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« Écrire l’histoire des femmes, c’est sortir du silence où elles étaient plongées », écrit l’historienne et féministe française Michelle Perrot dans Mon histoire des femmes.
Pourquoi cette invisibilité ?
Michelle Perrot avance une première explication : « Parce qu’on voit moins les femmes dans l’espace public, le seul qui pendant longtemps méritait intérêt et récit. »
À cette relégation dans la sphère privée s’ajoute le silence des sources, autre raison souvent invoquée pour expliquer leur absence des livres d’histoire. Les femmes ont laissé moins de traces directes, écrites ou matérielles, notamment parce que leur accès à l’écriture, à l’éducation et aux espaces de production des archives a longtemps été limité. Face à ces silences, les historiennes féministes ont exploré d’autres voies pour faire émerger ces mémoires invisibilisées : recueillir des témoignages oraux, exhumer des journaux intimes, interroger les archives familiales, documenter des savoir-faire artisanaux et domestiques. Autant de traces longtemps considérées comme secondaires, mais qui permettent aujourd’hui de restituer des pans entiers de l’histoire des femmes.
Ce nouveau dossier de Medfeminiswiya entend faire émerger des parcours de femmes et des expériences collectives trop souvent relégués aux marges du récit historique dominant. Il nous entraîne d’abord dans une bibliothèque qui conserve et fait vivre les archives des femmes en Turquie, puis en France dans un village basque où se répare la mémoire meurtrie des femmes accusées de sorcellerie. Il nous invite également à explorer la place accordée aux femmes dans les manuels scolaires tunisiens et à suivre un parcours féministe à travers Istanbul, sur les traces des artistes plasticiennes longtemps réduites au silence sur l’avenue Istiklal.
Le dossier se poursuit par un focus sur les mémoires de femmes en résistance : une moudjahida algérienne, des Italiennes engagées contre le nazisme, des combattantes libanaises du Sud-Liban, d’anciennes prisonnières palestiniennes, ainsi que des artistes femmes du dengbêj, en lutte pour reprendre leur place au sein de cet art traditionnel de chants narratifs du Kurdistan turc.
À travers ces récits, nos journalistes prennent aussi part à un travail de mémoire essentiel : rendre aux femmes leur place dans l’Histoire, faire entendre leurs voix et transmettre leurs expériences. Une manière de contribuer à réécrire un récit collectif plus complet, plus juste et plus inclusif.







