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Le « syndrome méditerranéen » : ces femmes qui souffrent mais qu’on ne croit pas

Eugénie Ducher Eugénie Ducher
17 avril 2026
Le « syndrome méditerranéen » : ces femmes qui souffrent mais qu’on ne croit pas

Photo de Stephen Andrews sur Unsplash

Alors que la déontologie médicale impose une prise en charge non discriminatoire en France, l’article R.4127-7 du code de la santé publique stipulant que « le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes », la réalité observée dans certains services de soins raconte une autre histoire. Le « syndrome méditerranéen », stéréotype raciste né de la médecine coloniale, perdure.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

La douleur n’a ni couleur, ni genre, ni origine. Elle traverse les corps sans passeport. Pourtant, sa reconnaissance, elle, semble parfois filtrer.

Le « syndrome méditerranéen » n’est pas un diagnostic. Il ne figure dans aucun manuel. Apparue dans l’argot hospitalier entre les années 1970 et 1990, cette expression désignait des patient.es perçu.es « comme originaires du Maghreb ou du sud de l’Europe », et les jugeait comme « bruyant.es », « expressif/ve.s », les accusant d’exagérer leurs symptômes et perception de la douleur. Derrière cette étiquette, une mécanique bien rodée : décrédibiliser la parole du patient. Héritée d’un imaginaire colonial où les corps non blancs étaient perçus comme « autres », cette catégorisation continue de hanter les pratiques et constitue encore aujourd’hui un biais puissant, à la croisée du racisme et du sexisme.

Quand les biais deviennent des pratiques : « Un homme blanc a environ 50 % de chances supplémentaires d’être considéré comme relevant d’une urgence vitale par rapport à une femme noire »

Les chiffres viennent appuyer ce constat. Selon une analyse publiée dans The Journal of Pain, les femmes attendent en moyenne 25 % plus longtemps que les hommes pour recevoir des antalgiques aux urgences, à niveau de douleur équivalent.

The European Journal of Emergency Medicine a publié une étude en 2024 qui montre qu’à symptômes identiques, 62 % des cas masculins sont classés comme urgences vitales contre 49 % pour les femmes. L’écart est également marqué selon l’origine perçue, avec 58 % pour les patients blancs contre 47 % pour les patients noirs. Dans les situations les plus contrastées, un homme blanc a environ 50 % de chances supplémentaires d’être considéré comme relevant d’une urgence vitale par rapport à une femme noire.

Les femmes attendent en moyenne 25 % plus longtemps que les hommes pour recevoir des antalgiques aux urgences, à niveau de douleur équivalent.

Enfin, le Défenseur des droits (autorité administrative chargée de défendre les droits des citoyen.nes), dans plusieurs rapports, alerte également sur des discriminations persistantes dans l’accès aux soins : refus, délais allongés, plaintes minimisées.

« Ils avaient décidé, sans preuve, qu’elle exagérait » : paroles de médecin

La docteure Maïssa, médecin généraliste engagée, créatrice de contenu santé, installée à La Réunion et spécialisée en nutrition et santé des femmes, raconte un épisode qui l’a marqué pendant ses années d’études dans un service de gynécologie : une patiente africaine, opérée pour une hystérectomie, se plaint de douleurs persistantes. Pendant plusieurs jours, ses symptômes sont minimisés par plusieurs internes. Ce n’est qu’après l’intervention d’une chirurgienne senior qu’une occlusion intestinale, urgence chirurgicale, est diagnostiquée. Elle ajoute : « Ils avaient décidé, sans preuve, qu’elle exagérait… On ne m’a jamais appris le “syndrome méditerranéen” dans ma formation. Mais quand j’ai partagé ce souvenir sur TikTok, des infirmiers ont commenté en expliquant qu’on le leur enseignait encore en cours. Une honte… Ce biais n’est pas anecdotique. Une étude du CHU de Montpellier publiée en 2024 a montré que face à un même tableau de douleur thoracique, plus de 1 500 soignants évaluaient la situation comme moins grave lorsque le patient présenté était une femme ou une personne noire. Les femmes étaient systématiquement jugées moins urgentes que les hommes. Et si elles étaient également perçues comme étant d’origine étrangère, l’écart se creusait encore davantage. Ce que cette patiente a vécu dans ce couloir d’hôpital n’était pas un accident isolé. C’était, sans le savoir, le visage ordinaire d’une discrimination inscrite dans l’inconscient de nombreux soignants. »

On ne m’a jamais appris le “syndrome méditerranéen” dans ma formation. Mais quand j’ai partagé ce souvenir sur TikTok, des infirmiers ont commenté en expliquant qu’on le leur enseignait encore en cours. Une honte…

« Il a la sonnette facile »

Mathilde* est infirmière en oncologie chirurgicale dans le nord-est de la France. Son témoignage met également des mots concrets sur ces mécanismes invisibles : « Au cours de ma formation puis de ma carrière, j’ai été confrontée à ce qu’on appelle le “syndrome méditerranéen”. J’ai entendu ce terme pour la première fois en stage. Je ne savais même pas que cela existait. Puis j’ai réalisé à quel point il était répandu. Ce terme circule entre soignants, parfois sous-entendu, parfois clairement nommé. Je l’ai entendu de la bouche d’infirmiers, d’aides-soignants, de kinésithérapeutes, mais aussi de médecins. Concrètement, il apparaît surtout dans la prise en charge de la douleur. J’ai déjà entendu des collègues dire : “il a la sonnette facile”, “on n’arrive pas à le soulager”, “il en fait sûrement trop… tu sais, le syndrome méditerranéen”. Bien sûr, ces propos ne sont pas systématiques. La majorité des soignants restent profondément humains et engagés. Mais ils sont suffisamment fréquents pour alerter. Ce qui me frappe, c’est que ce terme est souvent associé à des patients en raison de leur apparence ou de leur nom. J’ai vu ces situations concerner des personnes aux patronymes maghrébins, espagnols, portugais ou d’Europe de l’Est. Pour moi, cela traduit un racisme systémique. Et ses conséquences sont concrètes : la parole du patient est plus facilement mise en doute, sa douleur minimisée, parfois tournée en dérision. Or, soulager la douleur est un droit fondamental. Nous avons les moyens de le faire. Chaque patient devrait être entendu, cru et pris en charge avec la même exigence. »

La double peine des femmes racisées

À l’intersection de ces biais, certaines patientes cumulent les inégalités.

Être une femme, déjà, expose à une sous-évaluation de la douleur. Être perçue comme « non blanche » ajoute une couche de suspicion. Ensemble, ces biais fabriquent une double peine : une parole fragilisée, un corps moins écouté, une souffrance plus souvent minimisée, et les conséquences ne sont pas théoriques. Elles se traduisent par des retards de diagnostic, des douleurs non soulagées, et une perte de confiance durable envers le système de santé.

C’est ce que décrivent deux patientes : Anaïs et Léa.

Anaïs*, 22 ans, raconte qu’elle souffre de problèmes ORL depuis l’enfance : otites à répétition, tympans perforés, plusieurs opérations pour réparer sa surdité. Mais depuis qu’elle est adulte, elle décrit un changement brutal dans sa prise en charge. Désormais seule face au corps médical, elle doit sans cesse « prouver » sa douleur : « Je dois convaincre que j’ai mal… très, très mal ! » Malgré un historique médical lourd, ses plaintes sont régulièrement minimisées. « Ça ne fait pas mal, vous n’avez rien, prenez du paracétamol », lui répond-on, même lorsqu’elle affirme souffrir intensément ou perdre à nouveau de l’audition. Une situation qui la conduite parfois à quitter les consultations en pleurant. Ce n’est qu’en urgence, un matin de Noël, qu’un diagnostic sérieux est posé : tympan perforé, infection, fièvre. L’intervention révèle un osselet gravement endommagé, nécessitant une reconstruction chirurgicale lourde. Pourtant, même après cette opération, la prise en charge de la douleur reste minimale à base d’anti-inflammatoires et paracétamol. À travers son parcours, Anaïs décrit une médecine où la parole du patient, en particulier jeune, de sexe féminin et d’origine étrangère est perçue comme « peu légitime » ; et doit constamment être justifiée pour être entendue et considérée.

Léa tombe enceinte jeune et sa grossesse est profondément désirée. Elle est aux anges. Mais à trois semaines du terme, sa gynécologue lui annonce que l’accouchement sera déclenché dès le lendemain, invoquant des raisons d’organisation interne. La patiente exprime son désaccord.

Lors de l’examen, la praticienne provoque volontairement l’ouverture du col, sans consentement explicite. « Je vous ai ouvert le col, rendez-vous demain pour le déclenchement », lui est-il simplement indiqué. Avec le recul, Léa s’interroge : « La gynéco a déclenché mon accouchement pour arranger son agenda, sans me laisser le choix… je ne pense pas qu’elle se serait permise de faire la même chose avec une femme plus âgée et blanche »

Soigner autrement : une urgence éthique et surtout vitale

Le « syndrome méditerranéen » n’est donc pas une erreur isolée. C’est le symptôme de tout un système où les biais, parfois inconscients, influencent encore les pratiques. Les déconstruire suppose de les nommer. Former les soignants aux biais cognitifs, intégrer les enjeux de discriminations dans les cursus médicaux, valoriser l’écoute du patient comme outil clinique à part entière : autant de leviers pour transformer durablement les pratiques ; car derrière chaque douleur ignorée, il y a une personne qui doute d’être crue, et une médecine qui, à cet instant précis, cesse d’être universelle.

Notes
*Mathilde et Anaïs ont demandé à garder l’anonymat
Eugénie Ducher

Eugénie Ducher

Eugénie Ducher est autrice-essayiste et correspondante de presse. Originaire de la région parisienne, elle est aujourd’hui installée dans le Sud-Ouest de la France. Son parcours nourrit un regard à la fois ancré dans les territoires et attentif aux dynamiques sociales contemporaines. Journaliste indépendante, elle développe une approche de terrain, au plus près des réalités vécues, qu’elle articule avec une écriture sensible et engagée. Ses textes explorent les questions d’intime, de transmission et de justice sociale, avec une attention particulière portée aux voix minorées et aux récits invisibilisés. Militante, elle s’investit également dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, notamment à travers des conférences et des prises de parole visant à sensibiliser et à ouvrir des espaces de dialogue.

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