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Les lois syriennes évaluent les droits des femmes en fonction de leur corps

Rahada Abdoush Rahada Abdoush
23 septembre 2024
Les lois syriennes évaluent les droits des femmes en fonction de leur corps

En Syrie, de nombreuses lois sont basées sur des critères physiques pour déterminer les droits des femmes, plutôt que sur des principes de citoyenneté et de droits humains. Cette approche ne fait qu'accentuer les inégalités entre les sexes.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais) العربية (Arabe)

La législation syrienne regorge de termes spécifiques qui cantonnent les femmes à des statuts définis par leur corps et leur sexualité. Une femme avant le mariage est ainsi traitée différemment d’une femme mariée, l’hymen jouant un rôle central dans cette distinction.

Mona raconte avoir été surprise lorsque, au tribunal religieux, l’employé chargé de rédiger son contrat de mariage lui a demandé : « Es-tu ‘bikr’ ou ‘thayeb’[1], des termes en arabe ancien signifiant vierge ou non-vierge ? » Ne comprenant pas ces mots, elle s’est renseignée. Plus tard, elle a découvert des expressions comme « maoutou’a » (ayant eu des rapports sexuels) et « mankûha » (mariée), des termes juridiques utilisés pour déterminer la dot, partielle ou totale, ainsi que la nécessité ou non d’un « tuteur » lors du mariage.

Wafa, quant à elle, se remémore avec amertume une histoire douloureuse : « J’ai été victime d’une agression sexuelle, mais l’humiliation est venue de la loi elle-même. Les questions de l’enquêteur étaient terriblement dégradantes : « A-t-il inséré son sexe dans ton vagin ? Es-tu sortie avec lui de ton plein gré ? Étais-tu vierge ? ». Le médecin légiste, quant à lui, n’a pas qualifié l’acte de viol, car il n’a pas constaté de rougeur ou de perforation au niveau de mon hymen!  »

Un simple coup d’œil à la législation syrienne peut susciter un véritable choc en raison de la multitude de termes avilissants employés pour désigner les femmes. Ces termes les réduisent à des objets sexuels, leurs droits étant définis en fonction de leurs caractéristiques physiques.

L’avocate Lamiss Makhlouf explique : « Nous déplorons de nombreux termes juridiques utilisés dans les contrats de mariage, mais auxquels nous sommes obligés de nous conformer. Issus de la charia, des termes comme ‘bikr’ (vierge) désignent la femme avec un hymen intact, tandis que ‘thayyib’ (non-vierge) s’applique à celle qui a perdu sa virginité. Le mariage est défini comme l’union d’un homme et d’une femme au niveau de l’organe reproducteur, par le biais d’un contrat de mariage. La femme non vierge a plus de contrôle sur sa personne que son tuteur ; elle peut accepter ou refuser le mariage et son consentement doit être exprimé verbalement, tandis qu’une femme vierge peut être mariée sur la base de son silence. »

Le site « Islam Web » précise que l’expression « mahr al-mithl » (dot équivalente) repose sur un ensemble de critères permettant de différencier les femmes et d’évaluer leur dot. Parmi ces critères figurent la beauté, le statut social, la situation financière, le lignage, ainsi que l’état matrimonial. La virginité ou son absence sont également prises en compte dans cette évaluation.

Le corps des femmes, une marchandise patriarcale

La marchandisation du corps féminin est l’héritage d’un patriarcat séculaire. Dans son ouvrage Al-Mughni, Ibn Qudama[2] note en parlant d’une femme ‘ayant eu des relations sexuelles dans un mariage invalide : «Le montant de la dot (mahr) de la vierge est supérieur à celui d’une femme remariée (thayyib) en raison de l’absence de virginité, ce qui implique que l’augmentation de la dot compense la perte liée à la virginité. Il est donc reconnu que la dot se base sur le concept de compensation pour la valeur de la virginité.

L’hymen comme critère dans la qualification du crime

Selon Makhlouf, le Code pénal syrien, similaire à celui de nombreux pays arabes, définit le viol comme « une relation sexuelle sans consentement avec une femme par pénétration vaginale. L’attentat à la pudeur est tout acte contraire à la décence commis par une personne sur une autre, de manière à porter atteinte à son honneur ou à blesser sa chasteté ou sa dignité. » La loi énumère des conditions pour qu’un acte soit qualifié de viol, notamment que l’acte ne se limite pas à toucher la partie intime de la femme avec le sexe, mais qu’il inclut la pénétration jusqu’à toucher l’hymen et y provoquer une rougeur. De plus, la victime ne doit pas avoir atteint l’âge de douze ans.

Selon la traductrice assermentée Ruba Khaddam Al-Jamaa : « Traduire l’expression ‘rupture de l’hymen’ ou défloration dans certaines langues, où il n’existe pas d’équivalent, frise l’absurde. La loi s’immisce dans la vie sexuelle des femmes à travers des termes et expressions qui touchent à leur intimité, et ce qui est pire encore, c’est que ces termes véhiculent des jugements de valeur qui restreignent les droits des femmes ou les en privent. Pourquoi devrait-il être mentionné dans un contrat de mariage si une femme est vierge ou ‘déflorée’ ? Et pourquoi appelle-t-on ce contrat un ‘contrat de nikâh’ (contrat d’épousaille) ? »

Dans son travail de traductrice, Ruba ne trouve aucun équivalent précis pour des termes comme « nikâh », « bikr » ou « thayyib ». Elle traduit donc « nikâh » par « mariage », « bikr » par « n’a jamais été mariée » et « thayyib » par « a déjà été mariée ». Quant aux termes comme « mawtou’a » (ayant eu des rapports sexuels) et « mankûha »[3] (femme mariée avec un contrat légitime appelé vulgairement « contrat de la baise »), elle les juge inconcevable même en arabe, en raison de leur connotation dégradante. Elle souligne également que le terme « défloration » n’est plus utilisé en anglais, car jugé archaïque et ridicule.

Des critères physiques plutôt que la citoyenne

Dans de nombreuses lois en Syrie et dans les pays arabes, les droits des femmes sont définis en fonction de critères physiques, accentuant les inégalités entre les sexes. La militante féministe Aliya Ahmad souligne que ces critères contribuent à la marginalisation des femmes et réduisent leur liberté et leur implication dans la société, en raison de la discrimination légale qui perpétue des stéréotypes négatifs à leur égard. Ces lois considèrent les femmes comme des êtres dépendants, dont la valeur est déterminée par leur corps, ce qui conduit à la confiscation de leurs droits humains et légaux, plutôt que de les reconnaître comme des citoyennes et des êtres humains à part entière.

Aliya insiste sur le fait que ces lois ignorent la femme en tant en tant que citoyennes à tous les effets, la réduisant à des fonctions biologiques et sexuelles qui limitent ses choix et sa liberté. De plus, elles privent souvent les femmes de justice, notamment en cas de viol, de mariage précoce ou de remariage forcé des divorcées, contribuant ainsi à légaliser la discrimination et la violence à leur égard.

En fin de compte, il est crucial de réécrire ces lois dans une langue moderne et respectueuse ainsi que de repenser la constitution en garantissant l’égalité des droits entre hommes et femmes. Cela permettrait de considérer toute agression sexuelle comme un viol, indépendamment de la condition de l’hymen et du lien de parenté, ce qui mettrait fin à l’humiliation subie par les femmes, souvent réduites à des « mûtû’a » et « mankûha », cessant ainsi cette intrusion intolérable dans leur intimité corporelle.

[1] Le site ‘Islam Web’ indique que la « thayyib » parmi les femmes est celle qui a perdu sa virginité. Cependant, il existe des divergences quant à sa définition en droit religieux. Selon les hanafites, il s’agit de celle qui n’est pas mariée, tandis que pour les chaféites et les hanbalites, c’est celle avec qui un rapport sexuel a eu lieu, que ce soit licite ou illicite, et même si cela s’est produit alors qu’elle dormait. Elle est l’opposé de la vierge, comme mentionné dans le verset coranique : « thayyibât et abkârâ » .
[2]Ibn Qudama (1147, Jamma’in- 1223, Damas, Syrie) était un érudit, juriste, théologien, traditionniste et ascète arabe sunnite de la région de Palestine.
[3]  Selon la chariaa : La femme « mankûha » est celle qui s’est mariée avec un contrat valide et est devenue une épouse légitime, tandis que la femme « maoutou’a » désigne celle avec qui des rapports sexuels ont été pratiqués, ou qui a été mariée dans un contexte de doute, mais sans contrat valide. Par conséquent, elle n’est pas considérée comme une épouse légitime. Ces distinctions concernent le statut légal, l’héritage et les droits entre l’épouse et la femme « maoutou’a ».
Tags: Femmes et corps
Rahada Abdoush

Rahada Abdoush

Syrienne, Rahada est avocate et militante des droits des femmes depuis 2003. Cette journaliste, dont le travail a été publié dans plusieurs médias arabophones, est également formatrice spécialisée dans l'intégration de perspectives et représentations de genre plus justes dans les médias.

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