A propos
  • it VO
  • fr Français
  • en English
  • ar العربية
Pas de résultat
Afficher tous les résultats
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
  • En mouvement
  • Explorations
  • Dossiers
  • Créations
  • Interviews
  • Opinions
  • Monde
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
  • En mouvement
  • Explorations
  • Dossiers
  • Créations
  • Interviews
  • Opinions
  • Monde
Pas de résultat
Afficher tous les résultats
Medfeminiswiya - Média féministe méditerranée
Accueil Explorations

Sana Ben Achour : « l’État s’est dérobé à ses promesses d’éradiquer les violences de genre »

Olfa Belhassine Olfa Belhassine
24 novembre 2021
Sana Ben Achour : « l’État s’est dérobé à ses promesses d’éradiquer les violences de genre »

Aux graves manquements de l'État pour combattre en profondeur la violence à l’égard des femmes, on assiste en Tunisie à une régression sur les questions essentielles d'égalité en droit. Entretien avec Sana Ben Achour, Présidente de l’Association Beity.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais) العربية (Arabe)

Olfa Belhassine :  L’État tunisien, à votre avis, fait-il assez pour protéger toutes les femmes de la violence et des situations d’urgence auxquelles elles font face ?

Sana Ben Achour : Mon jugement va vous paraître sévère et injuste vis-à-vis d’un État qui a fait plus que les autres pays de la région et qui passe pour un modèle de féminisme. Je pense que l’État s’est dérobé aujourd’hui  à ses promesses d’éradiquer les violences de genre – s’il ne s’est pas détourné totalement d’elles. La loi organique contre les violences à l’égard des femmes attend encore à ce jour les textes d’application sur la prise en charge multisectorielle : l’information juridique, l’aide légale, les soins, l’hébergement, le fonds de réparation.

Un décret gouvernemental 2020-582 sur les centres d’écoute et de prise en charge a bien été adopté au mois d’août 2020. Mais  il organise en réalité  le retrait de l’État. Ce dernier s’est débarrassé de la question sur les associations en leur faisant miroiter la chimère d’un « droit de priorité au financement public » dont personne ne comprend la consistance.

Les ordonnances de protection peinent à se généraliser à l’ensemble des tribunaux en charge. La procédure d’urgence n’est pas respectée. Le désistement, prohibé par la loi qui fait de la violence de couple une action publique, est admis. Des  moyens de preuve impossibles à réunir sont toujours exigés sous couvert de neutralité du droit. Une victimisation secondaire  des femmes est pratiquée en cas de plainte et même au cours de l’audience. Des circonstances atténuantes sont accordées à l’agresseur.

La loi organique contre les violences à l’égard des femmes attend encore à ce jour les textes d’application sur la prise en charge multisectorielle : l’information juridique, l’aide légale, les soins, l’hébergement, le fonds de réparation.

Aucun budget n’a été affecté à la question de lutte contre les violences faites aux femmes. Dans les régions la situation est encore plus intenable. Les instances de coordination contre les violences faites aux femmes  ne sont pas toutes mises en place. Elles sont dépourvues de moyens et ne disposent pas encore de protocoles  de prise en charge. Sans l’intervention des associations et quelques exemples de bonnes pratiques collaboratives, comme celle de L’observatoire contre les violences, lui-même en cours de consolidation, la situation serait des plus catastrophiques.

A ces manquements, il faut ajouter la régression sur les questions essentielles d’égalité en droit. Il n’y a pas de traitement de la violence sans traitement des inégalités de genre instituées et reproduites par la  loi. Tous les projets de lois sur l’égalité dans l’héritage, le code des libertés individuelles,  sont en suspens, voire renvoyés  d’un trait de plume aux calendes grecques. Aucun débat n’est possible sur le Code du statut personnel devenu au fil de ses 60 ans une arme contre les femmes, un vecteur de déni, de discorde et de reproduction d’un modèle patriarcal obsolète comme la dot, « le mari chef de famille », la tutelle, « les enfants trouvés », sans compter le dérisoire des pensions de divorce, des pensions alimentaires des enfants mineurs etc.

Enfin, il ne faut pas oublier le Code pénal dont certaines dispositions répressives – léguées d’un autre temps – sont une véritable insulte à la dignité : l’article 230 qui pénalise l’homosexualité et légitime des pratiques de tests proches de la torture et du traitement cruel et inhumain, la prostitution considérée encore comme un délit féminin, l’adultère ou la mendicité délits mineurs qui donnent  lieu encore à des peines privatives de libertés.

L’on est bien loin de ce qu’exige une politique publique d’éradication des violences à l’égard des femmes digne de foi. Il est même question d’une sorte de retour à une politique familialiste avec le projet du « médiateur familial ».

Tags: Anti-violence
Olfa Belhassine

Olfa Belhassine

Olfa Belhassine a travaillé en tant que journaliste au quotidien La Presse de Tunisie de 1990 à 2023. Après la Révolution de 2011, elle publie sur Libération, Le Monde et Courrier International des articles témoignant de son expérience de journaliste avant et après la chute du régime du président Ben Ali. En 2013, elle obtient le premier Prix du journalisme du Centre de la Femme arabe pour son enquête sur le mariage coutumier en Tunisie publiée sur le journal La Presse. Elle est depuis 2015 la correspondante en Tunisie de JusticeInfo.net, un site spécialisé dans la justice transitionnelle à travers le monde. Avec Hedia Baraket, Olfa Belhassine a publié, en 2016, un livre intitulé "Ces Nouveaux Mots qui font la Tunisie", une analyse approfondie sur la transition politique en Tunisie après la révolution.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

J'accepte les termes et conditions et la Politique de confidentialité .

Sur le même sujet

مقالات ذات صلة

« Libres et Entières » : à Tours, une journée pour briser le silence sur l’excision
Explorations

« Libres et Entières » : à Tours, une journée pour briser le silence sur l’excision

Rania Hadjer
23 mars 2026

مقالات ذات صلة

L’avortement en Turquie : légalement autorisé mais interdit dans les faits
Explorations

L’avortement en Turquie : légalement autorisé mais interdit dans les faits

Contributrice Medfeminiswiya
27 septembre 2021

DÉCOUVREZ NOTRE NEWSLETTER

Contenu original. Journalisme féministe. Livré à votre adresse email.

    مقالات ذات صلة

    Contrôle des naissances : droit ou stratégie politique?
    Explorations

    Contrôle des naissances : droit ou stratégie politique?

    Caline Nasrallah
    27 septembre 2021

    مقالات ذات صلة

    Dossiers

    Laura Cima : « Retrouver la richesse et l’empathie relationnelle du féminin face à la prédation systématique des ressources »

    Federica Araco
    8 mars 2025

    Les plus aimés de la semaine

    En Méditerranée : les droits et les libertés sexuels et reproductifs sous pression
    Droits sexuels et reproductifs en Méditerranée

    En Méditerranée : les droits et les libertés sexuels et reproductifs sous pression

    Olfa Belhassine
    11 décembre 2025
    Elles ont 60, 70 ans et plus, et alors ?
    Vieillesse et femmes

    Elles ont 60, 70 ans et plus, et alors ?

    Olfa Belhassine
    16 mars 2026
    Au Bain des Dames, une mise à nue sur la plage de Marseille
    Vieillesse et femmes

    Au Bain des Dames, une mise à nue sur la plage de Marseille

    Olfa Belhassine
    16 mars 2026
    En mouvement
    Explorations
    Dossiers
    Créations
    Interviews
    Opinions
    Monde
    En mouvement
    Explorations
    Dossiers
    Créations
    Interviews
    Opinions
    Monde

    Medfeminiswiya est un réseau féministe qui rassemble des femmes journalistes travaillant dans le domaine des médias et de la production de l’information dans la région méditerranéenne.

    • A propos
    • Contextes pays
    • Notre communauté
    • Devenir membre
    • Nos Partenaires
    • Charte Éditoriale
    • Mentions légales

    Suivez nous sur :

    Découvrez notre newsletter

    Contenu original. Journalisme féministe. Livré à votre adresse email.

      © 2026 Medfeminiswiya – Réseau méditerranéen pour l’information féministe

      Back to top

      Welcome Back!

      Login to your account below

      Forgotten Password?

      Retrieve your password

      Please enter your username or email address to reset your password.

      Log In

      Ajouter nouvelle playlist

      Pas de résultat
      Afficher tous les résultats
      • En mouvement
      • Explorations
      • Dossiers
      • Créations
      • Interviews
      • Opinions
      • Monde
      • it VO
      • fr Français
      • en English
      • ar العربية

      © 2026 Medfeminiswiya - Réseau méditerranéen pour l'information féministe

      Ce site n'utilise pas de cookies. This website does not use cookies. هذا الموقع لا يستخدم ملفات تعريف الارتباط.