A propos
  • it VO
  • fr Français
  • en English
  • ar العربية
Pas de résultat
Afficher tous les résultats
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
  • En mouvement
  • Explorations
  • Dossiers
  • Créations
  • Interviews
  • Opinions
  • Monde
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
  • En mouvement
  • Explorations
  • Dossiers
  • Créations
  • Interviews
  • Opinions
  • Monde
Pas de résultat
Afficher tous les résultats
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
Accueil En mouvement

“On veut nous faire disparaître” — la condamnation de Saâdia Mosbah en Tunisie ou l’acharnement contre une voix noire

Rania Hadjer Rania Hadjer
27 avril 2026
“On veut nous faire disparaître” — la condamnation de Saâdia Mosbah en Tunisie ou l’acharnement contre une voix noire

Journée de solidarité avec Saâdia Mosbah organisée le 26 février dernier par Avocats sans frontières. © ASF

La condamnation à huit ans de prison de Saâdia Mosbah, figure majeure de la lutte contre le racisme en Tunisie, prononcée le 19 mars 2026, suscite une vive inquiétude bien au-delà des frontières du pays. Accusée officiellement de malversations financières, la fondatrice de Mnemty (Mon rêve) est pour ses soutiens et de nombreuses ONG internationales, la cible d’un acharnement politique dans un contexte de durcissement autoritaire et de résurgence assumée du racisme anti-Noirs. Dans cet entretien, sa sœur Affet Mosbah — militante et autrice d’un texte pionnier sur le racisme en Tunisie — revient sur cette affaire, entre récit intime, mémoire et dénonciation d’un racisme devenu structurel.

« Nous sommes debout, nous sommes obligés de tenir le coup. » La voix d’Affet Mosbah est ferme, mais la fatigue affleure. Depuis la condamnation de sa sœur, la militante antiraciste Saadia Mosbah, à huit ans de prison, elle mène un combat qu’elle décrit comme celui de sa vie. « Malgré tout ce qui se passe, malgré le fait qu’on nous renie l’appartenance à notre pays, notre famille est tunisienne depuis le Moyen-âge. »

Le 19 mars 2026, dernier jour du ramadan, la sentence tombe. Le lendemain, la Tunisie célèbre l’Aïd… et les 70 ans de son Indépendance. « 70 ans d’indépendance pour en arriver à condamner des Noirs parce qu’ils sont Noirs. C’est affligeant, s’indigne Affet Mosbah. On veut nous faire disparaître !»

Fondatrice de l’association Mnemty (Mon rêve) et figure historique de la lutte contre le racisme en Tunisie, Saâdia Mosbah n’est pas une inconnue. Elle a contribué à faire adopter la loi 50.2018 criminalisant les discriminations raciales, une avancée majeure dans la région.

En 2023, elle reçoit même un prix international des mains de Antony Blinken, alors secrétaire d’Etat américain, saluant son engagement.

Aujourd’hui, elle est en prison. Officiellement pour des accusations financières. Officieusement, pour avoir dérangé.

Un dossier vide, une peine lourde

Des organisations comme Amnesty International dénoncent une condamnation « profondément préoccupante », pointant un dossier fragile et un climat de répression croissante en Tunisie. Plusieurs observateurs évoquent une criminalisation de la société civile, en particulier des voix critiques sur les politiques migratoires et raciales.

Depuis deux ans, aucune preuve n’a été apportée. « J’ai posé la question à chaque avocat […] ils m’ont tous répondu qu’elle ne mérite pas une minute de prison, que son dossier était vide, que les charges contre elle sont infondées », insiste Affet Mosbah.

Selon le droit tunisien, l’absence de preuves au bout de 14 mois devrait clore l’affaire. Pourtant, Saâdia Mosbah a été condamnée à huit ans de prison et le procureur a fait appel pour alourdir la peine. Ses comptes sont gelés, ses biens dont sa retraite.  « Deux ans que Saâdia subit la torture psychologique d’un procès reporté. Finalement, elle prend huit ans sans aucun fondement ni justificatif ! s’indigne sa sœur. Vous savez, même sa maison ce n’est pas elle qui l’a construite. Mon père la lui a offerte quand elle avait 15 ans. On ne peut pas l’accuser de s’enrichir. Où est le blanchiment d’argent ? On veut les preuves ! »

« J’ai posé la question à chaque avocat […] ils m’ont tous répondu qu’elle ne mérite pas une minute de prison, que son dossier était vide, que les charges contre elle sont infondées », insiste Affet Mosbah.

« Un procès en noir et blanc »

Pour sa sœur, le doute n’existe pas : « Son procès était en noir et blanc. Les Blancs contre les Noirs. »

Elle décrit une justice à deux vitesses : des responsables associatifs « Blancs » acquittés et des responsables « Noirs » condamnés. « Au sein même de son association, curieusement, la seule blanche condamnée est la fiancée du fils de Saâdia… étrange n’est-ce pas ? » interroge Affet Mosbah.

Le fils de Saâdia, également engagé, a été condamné à trois ans de prison. « J’avais dit à Saâdia d’éviter d’avoir un membre de sa famille au sein de l’association. À cela, elle avait répondu : “Comment veux-tu alors que je lui apprenne l’engagement citoyen ?” témoigne sa sœur. La nouvelle de la condamnation de son fils l’a anéantie. »

L’engagement des sœurs Mosbah n’est pas un choix mais une nécessité. « Me concernant, me voici acculée au militantisme. Je n’ai plus le choix », raconte Affet.  Elle rappelle son article publié en 2004 dans Jeune Afrique, censuré sous Zine el-Abidine Ben Ali, qui brisait un tabou sur la condition des Noirs en Tunisie.  « Finalement, nous avons été contraintes d’être militantes, par notre condition. Longtemps ce fut un racisme social. Aujourd’hui, c’est devenu un racisme institutionnel. Là, il faut sauver nos peaux. Au sens propre du terme. »

Racisme décomplexé et violences

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à un moment charnière : le discours de Kaïs Saïed en février 2023, évoquant un prétendu « grand remplacement » lié aux migrations subsahariennes.

Pour Affet Mosbah, le discours stigmatisant au plus haut sommet de l’État est un blanc-seing pour toutes les dérives. Elle cite des propos récents d’un député : « Nous n’avons pas besoin de violer des “Africaines”, nous avons suffisamment de beautés en Tunisie. »

« La Tunisie a donné son nom à l’Afrique. Elle s’appelait l’Ifriqiyah, rappelle Affet. Aujourd’hui on renie l’africanité de la Tunisie. »

Dans les mois qui suivent le discours du chef d’État, les témoignages de violences, d’expulsions et d’agressions contre les personnes noires se multiplient. Des ONG internationales alertent sur une dégradation rapide des droits humains, notamment pour les migrant.es et les Tunisien.nes noir.es.

Mais cet entretien avec Medfeminiswiya révèle aussi une réalité intime, brutale. « Récemment ma nièce a pris un taxi. Le chauffeur lui a demandé de descendre parce que “vous les Noirs vous sentez mauvais” », raconte douloureusement Affet Mosbah.  Licenciements arbitraires – le fils de Saâdia Mosbah a été licencié de son poste de chef avion en septembre 2024 – , humiliations, exclusions. « Le pays est devenu un damier. Les Noirs contre les Blancs. On rentre dans une logique d’apartheid. Toute ma vie j’ai refusé de désigner les gens par leur couleur. Mais là j’y suis contrainte. »

Le choix d’une politique répressive

L’affaire Saâdia Mosbah s’inscrit aussi dans un contexte géopolitique plus large.

Depuis 2023, la Tunisie a conclu des accords avec l’Union européenne pour limiter les flux migratoires, recevant des financements importants. Une politique vivement critiquée par les défenseur.e .s des droits humains. « Nous sommes payés pour être gardes-frontières, dénonce Affet Mosbah. Le gouvernement accepte cet argent mais accuse les personnes comme ma sœur d’être responsables de cette migration. »

Un paradoxe que plusieurs médias internationaux ont également souligné : des militant.es poursuivi.es pour leur engagement humanitaire, tandis que l’État renforce son rôle dans le contrôle migratoire.

Au-delà du cas de Saâdia Mosbah, c’est tout un climat social et politique qui inquiète : « Nous vivons une ère inédite : arrestations arbitraires, asphyxie de la liberté d’expression… La belle Tunisie de Habib Bourguiba est en train de devenir une prison à ciel ouvert. Un simple “like” peut mener en prison, déplore sa sœur. Journalistes, opposants, militants… beaucoup sont aujourd’hui en détention ou contraints à l’exil. »

Des organisations comme Human Rights Watch dénoncent une dérive autoritaire et une multiplication des poursuites contre les voix dissidentes.

« A la jeunesse militante, je dis indignez-vous ! Levez-vous ! N’ayez pas peur ! C’est maintenant qu’il faut être debout. S’il y a eu une unité du Maghreb dans le temps, c’était Carthage et Carthage ne meurt pas. »

« C’est le combat de ma vie »

Après deux ans de silence stratégique imposé par les avocats, Affet Mosbah parle : « Aujourd’hui, c’est le combat de ma vie : faire sortir ma sœur de prison. Je ne peux pas envisager une seconde qu’elle passe huit ans en prison injustement. Quel danger représente-t-elle pour la société ?»

Elle appelle à une mobilisation générale : « À l’échelle régionale, j’appelle tous les humanistes à se lever. A l’international, j’appelle l’Europe à prendre ses responsabilités pour qu’il y ait un moratoire sur ce pacte qui fait de la Tunisie le garde-frontière de l’Europe et un hochet entre les mains des puissances étrangères. »

Son message final s’adresse à la jeunesse : « A la jeunesse militante, je dis indignez-vous ! Levez-vous ! N’ayez pas peur ! C’est maintenant qu’il faut être debout. S’il y a eu une unité du Maghreb dans le temps, c’était Carthage et Carthage ne meurt pas. »

Rania Hadjer

Rania Hadjer

Rania Hadjer est une journaliste et autrice algérienne engagée. Elle a collaboré avec des médias tels que HuffPost Maghreb, El Watan, Mondafrique et Twala.info. En 2023, elle a coécrit le roman Hirak. Révolution, amour et couscous (Éditions L’Harmattan). En novembre 2024, elle a remporté le prix TANDEM Media Award dans la catégorie Art, aux côtés de Lina Meskine, pour leur article “Au Maghreb, la culture à la reconquête de l’espace public”, publié sur Medfeminiswiya.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

J'accepte les termes et conditions et la Politique de confidentialité .

Sur le même sujet

Related Posts

« Soin et négligence ». Séminaire international féministe.
En mouvement

« Soin et négligence ». Séminaire international féministe.

Équipe de Medfeminiswiya
20 octobre 2021

Related Posts

Les journalistes femmes prises pour cibles au Liban : quand les témoins deviennent une cible
En mouvement

Les journalistes femmes prises pour cibles au Liban : quand les témoins deviennent une cible

Pascale Sawma
21 avril 2026

DÉCOUVREZ NOTRE NEWSLETTER

Contenu original. Journalisme féministe. Livré à votre adresse email.

    Related Posts

    Performance théâtrale : « Les Femmes qui écrivent sont-elles dangereuses ? »
    En mouvement

    Performance théâtrale : « Les Femmes qui écrivent sont-elles dangereuses ? »

    Contributrice Medfeminiswiya
    25 juin 2024

    Related Posts

    En mouvement

    Ons Jabeur, un rêve tunisien devient réalité.

    Contributrice Medfeminiswiya
    20 mai 2022

    Les plus aimés de la semaine

    On a possible third path in Lebanon: Personal reflections on working in research in times of war
    Opinions

    On a possible third path in Lebanon: Personal reflections on working in research in times of war

    Diala Ahwach
    24 avril 2026
    Regularization isn’t enough: The gender gap in Spain’s migration policy
    En mouvement

    Regularization isn’t enough: The gender gap in Spain’s migration policy

    Dalila M. Olmo López
    6 avril 2026
    Rome : le plus vieux métier du monde s’exerce-t-il encore dans la rue ?
    Explorations

    Rome : le plus vieux métier du monde s’exerce-t-il encore dans la rue ?

    Contributrice Medfeminiswiya
    9 octobre 2024
    En mouvement
    Explorations
    Dossiers
    Créations
    Interviews
    Opinions
    Monde
    En mouvement
    Explorations
    Dossiers
    Créations
    Interviews
    Opinions
    Monde

    Medfeminiswiya est un réseau féministe qui rassemble des femmes journalistes travaillant dans le domaine des médias et de la production de l’information dans la région méditerranéenne.

    • A propos
    • Contextes pays
    • Notre communauté
    • Devenir membre
    • Nos Partenaires
    • Charte Éditoriale
    • Mentions légales

    Suivez nous sur :

    Découvrez notre newsletter

    Contenu original. Journalisme féministe. Livré à votre adresse email.

      © 2026 Medfeminiswiya – Réseau méditerranéen pour l’information féministe

      Back to top

      Welcome Back!

      Login to your account below

      Forgotten Password?

      Retrieve your password

      Please enter your username or email address to reset your password.

      Log In

      Ajouter nouvelle playlist

      Pas de résultat
      Afficher tous les résultats
      • En mouvement
      • Explorations
      • Dossiers
      • Créations
      • Interviews
      • Opinions
      • Monde
      • it VO
      • fr Français
      • en English
      • ar العربية

      © 2026 Medfeminiswiya - Réseau méditerranéen pour l'information féministe

      Ce site n'utilise pas de cookies. This website does not use cookies. هذا الموقع لا يستخدم ملفات تعريف الارتباط.