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Femme libre, électron libre

Franceska Gilardi Franceska Gilardi
23 juin 2022
Femme libre, électron libre

Faouzia Charfi, personnalité scientifique et politique de premier plan en Tunisie, nous a accordé un long entretien dont voici le premier volet. En tant que féministe de longue date, elle nous fait l’honneur d’être la première à entrouvrir la porte du cercle des Marraines de Medfeminiswiya. Au fil des mois, Medfeminiswiya rencontrera d’autres personnalités féministes des rives de la Méditerranée et chacune d’entre elles sera invitée à rejoindre Medfeminiswiya et le cercle des Marraines.

Elle parle haut et clair, du haut de ses 80 printemps, et se montre enthousiaste à l’idée de raconter ses travaux et de marrainer notre réseau. Faouzia Charfi nous a accueillie chez elle à Tunis, dans son appartement baigné d’une douce lumière tamisée. L’atmosphère est apaisante. Dès l’entrée, de beaux tapis déroulent leurs coloris chamarrés. Et puis il y a des livres, beaucoup de livres… Les philosophes, les scientifiques, les historiens tiennent salon chez Faouzia Charfi. Sur une table, des ouvrages de Charles Darwin, Michel Foucault, Jacques Derrida, Simone Weil… Faouzia Charfi brasse les époques et les genres pour en faire son miel. Sur une autre table, voici Albert Einstein, le fondateur de la « théorie de la relativité restreinte », théorie que Faouzia Charfi a enseignée longtemps à ses étudiant.es, à Tunis et à Paris. Elle a beaucoup travaillé sur « les semi-conducteurs, ces petites choses qui sont à la base des micro-processeurs de nos portables, donc partout dans notre vie quotidienne ». Il y a tout un art à savoir parler simplement de questions complexes, et Faouzia Charfi maîtrise cet art en pédagogue accomplie. Comme autrice aussi, elle détaille des contenus académiques pointus et les rends accessibles au plus grand nombre. Ses ouvrages* pour adultes sont largement traduits, en treize langues pour le dernier. Sans compter un petit livre sorti récemment, destiné à la jeunesse, et pas encore traduit.

Je voudrais d’abord que vous nous parliez de votre cheminement intellectuel. Qu’est-ce qui vous a motivée, depuis vos plus jeunes années jusqu’à aujourd’hui ? Alors que la physique a été votre domaine de recherche et d’enseignement pendant plus de trente ans, vous avez entamé une seconde carrière depuis une dizaine d’années, en publiant plusieurs ouvrages qui vous ont fait connaitre bien au-delà de la Tunisie, dans le monde entier.

Mon activité intellectuelle s’est orientée différemment depuis que je suis à la retraite. Je suis allée chercher des éclairages différents, insoupçonnés quand j’étais physicienne. Mais ce qui m’anime au fond est toujours là : transmettre de la connaissance, susciter la curiosité intellectuelle. Au fond, c’est le désir de connaître le monde… dès mon enfance, la volonté d’être savante a toujours été présente. J’ai eu la chance d’avoir une famille qui m’a encouragée sur cette voie dès le plus jeune âge. J’ai accompli mes études à Tunis d’abord, puis à Paris. Très vite, j’ai beaucoup aimé enseigner aux étudiant.es et aux chercheur.es en physique. Aujourd’hui, faire des conférences, écrire des livres me donne une audience plus variée, et j’en suis ravie. Mais il est vrai que ce n’est pas courant qu’une scientifique issue des sciences « dures » se mette à étudier les sciences humaines.

Cette activité en sciences humaines, est-ce pour vous une autre manière de vous impliquer dans la société civile ? Car vous avez toujours été dans le camp des progressistes, comme votre défunt mari **. Et vous vous êtes impliqués très tôt, tous les deux d’ailleurs, dans le camp des féministes…

Lorsqu’on est dans le camp des démocrates, on est forcément féministe ! Nous l’avons été dès la jeunesse, en effet, puisque mon mari et moi étions proches de Habib Bourguiba jusqu’à ce que la Tunisie n’acquière son indépendance, et durant toute la période de l’effervescence démocratique qui s’en est suivie. J’ai toujours été impliquée dans la société civile tunisienne. Mais cela n’a pas toujours été simple. Après avoir passé mon enfance dans mon pays colonisé, puis libéré de ce joug, j’ai connu le régime autoritaire subi par tous les Tunisiens.

Mais je n’ai jamais été affiliée à aucun parti : je suis plutôt un électron libre ! Tout en restant aux côtés des féministes, avec l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) et l’Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement (AFTURD) qui réclament depuis les années 90 l’égalité devant l’héritage.

Ma volonté de stimuler le désir des connaissances scientifiques, chez les jeunes-filles notamment, ne s’est jamais éteinte non plus. Lors de ma nomination au poste de secrétaire d’Etat auprès de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (suite à la révolution de 2011 en Tunisie, ndlr), j’ai pu mettre en place quelques réformes, notamment sur l’organisation des filières et l’orientation des élèves.

Je vais vous raconter une anecdote qui date de la fin des années 80. Face à des étudiants islamistes notoires, je me souviens avoir montré à plusieurs reprises le fonctionnement de tel ou tel appareil, en donnant toutes les explications nécessaires. Mon objectif à moi, en tant qu’enseignante-chercheuse était uniquement pédagogique. Ma blouse blanche de scientifique étant un gage de neutralité, ils en oubliaient leurs préjugés sexistes. Tant mieux si leur représentation des femmes en a été bousculée.

C’est la passion de la science qui vous animait, et qui vous anime encore à travers l’histoire des sciences…

Oui tout à fait, l’histoire des sciences est un héritage universel ! Cette histoire qui s’est développée en terre musulmane du 9è au 12è siècle ne venait pas de nulle part. Il y avait eu avant eux les Grecs, les Perses… Mais prenons l’exemple de Biruni, que je cite dans mes livres. Ce grand savant perse, botaniste et mathématicien, connaissait l’arabe et le sanskrit (la langue parlée dans l’Inde ancienne, ndlr). Il a réussi le tour de force de calculer le rayon de la terre, avec les quelques outils à sa disposition à l’époque. Tous ses travaux ont été publiés en langue arabe, la langue de travail des savants à l’époque. Tandis qu’au XXIè siècle, j’observe encore des réactions de mise à distance d’étudiants par rapport à la théorie de la relativité restreinte !  Et pas seulement en Tunisie. Outre Atlantique, ce sont les créationnistes qui réduisent la création à celle qu’aurait conçu Dieu dans des temps immémoriaux. La terre entière est traversée par des courants conservateurs qui cherchent à nier l’aspiration à la modernité. 

Votre esprit scientifique vous pousse à la recherche d’une exigence de vérité. Mais toute vérité n’est pas bonne à dire, et vous en savez quelque chose…

C’est vrai que j’ai été la seule en Tunisie à qui on a retiré la direction de thèses (avant la révolution de 2011, ndlr). En 2002, on m’avait même pris mon bureau à l’Université (sous Ben Ali, ndlr) et empêché de travailler. La tentation de l’ignorance reste forte et cela peut aller jusqu’au déni. Il y a quelques années, c’était en 2017, une étudiante a inscrit une thèse sur la fixité de la terre… J’ai été de celles et ceux qui ont réagi très vite, notamment par les réseaux sociaux qui peuvent être très efficaces s’ils sont bien utilisés. Nous avons ainsi réussi à faire annuler ce projet de thèse.

En revanche depuis que vous publiez des livres dans le rayon des sciences humaines, vous êtes appréciée d’un public moins restreint que celui des physiciens. Vous avez acquis une audience internationale, en travaillant d’abord sur le rapport entre sciences et religions, un sujet complexe, qui pourrait être polémique mais qui ne l’est pas sous votre plume…

Les éditeurs ne se sont pas précipités tout de suite…  à partir du moment où j’ai commencé de publier, j’ai reçu un bon accueil au fil de mes essais historiques. Ma conviction est qu’on peut éclairer chaque lectrice, chaque lecteur, sans froisser les susceptibilités, tout en contrant les discours idéologiques totalitaires, qui sont si répandus de nos jours.

Ce que je me suis essayé à démontrer d’abord, c’est que la distinction entre les deux cheminements, scientifique et religieux, est absolument nécessaire pour la compréhension du monde, pour l’avancée des idées comme pour celle de la société toute entière. Et en les observant en parallèle, cela nous permet d’éviter toute confusion entre des référentiels distincts.

Si l’on œuvre à la vérité historique, on peut y arriver, en s’appuyant sur des sources authentiques, donc vérifiables. C’est comme cela qu’on peut convaincre, avec des arguments étayés par la connaissance, qu’elle soit scientifique, historique, féministe ou plus largement philosophique… sans s’enfermer dans une conception étroite des sujets à traiter.

 

*La science voilée, éditeur Odile Jacob 2013.
Sacrées questions, Pour un islam d’aujourd’hui, Odile Jacob 2017.
L’islam et la science, en finir avec les compromis, Odile Jacob 2021.
Pour les enfants, La science en pays d’Islam, Bayard, 2020.
** Mohamed Charfi, personnalité politique tunisienne, militant des droits de l’homme et ancien ministre de l’Éducation.
Franceska Gilardi

Franceska Gilardi

Franceska, Journaliste indépendante, a parcouru son chemin dans la presse écrite, de la mise en page au reportage, de la pige à la direction d’agence, de la petite brève à la grande enquête d’investigation. A participé à la création de titres éphémères ou durables, et à des rédactions qui ne l’étaient pas moins (éphémères ou durables, prestigieuses ou minuscules), dans la presse quotidienne, nationale et régionale. A écrit plusieurs ouvrages sur le développement des actions culturelles.  Aime encore et encore ce drôle de métier, persiste à le faire et à transmettre les bases aux plus jeunes. Constate tous les jours que quand les artistes et les femmes passent à l’action, le monde s’en porte mieux…

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