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Elle fait autorité mais reste invisible : la faiblesse de Giorgia Meloni

Monica Lanfranco Monica Lanfranco
1 novembre 2022
Elle fait autorité mais reste invisible : la faiblesse de Giorgia Meloni

Nous sommes nombreuses à avoir été ravies de voir cette femme de 40 ans clouer le bec du satrape délirant (Silvio Berlusconi, ndt.) en lui rappelant qu’elle ne tolérerait aucune forme de chantage, et ce avant de traverser la cour et les salles du Quirinal pour recevoir sa charge des mains du Président de la République.

“Comment ça va ? » cette question, aujourd’hui, lorsque nous la posons à nos amies féministes ou lorsqu’elle nous est adressée, ne peut manquer de contenir une allusion à notre réalité politique : nous avons en Italie, pour la première fois et depuis quelques jours, une femme à la tête du gouvernement, mais nous ne nous en réjouissons pas beaucoup, nous qui pourtant avons, au gré des décennies, désiré, étudié, discuté, travaillé dans ce but.

Et pourtant, aujourd’hui, nous ressentons des émotions discordantes devant notre semblable se tenant sur les photos avec des hommes (souvent) peu présentables, en second plan bien malgré eux, ou encore marchant, avec ou sans talons, sur des tapis jamais foulés auparavant par des jambes de femmes endossant ce rôle.

 

« Une femme seule aux commandes » est le mantra repris à l’unisson par presque toute la presse. Car cet énoncé au féminin sonne comme quelque chose d’étrange et d’inédit par rapport à la même phrase au masculin. Et de fait, elle est inédite parce que jusqu’à présent, seuls des hommes ont été aux commandes. Mais attention : si l’habitude de considérer le pouvoir comme une affaire d’hommes nous a fait prendre pour acquis la solitude du chef, la nouveauté d’une femme aux commandes touche d’autres cordes sensibles.

En attendant, le féminisme qui a engagé une discussion sur le pouvoir – variée, vaste et ininterrompue – a permis de prendre conscience que si celui-ci se concentre autour d’une seule et même personne, au lieu d’être à toutes, alors rien ne change par rapport à la domination masculine patriarcale dans laquelle nous avons vécu des siècles durant.

Lidia Menapace a expliqué qu’en cessant de considérer le mot « pouvoir » comme le substantif de l’absolu, mais en l’employant plutôt comme un verbe auxiliaire, l’attention – tant théorique que pratique –  se porterait sur son action véritablement centrale, ce qui dépotentialiserait précisément l’absoluité du pouvoir, libérant d’autres gestes et situations possibles.

« Femme, vie, liberté » crient les femmes iraniennes au risque de leur vie, qu’elles perdent souvent, en reliant la différence féminine à deux concepts clés qui, dans le débat féministe italien, font aujourd’hui l’objet d’âpres affrontements intellectuels. Ainsi tandis qu’à l’intérieur et à l’extérieur des amphithéâtres universitaires, des cercles, des groupes et des mouvements, nous débattions de la question de savoir s’il fallait être à l’intérieur ou à l’extérieur des institutions, et de la manière d’interpréter les concepts de vie et de liberté, Giorgia Meloni se frayait un chemin vers le sommet du pouvoir, comme personne à gauche n’a su le faire, en convainquant des millions de femmes et d’hommes de voter pour elle et pour son parti clairement d’extrême droite.

 

Je sais, par expérience directe, et partagée avec beaucoup d’autres, combien il était et reste difficile à gauche et au sein du féminisme de penser à comment (et si) participer à l’espace public institutionnel, éventuellement avec une formation politique : parce que pour élire et être élu, nous avons encore besoin de partis.

Dans le très bref espace qui s’est ouvert en Europe, en 2014, avec la victoire du parti féministe suédois IF qui fit élire une de ses représentantes au Parlement de Strasbourg, certaines en Italie ont bercé l’utopie de construire une expérience similaire dans leur propre pays. Une utopie, en effet, qui n’a jamais vu le jour pour de nombreuses raisons, parmi lesquelles la tendance des militantes féministes, motivées par une réalité millénaire, à considérer le pouvoir (et, ce n’est pas une coïncidence, l’argent aussi) comme sale et toxique.

Et comment pourrait-il en être autrement, étant donné que nous avons grandi, et que nous continuons à élever des filles, contrairement aux garçons, dans la croyance que l’ambition, le courage, la force et l’autorité sont de bonnes et brillantes caractéristiques de la masculinité, tandis que les confins tranquilles de la modestie, de l’accommodation, de la compréhension et de l’acceptation sont les qualités déterminantes de la féminité et, encore une fois, de la sexualité féminine.

Le pouvoir et l’argent sont donc naturellement liés aux hommes, mais si c’est une femme qui les détient, mille signaux d’alarme se déclenchent quant à sa légitimité, sa capacité, son honnêteté, sa respectabilité.

Nous sommes nombreuses à avoir été ravies de voir cette femme de 40 ans clouer le bec à Silvio Berlusconi, satrape délirant (Silvio Berlusconi, ndt.) en lui rappelant qu’elle ne tolérerait aucune forme de chantage, et ce avant de traverser la cour et les salles du Quirinal pour recevoir sa charge des mains du Président de la République. Et oui, nous pourrons désormais citer le prénom et le nom d’une femme aux Italiennes pour donner corps au concept de cheffe du gouvernement.

Malheureusement, cette première ministre a déjà décapité la portée symbolique de sa victoire en décidant de s’invisibiliser sous la dénomination même de son rôle politique.

Si elle a clamé avec insistance être femme, mère et chrétienne, dès qu’elle a eu le pouvoir elle a choisi de renier cette même féminité qu’elle mettait en avant dans la mise en valeur de sa foi et de son rôle parental, comme d’autres femmes l’avait fait avant elle, y compris de gauche.  

La fonction qu’elle a acquise, à plus forte raison quand elle est liée au pouvoir de représentation, se décline donc au masculin, renforçant et légitimant malheureusement la vulgate dystopique de la  » femme qui a des couilles  » comme unique manière de reconnaître que l’excellence féminine est possible. « Je serai le président du conseil », a-t-elle fait savoir à la presse, se rangeant ainsi avec nous toutes à la place que le patriarcat lui a assignée.

Au-delà de la distance sidérale de la position de Giorgia Meloni dans le paysage politique par rapport à la pensée féministe (à laquelle elle doit tout de même d’avoir atteint son objectif), ce choix révèle une faiblesse qui retombe inévitablement, vu l’importance de son rôle, sur toutes les femmes. Et cela nous fait revenir en arrière, au point de départ de cette course d’obstacles très ardue vers les lieux décisionnels, au sommet de la politique et de la représentation.

L’historienne Rosangela Pesenti souligne sur son site web que « la position symbolique de Giorgia Meloni dévalorise sa propre victoire et s’inscrit en sourdine dans l’histoire de la défaite des femmes fascistes en Italie, qui a eu lieu au sein du même parti que le sien après la marche sur Rome, avec l’annulation des personnalités les plus charismatiques, reléguant les autres à un rôle qui trouvera plus tard sa configuration dans le nom d’ »auxiliaires ». C’est comme si Elisabeth 1ère et 2ème, ou Victoria, avaient refusé le titre de reine et Catherine ou Marie-Thérèse celui d’impératrice. » Pour s’appeler, en tordant le cou à la grammaire, le roi Elisabeth ou l’empereur Marie-Thérèse.

Monica Lanfranco

Monica Lanfranco

Journaliste, blogueuse et formatrice, Monica Lanfranco a fondé, en 1994, le trimestriel féministe MAREA. Elle a également créé le podcast www.radiodelledonne.org. Elle a enseigné la théorie et la technique des nouveaux médias à l'université de Parme. Depuis 2008, elle dirige Altradimora, un centre de formation et de séminaire féministe. Son dernier ouvrage «Crescere uomini-le parole dei ragazzi su sessualità, pornografia, sessismo» (Grandir en tant qu'homme - paroles d’ados sur sexualité, pornographie, sexisme) a été publié aux éditions Erickson en 2019. Pour consulter ses sites et pages web :Monica Lanfranco, Radio Delle donne, Marea, Altradimora, Il Fatto Quotidiano.

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