A propos
  • it VO
  • fr Français
  • en English
  • ar العربية
Pas de résultat
Afficher tous les résultats
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
  • En mouvement
  • Explorations
  • Dossiers
  • Créations
  • Interviews
  • Opinions
  • Monde
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
  • En mouvement
  • Explorations
  • Dossiers
  • Créations
  • Interviews
  • Opinions
  • Monde
Pas de résultat
Afficher tous les résultats
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
Accueil En mouvement

Après l’alerte d’Omnia Sweidan, des Égyptiennes brisent le silence sur les violences obstétricales

Shaimaa El Youssef Shaimaa El Youssef
6 juillet 2026
Après l’alerte d’Omnia Sweidan, des Égyptiennes brisent le silence sur les violences obstétricales

Cette illustration a été créée avec l’aide de l’intelligence artificielle.

La docteure égyptienne Omnia Sweidan a suscité un vif débat après avoir publié un témoignage décrivant diverses formes de violence infligées aux femmes à l’hôpital universitaire El Shatby d’Alexandrie durant son internat. Son récit a incité d’autres femmes à briser le silence et à témoigner publiquement des violences obstétricales qu’elles avaient subies. Des organisations de défense des droits humains et féministes ont également publié des déclarations exprimant leur solidarité avec elle.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais) العربية (Arabe)

Le 15 juin, la docteure Omnia Sweidan, diplômée de médecine en 2020, a publié un témoignage sur sa page Facebook (désormais supprimé) qui a rapidement suscité une vive émotion. Elle y relate les violences obstétricales répétées dont elle a été témoin durant ses deux mois d’internat à l’hôpital El  Shatby, affilié à l’université d’Alexandrie, qualifiant cette période de « pire moment de [sa] vie ».

Les incidents qu’elle a décrits comprenaient des abus verbaux et sexuels, du harcèlement sexuel pratiqué sous prétexte d’examens gynécologiques, et la réalisation d’épisiotomies et de soi-disant « points de suture du mari »* sans le consentement des patientes.

Parmi les faits problématiques, il y avait celui-ci : « Une femme est arrivée pendant le service de nuit après avoir survécu à un viol. Elle avait des saignements vaginaux et une déchirure de la paroi utérine. Elle était munie d’un rapport de police et accompagnée d’un agent. Les médecins, pourtant réputés, ont refusé de lui prodiguer les moindres soins, ne lui prescrivant ni contraception d’urgence ni ne l’orientant vers un centre de prévention du VIH. Lorsque j’ai protesté, ils m’ont dit de l’oublier, la traitant de prostituée en me demandant si je voyais bien ses vêtements et les cigarettes qu’elle avait sur elle. Puis, tranquillement, ils ont repris leur repas. »

Omnia Sweidan a également relaté de nombreux cas de violence et de harcèlement subis par des femmes lors d’examens gynécologiques de routine et d’accouchements. « J’ai vu une femme dont la vie était en danger, mais on a refusé de l’envoyer en soins intensifs parce qu’elle était enceinte. On refusait d’intervenir avant d’avoir obtenu le consentement écrit de son mari, qui se trouvait à l’étranger dans le Golfe, ou de son père ou de ses frères en Haute-Égypte. On a refusé d’accepter le consentement de sa mère car, selon eux, une femme n’a pas le droit de prendre une telle décision. »

Le lendemain de sa publication, les autorités égyptiennes ont arrêté la lanceuse d’alerte suite à une plainte déposée contre elle par des responsables hospitaliers. Elle a été inculpée de plusieurs infractions, notamment de diffusion de fausses informations et d’utilisation abusive des réseaux sociaux.

Après avoir entendu les arguments de la défense, le tribunal correctionnel économique de Bab Sharq a rendu son verdict le 4 juillet , l’acquittant du chef d’accusation d’atteinte aux valeurs familiales égyptiennes, mais la condamnant pour diffusion de fausses informations, en vertu des articles 102 bis/1 et 188 du Code pénal, et pour la création d’un compte en ligne dans l’intention de commettre un délit, en vertu de l’article 27 de la loi sur la cybercriminalité. Le tribunal l’a condamnée à six mois de prison avec un sursis de trois ans et à une amende de 20 000 livres égyptiennes (environ 400 dollars).

Parallèlement, la direction de l’hôpital a pris une décision interdisant aux médecins résidents, hommes et femmes, d’entrer dans les blocs opératoires.

Or, ceux et celles qui dissimulent la vérité contribuent à la perpétuation des violences et du harcèlement perpétrés par certains médecins et membres du personnel infirmier.

Les défenseur.ses des droits des femmes affirment que les violences obstétricales ne résultent pas simplement de fautes isolées ou d’erreurs individuelles. Elles trouvent leur origine dans le rapport de force inégal entre médecins et patientes.

Suite aux révélations, des femmes prennent la parole

Basma Mahmoud, une femme au foyer de 33 ans, a été insultée par un obstétricien-gynécologue alors qu’elle accouchait dans un hôpital public à bas coût, devant plusieurs parentes.

Elle confie à Medfeminiswiya que l’incident s’est produit après qu’elle a accouché prématurément et qu’elle a dû se rendre aux urgences rapidement. Le médecin l’a réprimandée parce qu’elle n’avait pas épilé son pubis. « J’ai accouché prématurément, je ne m’y attendais pas et je n’étais pas préparée, explique-t-elle. Le médecin s’est mis à me crier dessus, me traitant de « sale » et de « dégoûtante ». »

Les difficultés économiques expliquent en grande partie pourquoi de nombreuses femmes ont recours aux hôpitaux publics à bas coût. Alors que le prix d’une césarienne dans un hôpital public oscille généralement entre 3 000 et 6 000 livres égyptiennes (environ 60 à 120 dollars américains), il grimpe entre 15 000 et 30 000 livres égyptiennes (environ 300 à 600 dollars américains) dans un hôpital ou une clinique privée.

Nourhan Sayed, une femme au foyer de 28 ans, nous raconte comment, après un accouchement par voie basse, elle a subi plusieurs points de suture sans anesthésie. Elle explique que le médecin a réagi avec colère à ses cris de douleur et l’a couverte d’insultes et d’injures. Elle se souvient également de l’écart flagrant de traitement entre les patientes au sein de l’hôpital : « Une femme avait été admise grâce à des relations influentes. On la traitait comme une reine. Chaque infirmière veillait à ce qu’elle ne manque de rien. »

Un exemple des témoignages qui ont circulé sur Facebook après la prise de parole d'Omnia Sweidan.

Des violences pouvant entraîner la mort

Selon l’ Organisation mondiale de la Santé (OMS) , les violences obstétricales, ou mauvais traitements infligés lors de l’accouchement, englobent un ensemble d’abus commis contre les mères, et parfois le fœtus, avant, pendant ou après l’accouchement. Ces abus prennent de nombreuses formes, notamment les violences physiques, verbales et sexuelles, ainsi que le recours à des interventions médicales coercitives sans consentement éclairé. Ils comprennent également la négligence et la mauvaise prise en charge, comme le refus d’administrer des analgésiques, la violation de la vie privée des patientes ou le refus d’hospitalisation. Dans les cas les plus graves, des femmes sont confrontées à des complications potentiellement mortelles qui auraient pu être évitées, ou bien elles et leur nouveau-né sont retenus dans des établissements de santé faute de moyens pour payer les frais médicaux.

Les défenseur.ses des droits des femmes affirment que les violences obstétricales ne résultent pas simplement de fautes isolées ou d’erreurs individuelles. Elles trouvent leur origine dans le rapport de force inégal entre médecins et patientes. Le manque de connaissance des droits médicaux de nombreuses femmes, conjugué à l’étendue du pouvoir dont disposent les professionnels de santé, peut conduire à des interventions médicales réalisées sans leur participation active ni consentement éclairé. Ce problème dépasse le cadre des praticiens individuels et touche la structure même du système de santé.

Dans certains cas, les conséquences des violences obstétricales et des négligences médicales vont bien au-delà des souffrances physiques ou psychologiques immédiates, laissant des séquelles à long terme. Selon sa famille, c’est ce qui est arrivé à Madiha I. après sa césarienne dans une clinique privée de Deir Mawas, dans le gouvernorat de Minya, en Égypte.

Selon sa sœur, Madiha était en train de subir une césarienne lorsqu’une autre patiente en urgence est arrivée à la clinique. La famille affirme que le médecin a quitté Madiha avant d’avoir terminé de suturer sa cicatrice pour s’occuper de cette nouvelle patiente, et n’est revenu terminer les points de suture qu’une fois l’anesthésie dissipée. Sa sœur ajoute que Madiha a ensuite souffert de graves complications physiques et psychologiques qui l’ont empêchée de reprendre une vie normale.

L’OMS et les rapports internationaux sur les droits de l’homme affirment que les violences obstétricales ne constituent pas simplement une violation de la dignité ou une forme de violence psychologique, mais bien une cause majeure de décès et un obstacle important aux efforts mondiaux visant à réduire la mortalité maternelle.

La violence obstétricale est répandue, mais compte tenu des diverses formes de violence auxquelles les femmes sont confrontées à l’intérieur et à l’extérieur du foyer, beaucoup ne la reconnaissent pas comme une forme de violence justifiant une intervention immédiate ou un traitement psychologique pour en atténuer les effets et les conséquences à long terme.

La violence obstétricale n’est pas seulement une atteinte à la dignité ou une forme de violence psychologique, mais une cause majeure de décès et un obstacle important aux efforts mondiaux visant à réduire la mortalité maternelle.

Un sujet tabou

Une étude menée par le Dr Farida Mahgoub, publiée le 16 juin suite au témoignage du Dr Sweidan, montre une forte corrélation entre l’exposition à la violence obstétricale et la détérioration de la santé mentale maternelle après l’accouchement. Farida Mahgoub, chercheuse spécialisée dans les violences obstétricales et la santé maternelle et infantile, a conduit une enquête auprès de femmes de la région du Grand Caire (Le Caire et Gizeh). Selon ces travaux, 90 % des participantes avaient subi au moins une forme de violence obstétricale, tandis que 87 % présentaient des symptômes de dépression post-partum et environ 13 % souffraient de troubles de santé mentale.

La chercheuse a également mené une étude de terrain à l’hôpital Qasr El-Aini en 2018, où elle a constaté que certaines femmes avaient subi entre une et onze formes différentes de violence obstétricale. Elle affirme avoir fait l’objet de pressions et de menaces suite à ses conclusions, ce qui l’a incitée à lancer une initiative visant à éliminer la violence obstétricale par le biais de la Fondation Kayan en 2022.

Ibrahim Magdy, consultant principal en neurologie et psychiatrie à l’hôpital universitaire spécialisé Ain Shams, affirme qu’une dizaine de femmes qui consultent sa clinique chaque mois souffrent de dépression post-partum, et note que certaines d’entre elles ont subi des formes de violence obstétricale.

Ibrahim Magdy explique que les violences obstétricales peuvent laisser des séquelles psychologiques durables, notamment des traumatismes, une anxiété chronique et des cauchemars récurrents. Selon lui, ces effets peuvent nuire à la capacité d’une mère à prendre soin de son enfant et à créer un lien avec lui, et peuvent également perturber l’allaitement en raison d’ une anxiété intense et de la libération prolongée d’hormones de stress.

Soutien à Omnia Sweidan

Bien qu’il n’existe pas de texte de loi spécifique en Égypte érigeant la violence obstétricale en infraction distincte, de nombreuses pratiques relevant de cette catégorie, telles que les agressions physiques, les injures, les interventions médicales coercitives sans consentement et les atteintes à la vie privée des patientes, peuvent constituer des infractions pénales au regard du Code pénal égyptien et de la loi relative à la responsabilité médicale. Conformément à l’article 242 du Code pénal, les voies de fait ayant entraîné des lésions corporelles sont passibles d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans, les peines étant aggravées lorsque l’auteur est une personne chargée des soins de la victime.

Aujourd’hui, Omnia Sweidan paie le prix fort pour avoir révélé l’un des problèmes les plus sensibles du pays. Son arrestation a été suivie d’une campagne de diffamation orchestrée par plusieurs médias égyptiens.

Pourtant, les discussions sur la responsabilité juridique ne peuvent être dissociées du coût personnel supporté par les femmes et les travailleuses du secteur de la santé qui choisissent de rompre le silence et de dénoncer ces abus.

Dans ce contexte, l’écrivaine féministe Iman Ismail estime que l’acte d’Omnia Sweidan est d’un courage exceptionnel qui mérite d’être salué. En effet, en sa qualité de médecin et de témoin d’abus, elle a ouvert un dossier extrêmement sensible. Ismail est convaincue que le témoignage de Sweidan contribuera à sensibiliser le public aux violences obstétricales subies par les femmes. « Nombreuses sont les femmes, toutes classes sociales confondues, qui ignorent leurs droits ou les limites entre un traitement acceptable et un traitement inacceptable. En ouvrant un débat sérieux sur ce sujet, je suis persuadée que nous parviendrons à une meilleure prise de conscience de ces violations », affirme-t-elle.

Notes
* « Point de suture du mari » : Terme utilisé pour décrire l’ajout d’un point de suture supplémentaire lors d’une déchirure ou d’une incision périnéale après un accouchement par voie vaginale, dans le but de rétrécir l’ouverture vaginale, soi-disant pour augmenter le plaisir sexuel du mari.
Shaimaa El Youssef

Shaimaa El Youssef

Shaimaa El-Youssef est une journaliste égyptienne et autrice indépendante pour plusieurs journaux arabes.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

J'accepte les termes et conditions et la Politique de confidentialité .

Sur le même sujet

مقالات ذات صلة

Quand les espaces réservés aux femmes sont-ils un outil de libération, et quand deviennent-ils un outil de contrôle ?
Dossiers

Quand les espaces réservés aux femmes sont-ils un outil de libération, et quand deviennent-ils un outil de contrôle ?

Nour Souheil Jbeil
1 septembre 2026
En voyage avec les femmes de ma famille : « Pourquoi n’avons-nous pas commencé à organiser ces réunions plus tôt ? »
Dossiers

En voyage avec les femmes de ma famille : « Pourquoi n’avons-nous pas commencé à organiser ces réunions plus tôt ? »

Noor AlSayed
1 septembre 2026
Fatma Boufenik, l’économiste algérienne qui n’a jamais quitté la rue
En mouvement

Fatma Boufenik, l’économiste algérienne qui n’a jamais quitté la rue

Lynda Nacer
24 août 2026
L’écrivaine franco-algérienne, Malika Mokeddem : l’apprentissage du refus
En mouvement

L’écrivaine franco-algérienne, Malika Mokeddem : l’apprentissage du refus

Rania Hadjer
13 août 2026

DÉCOUVREZ NOTRE NEWSLETTER

Contenu original. Journalisme féministe. Livré à votre adresse email.

    Les plus aimés de la semaine

    Fatma Boufenik, l’économiste algérienne qui n’a jamais quitté la rue
    En mouvement

    Fatma Boufenik, l’économiste algérienne qui n’a jamais quitté la rue

    Lynda Nacer
    24 août 2026
    Quand les espaces réservés aux femmes sont-ils un outil de libération, et quand deviennent-ils un outil de contrôle ?
    Dossiers

    Quand les espaces réservés aux femmes sont-ils un outil de libération, et quand deviennent-ils un outil de contrôle ?

    Nour Souheil Jbeil
    1 septembre 2026
    La bataille des Algériennes pour accèder à l’espace public, du marché aux moutons aux stades de foot
    Non-mixité choisie

    La bataille des Algériennes pour accèder à l’espace public, du marché aux moutons aux stades de foot

    Douha Amrani
    1 septembre 2026
    En mouvement
    Explorations
    Dossiers
    Créations
    Interviews
    Opinions
    Monde
    En mouvement
    Explorations
    Dossiers
    Créations
    Interviews
    Opinions
    Monde

    Medfeminiswiya est un réseau féministe qui rassemble des femmes journalistes travaillant dans le domaine des médias et de la production de l’information dans la région méditerranéenne.

    • A propos
    • Contextes pays
    • Notre communauté
    • Devenir membre
    • Nos Partenaires
    • Charte Éditoriale
    • Mentions légales

    Suivez nous sur :

    Découvrez notre newsletter

    Contenu original. Journalisme féministe. Livré à votre adresse email.

      © 2026 Medfeminiswiya – Réseau méditerranéen pour l’information féministe

      Back to top

      Welcome Back!

      Login to your account below

      Forgotten Password?

      Retrieve your password

      Please enter your username or email address to reset your password.

      Log In

      Ajouter nouvelle playlist

      Pas de résultat
      Afficher tous les résultats
      • En mouvement
      • Explorations
      • Dossiers
      • Créations
      • Interviews
      • Opinions
      • Monde
      • it VO
      • fr Français
      • en English
      • ar العربية

      © 2026 Medfeminiswiya - Réseau méditerranéen pour l'information féministe

      Ce site n'utilise pas de cookies. This website does not use cookies. هذا الموقع لا يستخدم ملفات تعريف الارتباط.