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L’avortement clandestin en Algérie. Un tabou absolu

La loi sur la santé promulguée en 2018 fut saluée par des observateurs et des journalistes comme une avancée importante pour le droit à l’avortement en Algérie. En réalité ce texte n’a rien de révolutionnaire puisque le principe de stricte interdiction demeure entier.

Ghania Khelifi Ghania Khelifi
27 septembre 2021
dans Dossiers, Explorations
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Cette publication est également disponible en : English (Anglais) العربية (Arabe)

La loi ne concède l’interruption thérapeutique de grossesse que lorsque la vie de la mère ou son équilibre psychologique et mental sont gravement menacés. Le nouveau texte avait introduit le recours à l’avortement « lorsque les affections dépistées par le diagnostic prénatal attestent avec certitude que l’embryon ou le fœtus est atteint d’une maladie ou d’une malformation grave ne permettant pas son développement viable ». L’avortement autorisé pour ces deux motifs ne peut être pratiqué que dans des hôpitaux publics et « sous réserve d’une autorisation de l’administration compétente ».

En dehors de ce champs très restreint, la pratique de l’avortement tombe sous le coup de l’article 304 du Code pénal qui stipule que « quiconque par aliments, breuvages, médicaments, manœuvres, violence ou par tout autre moyen, a procuré ou tenté de procurer l’avortement d’une femme enceinte ou supposée enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, est puni d’un emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de 500 à 10.000 dinars. Et si la mort en résulte, la peine est la réclusion de 10 à 20 ans ». Le législateur algérien s’est contenté de traduire le principe religieux qui considère l’avortement comme « un assassinat d’un être humain ». L’islam n’accorde aucune dérogation après 120 3jours, voire 40 jours pour certains courants, car " l’âme est insufflée " au fœtus ».

Dans une société fortement imprégnée de principes islamistes, l’avortement est un tabou absolu et peut conduire à une excommunication sociale. Le déni collectif est si lourd que les avortements échappent aux statistiques, aussi est-on réduit aux estimations pour évaluer le phénomène. Selon l’association algérienne pour la planification familiale on recense environ 200 à 300 avortements clandestins par an et 80 décès. Ces chiffres constituent, de l’avis des professionnels, la moyenne la plus basse autant en milieu rural qu’urbain.

Dans une société fortement imprégnée de principes islamistes, l’avortement est un tabou absolu et peut conduire à une excommunication sociale.

Les femmes qui ne veulent pas mener à terme une grossesse non désirée n’ont d’autre option que l’avortement clandestin, illicite, ou criminel selon les points de vue. Pour celles qui en ont les moyens, l’Europe ou la Tunisie les sauvent du drame d’une maternité hors mariage. Pour les autres le bouche à oreille permet de trouver dans le meilleur des cas le médecin, l’infirmier ou le charlatan qui les délivre au prix fort (10.000 à 70.000 dinars) de leur fardeau. L’obstacle financier est néanmoins moindre comparé à la difficulté de trouver celle ou celui qui accepte d’exécuter l’opération.

Une médecin installée à l’est de la capitale depuis près de vingt ans ne cache pas son opposition : « J’ai toujours refusé de pratiquer un avortement d’abord c’est interdit mais surtout parce que je suis croyante et je ne peux ôter la vie. Mais je ne juge pas ces femmes. » Si elle retient que les jeunes femmes sont responsables de leur état, cette doctoresse accuse en premier lieu la société algérienne qui, selon elle, nie la nécessité d’une éducation sexuelle pour préparer les jeunes. « J’ai eu des patientes qui ne connaissent même pas leur corps, poursuit-elle. Elles ont des relations sexuelles avant leur mariage et ne savent rien de ce qui se passe dans leur corps ! C’est totalement idiot de dire que les jeunes apprennent tout sur Internet. Je me souviens d’un père qui m’avait amené sa fille de 17 ans parce qu’elle souffrait de douleurs au ventre et de nausées. Elle était dans un tel état de confusion mentale qu’elle n’a pas réagi quand je lui ai annoncé qu’elle était enceinte. Elle ne le savait pas apparemment. Et ce jour là j’ai fait ce que je ne me pardonnerai jamais, je l’ai dit au père. Par réflexe professionnel peut être, donner mon diagnostic me semblait être la chose à faire. Il s’est assis, il a passé plusieurs fois ses mains sur son visage, iI a regardé sa fille, m’a dit merci et ils sont partis. J’avais appris à repérer les jeunes femmes qui venaient au cabinet souvent sans rendez-vous en fin de journée parfois accompagnées d’une amie ou de leur mère. Je savais aussi que ma secrétaire leur donnait quelques fois le nom d’une clinique ou d’un confrère qui pratique l’avortement. Après tout chacun agit selon sa conscience. »

Le pénible parcours de l’avortement clandestin connait parfois des accidents et finit dans la rubrique des faits divers. L’avortement illégal est avant tout un acte à haut risque pour la santé et la vie de la patiente. Au regard de la loi, la femme et les personnes ayant pratiqué l’avortement, ou fourni les moyens pour cet acte, sont avant tout présentés comme des « criminels » et jugés comme tels.

Ces grossesses dont on ne veut pas peuvent être la conséquence de viols ou d’incestes.

Ces drames familiaux ont parfois des versants encore plus sombres que la justice ne prend pas en compte. Ces grossesses dont on ne veut pas peuvent être la conséquence de viols ou d’incestes. Les conservateurs et les imams ne reconnaissent pas ces circonstances et ils se sont farouchement opposés lors des débats sur la loi sur la santé à l’élargissement de l’autorisation d’avorter aux victimes d’agressions sexuelles. Les victimes des viols dans les maquis terroristes des années 1990 avaient attendu quelques années avant qu’une fetwa ne reconnaisse leur innocence.

Seules les femmes sont coupables

Avoir un enfant hors mariage est ce qui peut arriver de pire à une jeune algérienne. Chaque année des milliers de bébés non désirés sont abandonnés. La gendarmerie fait état régulièrement d’infanticides ou de nouveaux nés retrouvés dans les poubelles, devant les portes des mosquées ou d’hôpitaux. Il va sans dire, qu’en Algérie, les pères ne sont jamais mentionnés dans ces tragédies car le consensus veut que le péché des relations sexuelles en dehors du mariage soit porté par les femmes et elles seules.

Les femmes étant les seules coupables, elles doivent assumer seules les conséquences. Bien qu’il soit très difficile de briser l’omerta sur le sujet, des témoignages livrés sous anonymat donnent la mesure de la souffrance des femmes.

Une jeune femme nous a raconté l’histoire d’une camarade de fac qui avait 22 ans au moment des faits. Elle en a 24 aujourd’hui. « Elle avait une relation amoureuse avec un homme de son âge, depuis plusieurs mois déjà, avec qui il lui arrivait souvent d’avoir des rapports non protégés. Elle a découvert sa grossesse trois semaines environ suite à l’absence de ses règles.

Les pères ne sont jamais mentionnés dans ces tragédies car le consensus veut que le péché des relations sexuelles en dehors du mariage soit porté par les femmes et elles seules.

Malgré la relation qui avait l’air sérieuse entre eux, son petit ami avait très mal accueilli la nouvelle et réagissait comme s’il n’était pas du tout concerné par le sujet. Je me rappelle d’une phrase qu’il lui avait lancée alors qu’elle était en panique : « Pourquoi tu veux que je m’angoisse ? Après tout, il est à l’intérieur de ton corps pas à l’intérieur de moi ». La pauvre, ça l’avait mise dans tous ses états. Elle avait entendu parler, par la bouche à oreille, d’une vielle qui pratiquait les avortements dans un endroit type hangar ou garage où il fallait frapper à la porter et donner un code avant de pouvoir rentrer mais elle avait eu peur de s’y rendre.

Finalement, son petit ami a réussi à lui procurer des pilules abortives qu’il s’était procurées au marché noir via un réseau clandestin. Je ne me rappelle plus du nom du médicament mais je me souviens qu’elle avait pris deux comprimés sous la langue et un qu’elle avait inséré dans son vagin pour déclencher les contractions.

Elle l’avait fait dans un appartement, sans assistance médicale et sans vraiment être sûre de la manière dont il fallait ingérer les pilules. Quelques heures plus tard, une douleur intense s’était déclenchée. Elle hurlait de douleur jusqu’à l’évanouissement. On voulait l’emmener à l’hôpital car on avait peur qu’elle y laisse sa vie mais elle refusait par peur des conséquences. Elle disait qu’elle préférait mourir dans cet appartement plutôt que de prendre le risque que l’histoire s’ébruite. De plus, son petit ami et elle risquaient la prison.

Les douleurs ont été suivies d’une hémorragie. Elle s’est rendue aux toilettes et une masse rougeâtre est sortie. Son petit ami l’a laissée tomber quelques jours après cette histoire, une fois qu’il s’était assuré qu’elle n’était plus enceinte. Elle a fait une dépression qui a duré environ huit mois. L’image de la masse évacuée dans les toilettes la hantait constamment, les conditions dans lesquels l’avortement s’est déroulé ainsi que le manque de soutien ont énormément pesé sur son état psychologique. Des saignements anormaux ainsi qu’une perturbation de son cycle menstruel sont survenus pendant plusieurs mois, suite à l’avortement. Aujourd’hui, elle s’en est plus ou moins remise mais cela reste une page douloureuse de sa vie. »

Calvaire et solitude

Un autre témoignage décrit la solitude d’une jeune fille abandonnée seule dans son calvaire. Il est rapporté par une étudiante qui y a assisté de loin : « Cela s’est passé à l’université de Bab-Ezzouar (USTHB), je ne connaissais la concernée que de vue. Elle était étudiante dans une spécialité différente de la mienne et vivait en résidence universitaire mais on se croisait souvent durant les pauses, entre deux cours.

Son histoire avait fait le tour des facultés car un matin on l’avait entendue crier dans les toilettes pour femmes, des hurlements qui ont ameuté tout le bloc. Je l’ai trouvée assise par terre dans les sanitaires en train de se donner des coups de poings dans le ventre et de crier comme une hystérique. J’ai réussi à comprendre à moitié qu’elle était enceinte mais qu’elle ne savait pas de qui. Elle avait eu des rapports avec des hommes différents et aucun d’eux ne voulait en assumer les conséquences ou lui apporter une quelconque aide. Elle n’avait pas réussi à se procurer les pilules abortives et menaçait de se suicider dans les toilettes.

« Pourquoi tu veux que je m’angoisse ? Après tout, il est à l’intérieur de ton corps pas à l’intérieur de moi »

J’ai pris des nouvelles de cette fille quelques jours plus tard, et on m’a dit qu’elle avait finalement réussi à se procurer des cachets qu’elle avait ingérés dans les sanitaires de la faculté. Elle avait subi une hémorragie sévère qui l’avait contrainte à s’absenter plusieurs jours. La cabine des toilettes dans laquelle elle avait eu son hémorragie était entachée de sang jusqu’au mur ».

Un sang impur pour une société qui a enfermé le corps des femmes dans une prison de lois et de représentations rétrogrades et sexistes.

 

Tags: Droits sexuels et reproductifs
Ghania Khelifi

Ghania Khelifi

Ancienne directrice de rédaction du quotidien algérien Liberté, journaliste politique, diplômée de La Sorbonne, Ghania Khelifi est également chargée de mission égalité Hommes-Femmes en France où elle vit. Titulaire d’un DESS sur l’œuvre et le parcours de Kateb Yacine, elle a signé la première rétrospective lui étant consacré à Alger en 1991, « Kateb Yacine, poèmes et éclats », au tout début de la décennie noire. Spécialiste de la société algérienne, elle collabore régulièrement à Babelmed.net depuis sa création.

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