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Takoua Ben Mohamed : dessiner contre le racisme et l’islamophobie

Federica Araco Federica Araco
14 février 2022
Takoua Ben Mohamed : dessiner contre le racisme et l’islamophobie

Italienne d'origine tunisienne, ses productions combattent les stéréotypes culturels et la discrimination sociale en promouvant le dialogue et les droits humains, avec une sensibilité particulière aux questions de genre. Cofondatrice d'une société de production de films, autrice de plusieurs romans graphiques et du documentaire "Hijab style" pour Al-Jazeera, elle a remporté en 2019 le prix européen du journalisme en tant que meilleure journaliste graphique. À l'aube de la trentaine, elle vient de recevoir le titre de "femme la plus puissante en 2021" et la nomination de "femme de l'année" par l'hebdomadaire D.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

Cofondatrice d’une société de production de films, autrice de plusieurs romans graphiques et du documentaire « Hijab style » pour Al-Jazeera, elle a remporté en 2019 le prix européen du journalisme en tant que meilleure journaliste graphique. À l’aube de la trentaine, elle vient de recevoir le titre de « femme la plus puissante en 2021 » et la nomination de « femme de l’année » par l’hebdomadaire D.  

Un regard brillant et un sourire accueillant illuminent son visage encadré par la fluidité de son hijab. Takoua arrive dans la précipitation, mais à l’heure, malgré la pluie battante qui vient de transformer Rome dans l’habituel bourbier chaotique. « Une ville pleine de contradictions qui n’est pas facile à vivre, mais dans laquelle je me sens chez moi. Après tout, elle m’a accueillie et élevée comme une seconde mère depuis mon arrivée en Italie à l’âge de huit ans », dit-elle.

Née en Tunisie en 1991, elle a passé sa petite enfance à Douz, un petit village du sud tunisien, entre l’oasis de ses grands-parents et le désert sans limites avec ses nuits étoilées pleines de silence et de magie.  « Je vivais avec ma mère et mes cinq frères et sœurs car mon père, enseignant et militant des droits de l’homme, a fui peu après ma naissance, recherché par le régime de Ben Ali. » Soutenue par un réseau de proches très dense, la famille a résisté pendant des années aux lourdes menaces et aux incessantes descentes de police à la recherche de son père, d’abord exilé au Soudan, puis réfugié politique en Italie.

Dans le roman graphique « La rivoluzione dei gelsomini » (La révolution du jasmin – BeccoGiallo, 2018), Takoua réassemble les morceaux de la mémoire familiale dans une fresque élargie aux années noires de la dictature tunisienne. « Je suis attachée à toutes mes créations, mais j’ai une relation particulière avec celle-ci, explique-t-elle. Il m’a fallu trois ans pour la réaliser et c’est peut-être le seul ouvrage que j’ai fait plus pour moi que pour les autres. Je ne connaissais pas mon histoire et j’avais besoin de comprendre qui j’étais vraiment. Mes parents m’ont raconté beaucoup de choses et dans leurs archives, j’ai trouvé des photos, des lettres, des livres, des vidéos et des journaux de l’époque, recueillant des témoignages de parents et d’amis sur des faits qui avaient été censurés jusqu’alors. Il a été très difficile de choisir ce qu’il fallait écrire et ce qu’il ne fallait pas écrire : je voulais témoigner de ces événements tout en respectant la vie privée des personnes directement concernées. »

Avec un style frais et original, des figures féminines puissantes émergent de ses pages, capables de se rebeller avec détermination contre les abus, la censure et les tortures atroces d’un système de plus en plus corrompu et brutal. Réprimées en tant que militantes ou persécutées parce qu’elles sont proches des dissidents, les femmes ont été les grandes protagonistes d’une révolution invisible et silencieuse, mais elles font rarement partie du grand récit de l’histoire. 

Takoua veut les raconter, en commençant par sa mère : « Une simple femme au foyer issue de la classe moyenne » qui, avec douceur et courage, a toujours défendu sa propre liberté et la dignité de ses enfants. Il y a aussi sa grand-mère paternelle aimante et sa jeune tante, brillante étudiante et sympathisante des syndicats universitaires, qui, malgré le port du voile, interdit depuis 1981, est aujourd’hui diplômée de l’université et dirige une entreprise florissante. « Elles ont été des références fondamentales dans mon enfance et, avec les milliers d’autres femmes qui se sont opposées au régime, elles ont contribué de manière décisive à sa chute, portant les graines de la métamorphose et du changement », ajoute-t-elle.

Arrivée en Italie dans le cadre du regroupement familial, la petite Takoua rencontre enfin son père après des années de distance douloureuse. « L’impact a été traumatisant : nous n’avions même pas de photo de lui car la police avait tout confisqué. Je ne l’aurais jamais imaginé blanc aux yeux verts et non pas foncé, comme moi et ma mère ! »

La première année d’école a été particulièrement difficile pour elle, mais elle a réussi à surmonter sa timidité en transformant le papier et les crayons en incroyables outils d’intégration. « Je ne connaissais que l’alphabet arabe et le dessin était le seul moyen de communiquer avec mes camarades de classe et mes professeurs : quand je demandais à aller aux toilettes, je faisais un dessin de toilettes et on me comprenait sur le champ ! ».

Après une courte période dans un petit village près de Rome, avec des voisins qui étaient « aussi attentionnés que les parents à Douz », la famille a déménagé en 2001 dans les les banlieues les plus populaires de la ville éternelle. À l’âge de 10 ans, Takoua a commencé à faire du bénévolat à la mosquée de Centocelle et a participé aux premières manifestations pour les droits humains avec ses parents, qui ont poursuivi leur militance. « J’avais une double vie : dans le monde, je découvrais des histoires intéressantes que je racontais dans mes premières bandes dessinées, que je gardais bien cachées dans un tiroir, tandis qu’à l’école, ce n’était pas facile de s’intégrer et j’étais considérée comme une élève sans espoir », se souvient-elle. 

Takoua a grandi en regardant des dessins animés japonais, en particulier ceux du Studio Ghibli, fondé par Isao Takata et Hayao Miyazaki, qui allaient inspirer son travail futur. « J’ai eu du mal à m’identifier aux héroïnes de Disney, à l’exception de Mulan, peut-être parce qu’elle n’était ni blanche ni princesse, mais une guerrière très différente des autres », ajoute-t-elle amusée.

Après avoir obtenu un diplôme en cinéma d’animation à la Nemo Academy of Digital Arts de Florence, elle a étudié le journalisme à Rome et s’est consacrée au journalisme graphique avant même de savoir de quoi il s’agissait : « J’ai découvert qu’il s’agissait d’un véritable genre grâce à la célèbre Palestine de Joe Sacco, raconte-elle. J’étais fasciné par la possibilité d’utiliser la bande dessinée pour sensibiliser tous les groupes d’âge à des questions aussi sensibles, mais malheureusement, c’est un domaine très masculin : les gens pensent encore qu’une dessinatrice ne peut s’occuper que de questions féminines ou d’histoires romantiques, comme si l’engagement politique et social ne nous intéressait pas ! »

Cependant, les droits humains ont toujours été au cœur des projets de Takoua, comme dans « Un’altra via per la Cambogia » (Une autre vie est possible – 2020), un récit graphique né de la collaboration avec l’ONG italienne WeWorld, qui dénonce les circuits d’exploitation, de prostitution et d’esclavage dans lesquels des milliers de migrant.e.s se retrouvent piégé.e.s en tentant de traverser la frontière.

Son dernier livre, « Il mio migliore amico è fascista » (Mon meilleur ami est fasciste – Rizzoli, 2021), raconte la relation tumultueuse, d’amour et de haine, qu’elle a entretenue avec son camarade de classe adolescent, au beau milieu des préjugés et des stéréotypes culturels qui ont éclaté au lendemain du 11 septembre 2001. 

« En réaction, j’ai choisi de porter le voile, même si je n’avais que 12 ans, se souvient-elle. Mes parents et mes sœurs, qui ont commencé à le porter lorsqu’elles étaient plus âgées, me l’ont déconseillé, craignant qu’il ne soit un frein à mon intégration et ne m’expose à des remarques difficiles à gérer à cet âge. Hier comme aujourd’hui, il est pour moi un symbole important de liberté et d’autodétermination, même s’il est souvent mal compris et exploité : mon professeur de mathématiques à l’école secondaire le considérait comme un signe de soumission inacceptable et essayait par tous les moyens de me dissuader de le porter. Aujourd’hui encore, je suis tenue d’expliquer ce choix, même si pour moi il est très spirituel, intime et personnel. Souvent, dans les débats sur la liberté des femmes arabes, certaines féministes affirment que le hijab limite ma liberté. Je me considère moi-même féministe, même si je ne m’identifie à aucun courant, et je réponds en disant que pour moi, porter le hijab signifie ne permettre à personne d’influencer mon comportement ! Bien sûr, dans certains pays, sa signification est déformée par une législature machiste qui nie les droits des femmes, comme en Afghanistan. Mais cela n’a rien à voir avec la religion mais avec la politique et ses dangereuses « dérives autoritaires » ».

Dans « Sotto il velo », (Sous le voile – Becco Giallo, 2016), Takoua décrit des épisodes de discrimination ordinaire avec une ironie intelligente et considérations cocasses sur le style de questions absurdes qu’on lui pose et les réponses amusées qu’elle donne en retour, soulignant ainsi les tendances islamophobes profondément ancrées dans le pays.

La recherche d’identité est pour Takoua comme un fil rouge qui traverse toute son œuvre, dans une tentative constante de répondre au questionnement emblématique du : « qui suis-je ? ». Pour certain.e.s, elle est une « écrivaine migrante », pour d’autres une dessinatrice de la « deuxième génération », pourtant elle ne s’identifie à aucune de ces étiquettes et préfère éviter les simplifications banales. « Pour les Blancs, je suis noire et pour les Noirs, je suis blanche. En Italie je suis tunisienne, en Tunisie je suis italienne… Je suis tout et rien », souligne-t-elle en citant les textes de Cheb Khaled, pionnier du raï algérien, qui utilise le mot « ghorba » pour décrire la condition douloureuse de ceux qui quittent leur pays sans jamais se sentir complètement chez eux dans celui où ils arrivent. « C’est une suspension étrange qui ne vous donne pas l’impression d’être enraciné quelque part », ajoute-t-elle. 

Après cinq ans d’attente épuisante, Takoua a finalement obtenu la nationalité italienne en septembre : « Le chemin a été long et pénible, c’est surtout le facteur économique qui a fait obstacle : la préfecture refusait d’émettre un avis positif à ma demande tout en continuant à contrôler mes revenus. Pourtant l’obtention de la citoyenneté devrait être un droit pour tout le mondes, et non pas un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens ! Mes passeports représentent une intégration possible entre deux de mes nombreuses identités. »

Illustrations de Takoua Ben Mohamed :
WELCOME TO TAKOUA’S WORLD
Profil Instagram de Intercultural Comics 
Tags: islamophobieracisme
Federica Araco

Federica Araco

Journaliste, Federica Araco a collaboré à la version italienne du magazine en ligne Babelmed pendant 9 ans comme rédactrice et traductrice du français et de l’anglais vers l’italien. Elle a été rédactrice en chef de la revue trimestrielle “The Trip Magazine” dédié au voyage et à la photographie. Elle a également collaboré à d’autres magazines italiens : LiMes, Internazionale, Left. Ses thèmes de prédilection sont les questions de genres, le féminisme, le multiculturalisme, l’exclusion sociale, les phénomènes migratoires, l’écologie et le développement durable. Depuis 2016, elle publie aussi des photo-reportages de voyage sur son blog.

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