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Il m’aura fallu du temps pour comprendre que c’était un viol

Nathalie Galesne Nathalie Galesne
14 mars 2022
Il m’aura fallu du temps pour comprendre que c’était un viol

Mee too a encouragé, chacune d’entre nous, à s’interroger dans son intimité, « entre elle et elle », de manière profonde, sans détour, sur les violences sexuelles qu’elle avait pu vivre, voire ensevelir, refouler, taire, ou, pire encore, intériorisées comme des épisodes qui ne relevaient pas directement de ce type de violence.

Ainsi, depuis le début de la vague déclenchée aux Etats-Unis par l’affaire Weintein, les sachets de révélations confectionnés par les femmes ont infusé durant plusieurs années au gré de témoignages forts, sobres, authentiques : Vanessa Springora, Adèle Haenel, Camille Kouchner pour n’en citer que certains. En faisant boule de neige, ces mots ont permis de délier les langues et se sont démultipliés en une grande prise de conscience personnelle et collective.

J’ai 16 ans, un certain aplomb, je suis en vacances, je sors en boîte presque toutes les nuits, après avoir fait le mur puisque je n’ai pas l’autorisation parentale de rentrer peu avant l’aube comme je le fais souvent. Je suis jolie, je bois, je rigole, je danse, séduis sans me concéder. Dans le jargon macho je suis une allumeuse. De temps en temps je vais demander au dj de me passer mes morceaux préférés : King Crimson, Lou Reed, Bowie, James Brown…

Fermeture de la boîte. Le dj et  son acolyte  (« un vrai bollos », dirait ma fille), que je connais bien vu que nous traînons dans les mêmes lieux, insistent pour que je les accompagne dans le dernier bar ouvert. Je décline l’invitation, pas envie.

J’ai dit non mais je me retrouve embarquée dans la bagnole du bollos, pourtant j’ai lutté de toute mes forces pour ne pas y entrer. Le compère dj est à l’arrière, la voiture file à toute allure au dehors de la ville balnéaire, loin de ses plages, dans la campagne. Et là, c’est ma fête. Cris, insultes et la baston commence : de grosses mandales, douleur sourde, face ankylosée, et puis les doigts du dj qui fouillent au fond de moi, et cette peur blanche qui irradie tout. Ce sentiment que ça peut partir en vrille de manière définitive. Que je peux y laisser ma peau. Je crie, me débats, menace, griffe et mords… ADRENALINE ! La porte s’ouvre, je suis crachée sur une petite route au milieu de nulle part.

Photo N.G.

Je n’ai pas été chez les flics, j’ai bien reniflé qu’il y aurait une seconde violence, intolérable, celle de la négation de ce que j’avais vécu, de la réprobation morale des flics, de ma famille : qu’est-ce que je foutais là dans mon petit jean blanc moulant à 5 heures du matin. Ma pov’ fille tu l’as bien cherché…

« 5 heures du mat, j’ai des frissons … J’suis toute seule, toute seule. Chacun fait fait fait c’qui lui plait plait plait ». C’est la chanson de nos 20 ans, elle marque une époque d’insouciance, baignée par un sentiment d’immortalité que Paris ravive, surtout la nuit. « Chacun fait fait fait c’qui lui plait plait plait.» J’ai 20 ans et il me plait de rentrer vers 5 heures du mat chez moi, j’habite dans une impasse, passage Cottin dans le 18ème.  A une dizaine de mètres avant la porte d’entrée de mon immeuble, une voiture qui m’a suivie stoppe à ma hauteur, les portières s’ouvrent violemment, deux types essaient de me pousser à l’intérieur.

Tiens, tiens, impression de déjà-vu. Bouffée d’ADRENALINE qui aiguise d’excellents reflexes. Je me jette à terre, hurle, et dans cette position, forces décuplées, je lance coup de pieds et coup de poings en direction de mes agresseurs. Car j’entrevois le pire, si je rentre dans cette caisse, je risque d’aller nourrir les vers au bois de Boulogne, c’est à la vie à la mort et une fois de plus c’est la première qui l’emporte.

Le lendemain, le flic, qui fait la circulation au carrefour de la rue Custine et de la rue Clignancourt, à qui je demande dans quel commissariat je dois me rendre pour porter plainte, me demande ce que je faisais à pareille heure et si j’ai des témoins. Je rebrousse chemin.

Illustration pour la couverture de « King Kong Théorie » de Virginie Despentes, éd. Grasset

Pourquoi raconter, aujourd’hui, ces deux épisodes advenus à 4 ans d’écart, il y a plus de quarante ans ? Précisément parce que le second a évincé le premier. C’est celui-ci que j’ai raconté durant toutes ces années à mes interlocutrices et interlocuteurs pour illustrer la violence que j’avais vécue, moi aussi, comme tant d’autres femmes. Mais l’autre, le premier, je me suis bien gardée d’en parler, je l’ai étouffé jusqu’à cette invitation de Mee too à l’introspection. Jusqu’à ce que ça murisse dans ma tête, Jusqu’à ce collage de l’activiste féministe, Marguerite Stern : « Il m’aura fallu du temps pour comprendre que c’était un viol » dont le « je » universel renvoie au viol que certaines d’entre nous ont tenté en vain d’occulter et qui n’est rien d’autre que ce que Virginie Despentes décrit comme : « l’organisation politique par laquelle un sexe déclare à l’autre “je prends tous les droits sur toi, je te force à te sentir inférieur, coupable, dégradée…”(1)».

(1) Virginie Despentes, King Kong théorie, Grasset & Fasquelle, LGF, Paris, 2006, p. 34.
Nathalie Galesne

Nathalie Galesne

Nathalie Galesne est fondatrice des magazines en ligne babelmed.net et web arts résistances. Elle a collaboré également avec plusieurs médias dont la Rai, le magazine féministe « Noi Donne » et « Le Courrier de l’Atlas ». En octobre 2014, elle a reçu le Prix du Journaliste Méditerranéen pour son reportage sur Lampedusa : « Lampedusa, la tragédie d’une île ». Elle est l’auteur de plusieurs publications dont Syrie, éclats d’un mythe (Actes Sud, 2002). En dehors du journalisme, elle enseigne le français à l’Université.

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