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25 novembre, Giulia et demain… (1ère partie)

Cristiana Scoppa Cristiana Scoppa
27 novembre 2023
25 novembre, Giulia et demain… (1ère partie)

Le discours sur la violence contre les femmes a changé en Italie : au lendemain du féminicide de Giulia Cecchettin, s’armant d’une courage exemplaire sa sœur a su dénoncer la responsabilité d’un patriarcat systémique tandis que la rue italienne se mobilisait.

Cette publication est également disponible en : VO

La manifestation de ce 25 novembre à Rome s’est distinguée de celles que le mouvement transféministe « Non Una Di Meno » (NUDM) organise depuis 2015 pour insuffler à la Journée internationale contre la violence à l’égard des femmes un sens de lutte et d’engagement collectif. Cette fois-ci la manifestation est sorti de son lit : 500 mille personnes selon les organisatrices. A ne pas en croire ses yeux tant la place du Circo Massimo était noire de monde.

5/11/2023, manifestation à Rome, photo de Cristiana Scoppa

C’était une « marée », expression chère à NUDM, bruyante comme jamais auparavant où confluaient des milliers et des milliers de personnes – des femmes certes, des filles bien sûr, mais aussi beaucoup d’hommes et de garçons, des jeunes et des très jeunes. Cette humanité bigarrée a défilé pendant des heures en faisant tinter une multitude de trousseaux de clés telle une rébellion sonore contre une violence intra-familiale symbolisée par « les clés de la maison ». Cette marée était déterminée comme jamais, prête à « tout brûler » au cri de « Ensemble nous sommes venues, ensemble nous reviendrons, Pas une, Pas une de moins » et « Nous sommes le cri haut et féroce de toutes ces femmes qui n’ont plus de voix ».

Dans le cœur de chacun.e, un nom : celui de Giulia Cecchettin, 22 ans, originaire de Vigonovo, un village de la région de Padoue au Nord-Est de l’Italie, tuée par Filippo Turetta, son ex-petit ami, originaire d’un autre village des environs, Torreglia. Giulia et Filippo s’étaient rencontrés sur les bancs de la fac et suivaient le même cours d’ingénierie biomédicale. Le 12 novembre, Giulia était censée obtenir sa licence, tandis que Filippo avait pris du retard dans ses examens.

La manifestation de « Non Una Di Meno » à Rome et toutes celles qui ont eu lieu de Milan à Messina (Sicile), en passant par Turin et Naples, ont exprimé un immense élan de solidarité pour étreindre collectivement la sœur de Giulia, Elena Cecchettin, capable de faire faire au débat sur la violence de genre en Italie un bond en avant inattendu. Sachant débusquer les hommes – et les femmes – qui continuent à nier les privilèges du patriarcat, la discrimination de genre et la disparité de pouvoir entre hommes et femmes, Elena a su mettre en évidence les injustices qui légitiment et rendent la violence invisible.

Au-delà du féminicide, les projecteurs sont enfin braqués sur la violence quotidienne : économique, psychologique, verbale. Celle qui se nourrit de l’inégalité des pouvoirs.

Cette violence, qui revêt souvent la forme d’un contrôle obsessionnel de la part du partenaire, est devenue exponentielle à cause des réseaux sociaux et des smartphones, octroyant ainsi une nouvelle apparence 2.0 à l’objetisation de la femme, dont seul l’homme peut disposer à sa guise.

Un féminicide qui a secoué le pays

Le jour où Gino Cecchettin a lancé le premier appel pour signaler la disparition de sa fille Giulia, l’Italie a été partagée entre la peur et l’espoir. Mais parmi les femmes, une rumeur a commencé à se répandre aussi insistante qu’angoissante : « À mon avis, il l’a tuée ». L’appel conjoint du père de Filippo Turetta et de celui de Giulia demandant aux jeunes de rentrer chez eux n’a pas suffi à dissiper cette terrible appréhension.

Pessimisme ? Non ! Le féminicide étant devenu si fréquent en Italie où une femme est assassinée en moyenne tous les 3 jours. La liste de celles qui ont été tuées après avoir permis à leur ex de « se voir une dernière fois » est interminable.

Giulia n’est pas rentrée chez elle le soir du 11 novembre. La plainte de son père a déclenché l’enquête. C’est ainsi que l’homme qui avait appelé le 112 (numéro d’urgence des gendarmes), la veille au soir peu après 23 heures, s’est manifesté. Depuis son balcon donnant sur un parking de Vigonovo, non loin de la maison de Giulia, il avait vu un garçon donner des coups de poing et de pied à une jeune fille criant : « Arrête, tu me fais mal ».

La police n’est pas intervenue, elle n’a pas envoyé de voiture de patrouille à cause du « manque d’indices » pour repérer la voiture dans « un territoire aussi vaste ». On assiste là à la sous-estimation récurrente de la violence faite aux femmes, signalée à maintes reprises par les personnes travaillant dans les centres antiviolences comme une des formes courantes de la victimisation secondaire.

D’autres caméras ont filmé une seconde agression, une vingtaine de minutes plus tard, dans la zone industrielle de Fossò, à 6 km de là. Giulia qui tente de s’enfuir est frappée à plusieurs reprises, puis tombe et se cogne violemment la tête. Le garçon ramasse le corps, l’enferme dans le coffre et repart. Sur place, la police trouve d’importantes taches de sang, un morceau de ruban adhésif, un couteau dont la lame cassée mesure 21 cm de long.

« Le féminicide n’est pas un crime passionnel : le féminicide est un meurtre d’État, parce que l’État ne nous protège pas. »

Grâce aux relevés téléphoniques et aux caméras de surveillance une aire dans les environs de Pordenone est circonscrite. Les hélicoptères des pompiers la survolent longuement. C’est grâce au flair de Jagger, chien dressé pour retrouver des personnes vivantes, ou tout au plus mortes depuis 10 heures maximum, que le corps de la jeune fille est retrouvé le 18 novembre, alors qu’une semaine s’est déjà écoulée depuis sa mort. Elle a été cachée dans un ravin derrière un rocher recouvert de sacs en plastique, pratiquement invisible de la route.

Dans l’attente des résultats de l’autopsie, le juge émet l’hypothèse que Giulia soit morte « d’un choc hémorragique », c’est-à-dire exsangue : un crime « d’une férocité sans précédent ».

Entre-temps, La voiture du jeune homme est localisée en Autriche. Turetta est ensuite arrêté en Allemagne le 19 novembre, presque par hasard. Un passant a appelé la police pour signaler une situation potentiellement dangereuse : un automobiliste s’est arrêté sur le bas-côté de la route sans avoir allumé ses phares. Aux policiers allemands qui l’arrêtent, le jeune homme dira qu’il « n’a pas trouvé le courage » de mettre fin à ses jours.

Un avion militaire italien le récupère et le ramène en Italie le 25 novembre, tentant ainsi de masquer l’échec du gouvernement sur le front de la prévention par un succès sur le front de la criminalité.

La culture patriarcale derrière les féminicides

« Filippo n’est pas un monstre, c’est le fils sain du patriarcat. »
5/11/2023, manifestation à Rome, photo de Cristiana Scoppa.

Giulia Cecchettin est le féminicide n° 105 en Italie pour l’année 2023. A l’heure où nous écrivons ces lignes, les femmes tuées par leur partenaire sont au nombre de 107, et qui sait s’il n’aura pas augmenté au moment de la publication de cet article. L’année dernière, 106 femmes ont été assassinées.

Mais ce qui fait la différence cette fois-ci, ce sont les mots de la sœur de Giulia, Elena Cecchettin.

Elena a 24 ans et étudie à Vienne. Elle rentre immédiatement en Italie lorsque sa sœur disparaît. Elle soutient son père dans toutes ses démarches. Elle intervient sur les réseaux sociaux. Elle raconte la manie de contrôle de Filippo, sa jalousie obsessionnelle, la situation devenue insupportable au point que Giulia avait décidé de mettre fin à leur relation. Mais cela n’a pas suffi, il a continué à la tourmenter.

Le 19 novembre, le lendemain de la découverte du corps de sa sœur, Elena est interviewée par l’émission Diritti e rovesci, sur Rete 4 de Mediaset. Regard fixe sur la caméra, malgré son émotion, la jeune femme dit très clairement au pays ce qu’il refuse d’entendre, et que les féministes répètent pourtant depuis 50 ans : « Ces jours-ci, les gens ont entendu parler de Turetta, et beaucoup l’ont qualifié de « monstre » et de « malade ». Mais ce n’est pas un monstre. Le monstre est l’exception de la société, celui qui sort de la norme – affirme-t-elle lucidement. Lui est un enfant sain de la société patriarcale, qui est imprégnée de la culture du viol. La culture du viol est faite d’actions qui visent à restreindre la liberté de la femme : vérifier un téléphone, être possessif, faire du « catcalling ».»

«… Tous les hommes doivent redoubler d’attention : ils doivent rappeler à l’ordre l’ami qui drague les passantes, ils doivent rappeler le collègue qui vérifie le téléphone de sa copine. Il faut être hostile à ces comportements qui peuvent paraître anodins, mais sont un prélude au féminicide ».

Et encore : « Le féminicide n’est pas un crime passionnel : le féminicide est un meurtre d’État, parce que l’État ne nous protège pas. Il faut instaurer l’éducation sexuelle et affective dans les écoles pour prévenir ces choses. Il faut financer les centres antiviolences pour que les femmes puissent demander de l’aide si elles en ont besoin. »

Lorsque le journaliste tente de l’interrompre, préoccupé peut-être par cette mise en cause brutale du gouvernement qui a réduit de 70 % les fonds destinés à la prévention de la violence, de 17 millions en 2022 à 5 millions en 2023, Elena Cecchettin rétorque sans mâcher ses mots : « Pour Giulia, ne restez pas en silence pendant une minute. Pour Giulia, brûlez tout ».

 

Continuez la lecture ici.

Cristiana Scoppa

Cristiana Scoppa

Née à Rome d'un père de Naples, métropole méditerranéenne, et d'une mère allemande originaire de Kiel, port de la Mer du Nord, l'union de ces deux hémisphères culturels et géographiques – l'Europe du Nord et la Méditerranée – a été le point de départ de ses explorations du monde, qui l'ont menée principalement en Afrique. Elle a appris le métier de journaliste dans le cadre de sa pratique féministe, en rejoignant la rédaction de la revue historique "Noidonne" (Nous, femmes) à l'âge de 26 ans. Depuis lors, elle n'a cessé de collaborer avec diverses institutions et de nombreuses organisations de femmes, s'occupant de la conception et de la gestion de projet, de communication, de plaidoyer et de formation participative. Elle a fait partie de l'équipe de BabelMed, avec laquelle elle a affiné sa vision de la Méditerranée. Elle a une chienne magnifique, Stella, qui l’accompagne (presque) partout.

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