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« Je n’avais qu’une solution, porter mon bébé et courir dans les rues. Je n’ai pu prendre que mon sac à main et deux couches », explique Ruba, une survivante syrienne du tremblement de terre du 6 février 2023, qui a fauché des dizaines de milliers de vies et causé le déplacement de millions de personnes ainsi que des milliers de blessés.
L’organisation humanitaire Action Aid rappelle que « les femmes et les filles sont parmi les plus touchées par le tremblement de terre en Turquie et en Syrie. Effectivement, la situation des femmes, des filles et des communautés marginalisées en général, s’est compliquée à la suite de ce séisme au point de devenir de plus en plus inquiétante ». Action Aid exprime sa préoccupation à l’égard du « manque de soutien spécial pour les femmes et les filles. Celles qui ont leurs règles, qui sont enceintes ou qui allaitent et dont les besoins sont spécifiques ».
En d’autres termes, le séisme du 6 février n’est rien d’autre qu’une catastrophe de plus qui pèse sur les populations de Syrie et de Turquie. Il est inutile de dire que les femmes des deux états ont payé le prix le plus élevé tout au long de la guerre de 2011 à ce jour.
A cet effet, la directrice régionale de l’organisation Action Aid, Racha Nasser-Eddine, a déclaré dans une interview : « Nous savons que souvent les femmes et les filles souffrent le plus lors des urgences humanitaires. La violence à leur encontre augmente et elles courent un plus grand risque d’exploitation. Elles ne peuvent pas accéder à des services tels les soins médicaux nécessaires encourant des risques de complications. Les femmes menstruées, par exemple, devront également gérer leurs règles sans produits adéquats, ni intimité ».
Dans un rapport des Nations Unies publié en 2020, il est indiqué qu’un cinquième des familles syriennes est dirigé par des femmes, ce qui constitue une augmentation de 80 % par rapport à 2011.
Les femmes durant la guerre syrienne, et différents conflits et catastrophes, paient le prix fort d’une violence effrénée qui affecte leurs corps…
Comme dans toutes les crises, la priorité est donnée à l’alimentation de base ou à l’aide médicale tandis que les besoins particuliers des femmes, tels que les serviettes hygiéniques et les médicaments pour les menstrues son marginalisés. Quant aux femmes enceintes et qui allaitent, elles doivent supporter l’insuffisance ou l’absence de couches et de nourriture pour les enfants.
Paradoxalement, quelques jours après le séisme, beaucoup de personnes, qui avaient été placées dans des camps ou dans des abris dangereux, ont commencé à faire circuler des récits de femmes victimes de harcèlement à l’intérieur de ces centres. Cela n’est pas le fruit de l’imagination, car les femmes durant la guerre syrienne, et différents conflits et catastrophes, paient le prix fort d’une violence effrénée qui affecte leurs corps. Nombreuses femmes ont été victimes de harcèlement, de viol, de violence physique et sexuelle dans les prisons, chez elles, et même dans les camps des pays d’accueil.
« Je devais m’occuper d’un bébé dans un refuge qui en accueille des centaines dans un endroit exigu. Le peu d’aide a été retardée, je n’avais ni lait ni couches, et j’ai été obligée d’allaiter mon bébé, dans un endroit sans intimité, en plus du froid mordant », raconte Ruba qu’une collègue bénévole dans l’aide aux sinistrés nous a permis de contacter à Alep.
De son côté, le Fonds des Nations unies pour la population indique que parmi les survivants des tremblements de terre qui ont frappé la Turquie et la Syrie, environ 356 000 femmes enceintes ont un besoin urgent d’accéder à des services de santé reproductive.
C’est connu, les femmes sont les plus touchées en cas de catastrophe, et le séisme de février 2023 ne fait pas exception. Malheureusement, leurs besoins ne sont pas pris en considération. Les survivantes du tremblement de terre, avec qui nous nous sommes entretenus, se plaignent de l’incapacité de l’aide à prendre en compte le besoin des femmes après une catastrophe naturelle. Ainsi, ces dernières ont été forcées de rester dans des abris surpeuplés, où elles souffrent du manque de toilettes séparées, de produits sanitaires, de lieux pour se laver. Cela suscite chez elles de l’anxiété en ce qui concerne leur sécurité et celle de leurs enfants, notamment dans le nord de la Syrie où l’arrivée des secours, des équipes de secours et du matériel a été fortement retardée.







