Au micro, les prises de parole posent le cadre : « Aujourd’hui nous marchons. Pas pour demander la permission d’exister, mais pour affirmer que nous sommes là : visibles, fières, en lutte, et en colère. » Le mot d’ordre est explicite : lutter contre le fascisme.
La Dyke March (marche gouine*) s’est construite en amont. L’appel a été lancé le 8 avril par COLERE Lyon (Collective Lesbienne Révolutionnaire). Le 17 avril, une pré-soirée intergénérationnelle s’est tenue au Centre LGBTI de Lyon, avec une exposition du Collectif lesbien lyonnais sur l’histoire des marches des fiertés. Quelques jours plus tard, au Café Rosa, lieu féministe et queer, un atelier pancartes préparait déjà la rue.
En tête, une performance de la danseuse militante Mélissa Lavanda. Derrière, la batucada militante d’Acabatuqueer et des Battantes, les percussionnistes de l’association de prévention contre les violences conjugales et sexistes Filactions donnent le rythme. L’ambiance est festive, mais la colère affleure.
Soso, une manifestante, observe avec regret : « Les lesbiennes ne sont toujours pas assez visibles dans les mouvements LGBTQIA+. » Elle rappelle aussi les liens avec les personnes trans, « toutes deux régulièrement remises en question dans les milieux féministes ». Historiquement, certains courants féministes sont par exemple réticents à porter des revendications spécifiques aux lesbiennes, accusées d’être « anti-hommes ».
« Gouines ! Gouines ! ANTIFA ! »
Les organisatrices évoquent un climat local marqué par les violences d’extrême droite ; la manifestation néofasciste du 21 février qui a rassemblé plus de 3000 personnes et notamment plusieurs figures violentes des collectifs identitaires en hommage au militant néonazi Quentin Deranque tué le 14 février dernier ; les vandalisations répétées de la mosquée Koba dans le 1er arrondissement, celles de la librairie militante Plume Noire (un lieu de vie et de rencontres autogéré par les militant.es de la Coordination de Groupes Anarchistes) ; les menaces visant l’organisation syndicale CGT et le parti La France insoumise, ou encore les intimidations racistes et xénophobes de la part du groupe identitaire La Concorde contre le Planning familial.
« Les lesbiennes ne sont toujours pas assez visibles dans les mouvements LGBTQIA+. »
Les discours dénoncent aussi l’implantation d’organisations antiféministes, comme Familia, financée par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin et une évolution politique inquiétante avec la montée du Rassemblement national et le passage de la métropole de Lyon à droite, ce qui a mené à la suppression de la vice-présidence de la lutte contre les discriminations et pour l’égalité femme-homme.
Ils rappellent aussi des violences récentes. Le meurtre présumé de Ismaël Aali par un fasciste début janvier et qualifié de raciste par la justice, ou le décès de Caroline Grandjean, directrice d’école qui après des années de harcèlement lesbophobe, qu’elle avait pourtant signalé, se suicide en septembre 2025. Associations et collectifs féministes et lesbiens analysent sa mort comme étant le résultat d’une violence systémique. Pour beaucoup, elle a été « tuée » par l’inaction institutionnelle face à la lesbophobie. Clémence, autre marcheuse, insiste : « Il faut une reconnaissance de la lesbophobie par l’État. »
L’Observatoire des inégalités, rapporte que le nombre d’attaques homophobes et transphobes recensées a triplé entre 2016 et 2024 en France. La police et la gendarmerie ayant enregistré plus de 3000 crimes LGBTphobe.
L’Observatoire des inégalités, rapporte que le nombre d’attaques homophobes et transphobes recensées a triplé entre 2016 et 2024 en France.
À la veille d’un rassemblement anti-IVG
Un autre élément cristallise les tensions ce jour-là : le lendemain, une marche contre l’avortement est annoncée à Lyon. Ce rassemblement est organisé par Aliette Espieux, porte-parole de la Marche pour la Vie qui a organisé la marche néonazie du 21 février.
Cette proximité entre luttes anti-IVG et extrême droite est régulièrement dénoncée par des associations féministes en France.
Dans le cortège, la prise de position est nette. Impossible de dissocier la lutte pour les droits des lesbiennes de celle pour le droit à l’avortement et donc par extension à disposer de son corps.
Dans la foule, Émilie explique : « L’une des principales luttes aujourd’hui, c’est la procréation médicalement assistée (PMA) pour tous.tes et l’adoption pour la deuxième maman. »**
« La lutte est collective ! »
La Dyke March revendique une convergence des luttes. « Nos vies lesbiennes sont politiques », martèlent les organisatrices, appelant à soutenir les personnes racisées, les personnes en exil et les peuples victimes d’impérialisme notamment le peuple iranien, le peuple kurde, le peuple ouïghour, le peuple vénézuélien, le peuple cubain, le peuple palestinien, le peuple soudanais, le peuple congolais, le peuple libanais et le peuple kanak.






