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Droit à l’avortement en Tunisie, Selma Hajri : « Les régressions sont très importantes »

Nathalie Galesne Nathalie Galesne
16 décembre 2025
Droit à l’avortement en Tunisie, Selma Hajri : « Les régressions sont très importantes »

La Tunisie reste une exception sur la rive sud de la Méditerranée : le droit à l’avortement y est légal et encadré depuis 1973. Pourtant, le parcours des Tunisiennes pour interrompre une grossesse non désirée est loin d’être un long fleuve tranquille. Selma Hajri, médecin, militante historique et chercheuse tunisienne dans le domaine de la santé reproductive et sexuelle, raconte son combat, à l'échelle nationale et régionale.

Photo Selma Hajri – Medfeminiswiya

Dès 1973, la Tunisie autorise l’avortement, avant même la France (1975), sous l’impulsion de militantes telles que Selma Hajri. « J’ai commencé à militer pour l’avortement en travaillant au planning familial. J’ai été très tôt sensibilisée à la situation des femmes », explique cette dernière. Dans les années 1990, ses recherches la mènent à participer à la première étude tunisienne sur la pilule abortive qui sera publiée dans la revue scientifique médicale de référence The Lancet, en 1997.

Ces travaux ouvrent la voie à l’introduction légale de l’avortement médicamenteux en Tunisie dès 2000 : « Nous sommes parvenues à prouver que l’avortement médicamenteux était extrêmement efficace, sans danger et bien moins coûteux que l’intervention chirurgicale. L’innovation tunisienne ne s’arrête pas là : l’expérience a rapidement permis d’utiliser un seul comprimé au lieu de trois, réduisant ainsi de deux à trois fois le coût de l’avortement. À l’époque, nous avons également obtenu que la femme puisse prendre cette pilule chez elle. »

Grâce à ces avancées, la Tunisie devient pionnière mondiale. Très vite, l’IVG médicamenteuse s’impose comme la méthode la plus utilisée : moins invasive, moins chère, plus sûre.

Régressions et obstacles persistants

Depuis une dizaine d’années, cette réalité est pourtant menacée par la montée du conservatisme religieux. La pression sur le service public s’intensifie. « Les régressions sont très importantes. Les centres de planning familial ferment, l’approvisionnement en produits médicamenteux connaît des ruptures régulières, et les médecins objecteurs de conscience, de plus en plus nombreux, retardent ou empêchent les avortements », dénonce Selma Hajri.

Dans le secteur public, l’accès reste gratuit mais demeure socialement hiérarchisé. Les femmes mariées, notamment, sont davantage exposées aux jugements. En Tunisie, jusqu’en 2017, entre 17 000 et 18 000 avortements étaient pratiqués chaque année dans les centres de planning familial et 2 000 dans les hôpitaux. « Aujourd’hui, les données publiques ne sont plus accessibles, ce qui masque une réalité toujours taboue, souligne Selma Hajri. Dans le privé, l’accès est plus rapide, mais il faut avoir les moyens. Dans le public, la priorité est souvent donnée aux jeunes filles célibataires, car la grossesse hors mariage reste fortement stigmatisée. »

Toutefois, dans les autres pays de la région, où s’inscrit également l’activisme de Selma Hajri, la situation est encore plus sombre. En effet, cette femme énergique et déterminée ne s’épargne pas, elle milite depuis de longues années dans plusieurs réseaux locaux et internationaux, tandis qu’elle multiplie publications scientifiques, communications et plaidoyers pour les droits sexuels et reproductifs (1).

La lutte continue en Tunisie et dans la région

Ainsi, cette grande sensibilisatrice dresse un tableau régional plutôt alarmant : « Au Maroc, la réforme de la Moudawana [Code de la famille], annoncée comme une révolution, s’enlise. L’avortement y demeure illégal sauf exceptions très limitées, et aucun chiffre officiel n’existe. L’Algérie s’est totalement fermée : la loi n’autorise pas l’avortement, même en cas de danger vital pour la mère. En Égypte, au Liban, en Palestine, la clandestinité est la règle. »

« Les régressions sont très importantes. Les centres de planning familial ferment, l’approvisionnement en produits médicamenteux connaît des ruptures régulières, et les médecins objecteurs de conscience, de plus en plus nombreux, retardent ou empêchent les avortements »,

Dans ces pays, les associations accompagnent les femmes lorsqu’elles souhaitent avorter, mais elles œuvrent dans l’ombre puisque l’avortement y est illégal et puni par la loi. Par contre, elles plaident activement en faveur d’un droit à l’avortement enfin reconnu.

Dans un tel contexte, les femmes se tournent vers Internet ou des méthodes qui peuvent s’avérer dangereuses. « La pilule abortive sauve des vies et a drastiquement réduit les décès liés aux avortements clandestins, précise la docteure Hajri. Mais sans cadre légal, elle devient un outil non contrôlé, parfois frelaté, et donc risqué. »

Ce constat concerne aussi plusieurs pays européens tels que la Pologne ou la Hongrie, et ce n’est pas tout, remarque cette militante chevronnée : « En Italie, près de 70 % des gynécologues sont objecteurs de conscience. En Croatie, les mouvements d’extrême droite et les catholiques traditionalistes limitent l’accès à l’IVG. Les femmes qui souhaitent avorter affrontent un véritable parcours du combattant. »

Même la France, souvent citée en exemple et où l’avortement est inscrit dans la Constitution, fait face à des inégalités territoriales en raison du manque de praticiens. La légalité ne garantit donc pas l’effectivité. (2)

Mara : un réseau régional féministe

Pour répondre à ces défis, Selma Hajri a fondé le réseau Rawsa en 2019, devenu Mara (Mouvement pour le droit et l’accès à l’avortement en Méditerranée), afin de mutualiser les expériences et renforcer la lutte pour le droit à l’avortement dans les pays où il est inexistant. « Face à cette vague de conservatisme et à la montée du religieux, il fallait comprendre ce qui avait rendu l’expérience tunisienne possible et comment la partager », explique-t-elle.

Mara adopte une perspective féministe, centrée sur l’autonomie corporelle et l’égalité entre les sexes. Le réseau développe des collaborations entre la Tunisie, l’Égypte, le Maroc, le Liban, la Palestine, ainsi que des partenariats avec l’Italie, la Croatie et l’Espagne. « L’objectif est de construire des alliances avec la rive nord, où l’extrême droite et les conservatismes compliquent également l’accès à l’avortement. »

Le réseau agit à travers des formations, des ateliers internationaux et un plaidoyer régional, afin de donner de la force à des mouvements souvent isolés et de bâtir une coalition contre les retours de bâton. La Tunisie montre qu’un droit peut être avancé sur le papier, mais fragilisé dans la pratique. Il en va ainsi de l’avortement, jamais définitivement acquis : ni au sud où il est interdit, ni au nord où il est autorisé mais entravé. Dans cet espace traversé de courants contraires, la voix de Selma Hajri et du réseau Mara rappelle une évidence : où qu’elles soient, les femmes devraient pouvoir interrompre leur grossesse en toute sécurité lorsqu’elle n’est pas désirée.

(1) Selma Hajri est membre fondatrice et secrétaire générale de l’association tunisienne Tawhida Ben Cheikh (GTBC) « Pour la Recherche & Action en santé des femmes » Selma Hajri est aussi co-autrice ou autrice de nombreux articles sur l’avortement médicamenteux, la santé reproductive, les droits des femmes, les inégalités de genre liées à la santé, etc. L’un de ses publications les plus remarquées : « This Is Real Misery: Experiences of Women Denied Legal Abortion in Tunisia », documente les expériences des femmes refoulées par les services gynécologiques pratiquant légalement l’IVG.
(2) En Tunisie, l’avortement est un droit
Nathalie Galesne

Nathalie Galesne

Nathalie Galesne est fondatrice des magazines en ligne babelmed.net et web arts résistances. Elle a collaboré également avec plusieurs médias dont la Rai, le magazine féministe « Noi Donne » et « Le Courrier de l’Atlas ». En octobre 2014, elle a reçu le Prix du Journaliste Méditerranéen pour son reportage sur Lampedusa : « Lampedusa, la tragédie d’une île ». Elle est l’auteur de plusieurs publications dont Syrie, éclats d’un mythe (Actes Sud, 2002). En dehors du journalisme, elle enseigne le français à l’Université.

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