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L’objectif du classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) consiste à mesurer la liberté des médias dans 180 pays et territoires.
« Il y a de moins en moins de pays aujourd’hui où la liberté de la presse est assurée », alertait sur FranceInfo, avant-hier, Thibaut Bruttin, directeur général de RSF.
Il commentait le classement de l’année 2026 , qui venait juste d’être rendu public et où plus de la moitié des pays du monde apparaissent en situation “difficile” ou “très grave”. Ce qui veut dire selon le constat du rapport que : « non seulement, le travail des journalistes n’a jamais été aussi compliqué et dangereux mais aussi que notre droit à tous et toutes à être informé n’a jamais été autant bafoué. Le journalisme est criminalisé à l’échelle internationale et le recul de l’indicateur légal en est une illustration : l’instrumentalisation de lois de plus en plus restrictives fait reculer le droit à l’information, y compris au sein des démocraties ».
Et même si l’organisation avait en octobre 2024 démontré dans un rapport que l’ère Me Too était considérée comme un « printemps féministe des médias », les violences à leur égard n’ont fait qu’augmenter, notamment dans les pays où les forces de droite, les régimes autoritaires et les mouvements populistes ont gagné du terrain ces dernières années.
Pays du Nord de la Méditerranée : satisfaisant mais peuvent mieux faire
Pour la région qui concerne notre site Medfeminiswiya, à savoir le pourtour méditerranéen, la situation des pays du Nord reste, comme à son habitude, beaucoup plus satisfaisante que celle du Sud.
La France, l’Italie et l’Espagne connaissent toutefois des tensions récurrentes : pressions politiques, intimidations lors de manifestations, enquêtes judiciaires visant des journalistes et difficultés économiques pour les médias indépendants, qui pèsent sur l’indépendance et la qualité du journalisme.
La Turquie est par contre toujours considérée parmi les pires de la région, lois répressives, arrestations de journalistes, fermeture d’organes de presse et contrôle fort de l’espace médiatique par l’État.
Moyen Orient : un journalisme sous les bombes
Quant à la région Moyen‑Orient / Afrique du Nord (MENA), elle reste, selon le rapport, la plus dangereuse au monde pour les journalistes.
Facteurs explicatifs mis en avant par RSF : guerres et destructions de rédactions , notamment à Gaza, lois, pressions économiques et fermetures de médias, détentions ou violences ciblées contre des journalistes. Le Liban est dans la zone basse (vers la 130e place). Avec près de 200 journalistes tué.e.s à Gaza par l’armée israélienne depuis octobre 2023, dont au moins 35 femmes dans l’exercice de leurs fonctions, le territoire concentre le plus grand nombre de journalistes assassiné.e.s ces deux dernières années.
Dans ce contexte difficile, la Syrie (141e ; + 36) se distingue par une évolution historique, un an après la chute de Bachar al-Assad. Bien que la situation reste “très grave”, les indicateurs s’améliorent, en particulier celui du cadre légal. Ce dernier, en recul dans la majorité de la zone, devient le principal levier d’évolution des conditions d’exercice du métier dans un pays traumatisé par des années de massacre du journalisme.
Avec près de 200 journalistes tué.e.s à Gaza par l’armée israélienne depuis octobre 2023, dont au moins 35 femmes dans l’exercice de leurs fonctions, le territoire concentre le plus grand nombre de journalistes assassiné.e.s ces deux dernières années.
La presse gravement menacée en Afrique du Nord
En Afrique du Nord, la dégradation de la liberté de la presse n’est plus un phénomène conjoncturel, « elle est devenue structurelle, alimentée par des dynamiques politiques, économiques et sécuritaires qui se renforcent mutuellement », précise le classement.
Dans une Libye (138e ; – 1) toujours fracturée, les journalistes sont souvent contraint.es à servir l’une des parties au conflit et sont également poussé.es à l’autocensure par un arsenal législatif renforcé par une nouvelle loi sur la cybercriminalité. Dans les pays sans guerre ouverte, les contraintes restent diffuses mais durables : en Algérie (145e ; – 19), détentions, censure et harcèlement en ligne ciblent les médias indépendants. La Tunisie, qui était jusqu’en 2019 en position plutôt avancée, (73 e place), est tombée à la 137e cette année. L’instrumentalisation de la justice et les pressions politiques renforcent l’étau dans lequel se trouve la presse critique. Si le Maroc (105e ; + 15), connaît une amélioration grâce à l’absence de nouvelle incarcération de journalistes, ceux-ci restent cependant exposés à des pressions judiciaires et financières.
Et si ce classement annuel représente un document de référence pour évaluer les conditions de travail des journalistes à travers les quatre coins de la planète, il est toutefois dommage de constater que l’écriture inclusive distinguant les hommes des femmes n’y est toujours pas pratiquée. Ce qui semble en contradiction avec d’autres rapports de l’organisation où il est dit clairement à quel point dans l’exercice de ce métier, les femmes sont sensiblement plus susceptibles de rencontrer des discriminations de tous genres.









