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« Me voici, et voici mes enfants : Samar, Jojo (George) et Najib, que nous avons nommé d’après son grand-père », raconte Maryam Khoury qui vit toujours avec sa famille à Marjayoun dans son village du sud du Liban, malgré les bombardements et le danger.
Lorsqu’on lui demande pourquoi les femmes du village n’ont pas quitté leurs maisons pour chercher refuge ailleurs avec le reste de la population déplacée, Maryam répond : « Si nous quittons nos maisons, où irons-nous ? Et qui peut garantir que nous les retrouverons ici, debouts, à nous attendre ? »
À Deir Mimas et Burj al-Muluk, en passant par Rmeish et Qlay’aa et dans de nombreuses zones frontalières du Sud, dans les districts de Marjayoun et Bint Jbeil (1) vivent des femmes qui résistent fermement aux bombardements, aux tentatives de modifier l’identité de la région et à celles de certains groupes armés d’utiliser des zones sûres à des fins militaires.
Dans ces villages frontaliers, hors du contrôle du Hezbollah, l’un des belligérants, la plupart des familles ont choisi de rester malgré les avertissements, les menaces et les bombardements qui visaient la périphérie des villages et leurs environs.
« Si nous quittons nos foyers, où allons-nous ? Et qui peut garantir que nous les retrouverons là, debout, à nous attendre ? »
Le 2 mars 2026, suite au déclenchement de la guerre contre l’Iran menée par Israël et les États-Unis, le Hezbollah a lancé des roquettes vers Israël en représailles à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. Israël a riposté par des frappes aériennes sur la capitale libanaise, Beyrouth, avant que les attaques ne se propagent à l’ensemble du Liban.
Les frappes ont touché de nombreuses régions du Liban, notamment le cœur de Beyrouth, en plus des opérations terrestres dans le Sud, qui ont entraîné le déplacement de plus d’un million de personnes.
Rester, un choix difficile, aux multiples conséquences

« Nous sommes confrontés à d’immenses défis à cause de la guerre que nous vivons aujourd’hui, une guerre qui ne nous concerne pas. Nous faisons de notre mieux pour rester résilients, pour nos enfants et pour notre propre survie, jusqu’à ce que cette guerre – qui nous a été imposée contre notre gré – prenne fin », déclare Hala Najm, une militante de la ville de Jdeidet Marjayoun.
« Nous subissons une forte pression psychologique et souffrons quotidiennement à cause de cette guerre, ajoute-t-elle. Nous avons également perdu nos emplois, qui nous permettaient de subvenir à nos besoins quotidiens. Nous n’avons pas d’emploi stable nous assurant un revenu mensuel. Alors que la guerre s’étend jour après jour, avec ses répercussions, nous sommes de plus en plus inquiets de ne plus pouvoir subvenir à nos besoins essentiels. Sans parler de l’épuisement psychologique, du manque de sommeil et de la peur. »
« La situation est également difficile en ce qui concerne nos enfants. Mais nous devons les soutenir, essayer d’apporter un peu de réconfort, un peu de joie à leurs petits cœurs », poursuit-elle.
Hala estime que la guerre touche les femmes de manière disproportionnée en raison des responsabilités qui leur incombent : préparer les repas et s’occuper des enfants pendant le conflit, gérer les tâches quotidiennes et l’école, le tout avec un accès limité à Internet.
Hala travaille avec d’autres militants pour obtenir de l’aide et des produits de première nécessité pour ces régions, qui souffrent d’un quasi-isolement en raison de l’absence de l’État et des bombardements, des actes de terrorisme et des menaces israéliennes exigeant l’évacuation de plusieurs villages et villes du sud.
Elle explique que son empressement à aider les résidents a instauré un climat de confiance. Dès qu’ils ont besoin de quoi que ce soit, ils la contactent. « Ils ont le sentiment de pouvoir compter sur quelqu’un, explique-t-elle, et je suis devenue une source de réconfort pour beaucoup. Je ne peux pas les abandonner, surtout les personnes âgées. »
Concernant la difficulté à subvenir aux besoins quotidiens des personnes déplacées, Hala explique que le problème réside dans l’arrivée tardive de l’aide, due aux difficultés de sa distribution dans les circonstances actuelles.
Israël a ciblé les routes menant à la plupart de ces zones par des frappes aériennes ces deux dernières semaines, rendant l’accès difficile et dangereux. Selon certaines sources, l’aide humanitaire et les déplacements sont désormais assurés par la route Hasbaya-Bekaa, malgré la distance. Cet itinéraire est pratiquement la seule option restante pour les habitants, qui luttent pour survivre dans ce contexte de quasi-siège et subvenir à leurs besoins essentiels et gérer leur quotidien.
Selon Hala, les travaux progressent rapidement, en coordination avec la municipalité, pour sécuriser et distribuer les rations alimentaires et les produits de nettoyage.
« En temps de guerre, chaque choix est difficile. »
Le déplacement de masse se poursuit
« Qu’est-ce qui est le plus difficile : rester ou être déplacé ? » demandons nous à Maryam. Elle marque une pause, puis dit : « Beaucoup de mes amis et voisins sont partis. Quand on se réveille aux sons des bombardements et des frappes aériennes, je pense à eux, et parfois c’est difficile de les contacter à cause de la mauvaise connexion internet. »
« En temps de guerre, chaque choix est difficile, poursuit-elle. J’avais une boutique de vêtements en ligne, et maintenant je ne vends plus un seul vêtement. Les personnes déplacées ont aussi perdu leur emploi et leurs moyens de subsistance. C’est une catastrophe. Mon mari travaille comme journalier dans le bâtiment et il a lui aussi perdu son travail à cause de la guerre. Tout est difficile. »
« Je peux tout supporter, conclut Maryam, mais comment expliquer la guerre à mes enfants ? Comment répondre à leurs questions ? Ils veulent savoir quand cela finira, pourquoi nous sommes bombardés, qui est responsable… où les mères trouvent-elles les réponses ? »
Le ministère libanais de la Santé a annoncé que le nombre de morts causés par les frappes aériennes israéliennes sur le Liban depuis le début de la guerre au Moyen-Orient a dépassé les 1 000, y compris des enfants et des femmes, depuis l’entrée en guerre du Hezbollah le 2 mars.
À l’instar des femmes résilientes et pacifiques de ces villages frontaliers libanais, le monde connaît aujourd’hui le plus grand nombre de conflits actifs depuis 1946, engendrant des risques et des souffrances sans précédent pour les femmes et les filles. Actuellement, quelque 676 millions de femmes vivent à moins de 50 kilomètres de zones de conflit meurtrières, un niveau jamais atteint depuis les années 1990, selon le rapport 2025 du Secrétaire général de l’ONU « Femmes, paix et sécurité ».




