026, plusieurs candidat.es têtes de listes de partis d’extrême droite ont inclus dans leurs programmes des propositions pour améliorer l’accès des femmes à l’espace public et y assurer leur sécurité. Sauf que la plupart du temps, ces initiatives dissimulent une doctrine raciste qui lierait automatiquement l’insécurité des femmes à la présence de personnes immigrées ou d’origines immigrées. «Toutes les mesures soi-disant en faveur des femmes sont effectivement toujours tournées vers ces objectifs nationaliste et nataliste qu’il est important de lire selon une grille anti-immigration », affirme July Robert.

Dans son programme Laura Lavalette, candidate RN pour la mairie de Toulon – qui n’a pas été élue – , proposait parmi ses priorités « de rétablir la sécurité et la tranquillité par le recrutement et la réorganisation de notre police municipale » pour les « Toulonnaises et Toulonnais ». De même que quand on se rend sur le site créée par la candidate Sarah knafo du parti  d’Eric Zemmour Reconquête pour la mairie de Paris – non élue – , on voit sur la page d’accueil qu’elle a concentré son programme sur trois points principaux, dont un à la thématique de l’insécurité. En cliquant, six mesures apparaissent devant nous, dont cinq liées à l’augmentation des effectifs de police, le dernier étant de déployer l’IA pour détecter les identités de potentiels agresseurs. On voit donc la redondance de la thématique de sécurité à chaque fois qu’il y a mention des droits des femmes. Ces partis omettent d’ailleurs la nature plurielle de ces droits, les limitant uniquement à un supposé droit à la sécurité, sans jamais songer à optimiser le bien être des femmes dans d’autres domaines, que ce soit sur le plan professionnel ou social.

Derrière ces mesures d’apparence prévenantes, se cache un lien tacite entre la garantie de la sécurité des femmes et le renforcement d’un système de sécurité nationale. En prétextant la mise à l’abris des femmes de dangers potentiels, ces politiques offrent plus de terrain à l’expansion de la présence policière dont la fonction principale, au-delà de veiller sur la sécurité des citoyens, est de mettre en place un système de contrôle des populations racisées. Dans une interview accordée au média d’extrême droite Frontières pendant sa campagne électorale, Sarah knafo a fait part de sa volonté de doubler les effectifs de police, de les armer et de les former afin de reconquérir ce qu’elle nomme des « zones de non-droit » à Paris. Cette notion de « zone de non-droit » renvoie à l’idée de quartiers où la délinquance et l’insécurité seraient devenues la norme. Toutefois, l’existence même de tels espaces est contestée. Des chercheurs comme Laurent Bonelli et Loïc Wacquant suggèrent que le problème ne résiderait pas tant dans un danger objectif que dans la manière dont ces territoires sont construits dans le discours public. Ainsi, ces représentations tendraient à viser, de manière implicite, des populations issues de l’immigration, contribuant à leur stigmatisation.

En mobilisant des thématiques liées aux droits des femmes, l’extrême droite ne cherche pas à faire évoluer le statut des femmes au sein de la société, mais plutôt à instrumentaliser une lutte pour redéfinir les frontières symboliques entre un “nous” national qu’elle défend et un “eux” qu’elle rejette et qu’elle perçoit comme menaçant.   

Invisibilisation d’autres formes de violences

Ces propositions, au-delà du fait qu’elles manquent d’une analyse concrète de la réalité des femmes dans la rue, témoignent d’un vrai enjeu de récupération politique des luttes sociales. En mobilisant des thématiques liées aux droits des femmes, l’extrême droite ne cherche pas à faire évoluer le statut des femmes au sein de la société, mais plutôt à instrumentaliser une lutte pour redéfinir les frontières symboliques entre un “nous” national qu’elle défend et un “eux” qu’elle rejette et qu’elle perçoit comme menaçant.   

Les violences faites aux femmes deviennent alors un argument au service d’un discours sécuritaire et identitaire, plutôt qu’un enjeu traité dans sa complexité structurelle. Cette approche tend à invisibiliser d’autres formes de violences, notamment celles qui s’exercent dans les sphères privées ou institutionnelles, et qui ne s’inscrivent pas dans cette lecture ethnicisée du danger.

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