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Le Corps des Djerbiennes, regard d’une anthropologue de l’île tunisienne

Louise Aurat Louise Aurat
16 septembre 2024
Le Corps des Djerbiennes, regard d’une anthropologue de l’île tunisienne

Aziza Ben Tanfous, née en 1942, est témoin des grandes transformations sociétales impactant la vie des femmes ces dernières décennies sur l'île de Djerba, en Tunisie. L'anthropologue dépeint une société qui suit les évolutions de son temps, marquée par l'héritage des coutumes d'antan.

Louise Aurat

De dos, couronnée d’un chapeau de feuilles de palmes et le corps dissimulé dans les drapés amples d’une melhafa. La femme djerbienne est souvent représentée ainsi : une silhouette sans visage. En parcourant cette île du Sud de la Tunisie, une autre image s’impose également à l’esprit, celle d’une femme sillonnant les routes sur son scooter en vêtement traditionnel ou en jean. Ces deux représentations ne sont pas incompatibles, elles reflètent à  la fois le conservatisme des habitants de l’île, où les femmes ont longtemps été tenues à l’abri des regards, loin des espaces publics et la force de leur autonomie, dans une société pourtant sous domination masculine. Aziza Ben Tanfous, avec son regard d’anthropologue et ses quatre vingts deux printemps, est témoin des transformations sociétales de ces dernières décennies et notamment de l’évolution de la place des femmes. « Les femmes évoluent avec leur temps, elles ne sont pas enchaînées aux traditions. », défend-elle. Elle nous reçoit une matinée dans son menzel familial, l’habitat vernaculaire de Djerba, où elle réside depuis les années 80, pour évoquer la question du corps des femmes et de leur liberté.

Des modes de vie bouleversés par l’urbanisation et le tourisme

Il y a quelques années, des membres de l’équipe du film au retentissement international, La saison des hommes de la cinéaste Moufida Tlatli, étaient venus au domicile de la chercheuse afin d’effectuer des repérages pour le décor du long-métrage. À l’affiche en 2000, cette fiction aborde le phénomène d’émigration économique des maris hors de l’île à travers le point vue et l’expérience intime des femmes. De nombreuses questions y sont posées ; celle de la cohésion de la famille mise au défi par l’absence du père pendant de long mois, celle du plaisir féminin, de la fidélité ou encore de la liberté d’agir. Les dynamiques migratoires ont aujourd’hui évolué et l’époux ne laisse plus systématiquement les femmes et enfants derrière lui, dans la maison de sa mère. Le film retrace une période qui semble à présent révolue, les modes de vie ont été bouleversés par l’urbanisation et le tourisme international qu’a connus l’île à partir des années 60.

Aziza Ben Tanfous, née en 1942, a connu cette époque, qui a précédée l’indépendance du pays, où les femmes à Djerba étaient encore nombreuses à être actives dans les ateliers de tissage ou bien à pratiquer l’agriculture. « Le travail de la terre était valorisant. Elles donnaient la vie et participaient aussi à sa production », souligne l’anthropologue. Les femmes contribuaient à l’économie de la famille, ce qui leur permettait d’acquérir une certaine autonomie financière. Aziza Ben Tanfous ne veut pas dresser un portrait négatif de ses aïeules, mais nuancer l’image de femme privée de libertés souvent associée aux anciennes.

Modes d’hier et d’aujourd’hui

La retraitée a travaillé plusieurs années sur les costumes traditionnels féminins et a participé à la publication en 1988 d’un ouvrage collectif éponyme. Les habits djerbiens typiques, toujours portés par quelques habitantes, reflètent l’identité locale de celle qui les revêt. En fonction de la largeur des bords de son chapeau, de la manière dont l’étoffe est fixée au buste, il est possible de connaître la provenance de son interlocutrice. « Les habits sont d’abord adaptés au climat. Les femmes portaient parfois le voile chez elle, pour se protéger des rayons du soleil », indique Aziza Ben Tanfous. Les gants et les chaussettes dans les nus pieds assortis à une large tunique monochrome qui recouvre entièrement le corps de haut en bas est « une mode importée d’Arabie Saoudite », suivie par une partie des habitantes de l’île. Ce qui fait dire à l’octogénaire que les jeunes femmes sont parfois plus conservatrices que leurs ancêtres.

Certaines normes de beauté demeurent, estime l’anthropologue, comme « la blancheur de la peau », notamment avant le mariage, ou « des formes généreuses » considérées comme un signe de bonne santé : « Le diktat de la minceur, c’est un critère de beauté qui ne vient pas de chez nous. »

Séparation des corps

Des coutumes face aux grands moments de la vie, propres aux femmes, telles que les règles de conduite en cas de veuvage ont disparu. « Pendant plusieurs mois elle devait dès le réveil ouvrir les yeux au soleil, ne pas regarder les hommes, le soir s’obscurcir la vue d’un bandage », énumère en partie Aziza Ben Tanfous, auteure d’un article sur ce rite de passage. Depuis les années 70 environ, les veuves n’ont plus besoin de traverser cette épreuve.

Dans les moments festifs, la séparation des genres reste encore d’usage sur l’île. Lors du mahfel, cérémonie musicale ouverte au public qui se déroule pendant les célébrations de mariage, les femmes s’assoient d’un côté et les hommes de l’autre. Ceux-ci dansent sans retenue, alors que leurs égales ne peuvent pas se permettre de s’exprimer identiquement à cette occasion. Une autre soirée chantante est organisée uniquement pour les femmes, appelée chouachan. Ces espaces de non-mixité avec leurs codes propres se maintiennent à côté d’autres lieux où la mixité n’est pas un sujet, telles que les discothèques de la zone touristique.

Tags: Femmes et corps
Louise Aurat

Louise Aurat

Louise Aurat est une journaliste française. Arabisante, elle a travaillé en Egypte à Alexandrie entre 2021 et 2023 pour divers journaux et magazines français (Reporterre, Réforme, Middle East Eye). Elle est actuellement basée en Tunisie, à Djerba. Elle est l'éditrice de le version francophone de Medfeminiswiya.

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