Près de trois femmes journalistes sur quatre ont déjà été victimes de violence en ligne dans le monde, selon une large étude de l’UNESCO menée en 2020. Les dernières données de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture montrent une aggravation de ce phénomène, alimenté par l’Intelligence Artificielle et la montée de l’autoritarisme.
Une étude de Reporters sans frontières (RSF) publiée en 2025 constate également que, dans plus de 110 pays, les journalistes couvrant les droits des femmes, les violences sexistes et sexuelles ou de genre sont particulièrement exposées.
De nombreuses victimes ont pris la parole publiquement : Linh-Lan Dao, journaliste française à France Télévisions, Salomé Saqué autrice française et journaliste pigiste à Socialter et d’autres à l’international, comme notre contributrice libanaise Fatima Al-Bassam, qui racontait sur notre site les attaques dont elle a été la cible en octobre 2024 dans le contexte de la guerre au Proche-Orient. Leurs témoignages sont édifiants pour comprendre que les violences en ligne mettent réellement en danger les personnes concernées et menacent la liberté d’expression ainsi que le droit à l’information.
Élodie Vialle est spécialisée sur la protection des journalistes et a une longue expérience dans le domaine, notamment en tant que formatrice et consultante pour des organisations de défense de la liberté d’expression. En France, la Société civile des auteurs multimédia (SCAM) – qui gère notamment les droits d’auteurs des journalistes français.es – a organisé un atelier gratuit en avril 2026 à destination de ses membres, animé par la professionnelle pour « donner des outils » face au cyberharcèlement. Une demi-journée d’information et de sensibilisation dense à laquelle Medfeminiswiya a participé et partage ici les enseignements pratiques.

S'informer, signaler, documenter
La première étape pour lutter contre le cyberharcèlement est de bien le définir, sous toutes ses formes, afin de mieux l’identifier. L’association américaine PEN America donne la définition suivante : « ciblage systématique ou grave d’une personne ou d’un groupe en ligne via un comportement nuisible » . Sur son site internet, un manuel de défense est disponible en cinq langues (dont français, anglais et arabe), comprenant un glossaire de plusieurs tactiques de cyberharcèlement suivies d’une réponse possible.
Capture d’écran du glossaire en ligne établi par PEN America. Disponible via ce lien.
Il existe en effet différentes attaques (de la photo altérée par IA, « deepfake » au « doxing », soit la publication d’informations personnelles en ligne) et les moyens de s’en prémunir ne sont pas toujours identiques. « C’est important d’avoir le vocabulaire en tête, car quand on signale les faits, nous pouvons dire de quoi il s’agit précisément », justifie Elodie Vialle. La formatrice insiste d’ailleurs sur la nécessité du signalement aux plateformes concernées, même si celui-ci ne paraît pas toujours efficace : « Au moment de porter plainte, ou bien si l’avocat veut faire remonter une demande par exemple, si aucun signalement n’a été fait, c’est plus difficile. » Pour rappel, en France, le cyberharcèlement est un délit pouvant entraîner jusqu’à trois ans de prison et 45 000€ d’amende. Le mentionner aux harceleurs.ses peut d’ailleurs être une première réaction possible.
L’autre réflexe à avoir est de documenter dès le début les faits de harcèlement en ligne avec des captures écran.
Renforcer votre cybersécurité
Une série de pratiques relevant plutôt de la cybersécurité doit être mise en place dès que possible pour se protéger telles que : renforcer les paramètres de confidentialité de ses réseaux sociaux, créer des alertes à son nom sur Google, nettoyer ses traces en ligne (un vieux CV ou blog, etc), avoir un mot de passe par site en recourant à un gestionnaire de mots de passe, activer la double authentification sur les réseaux sociaux, utiliser des messageries privées, mettre un cache sur sa caméra ou encore éviter les WIFI des espaces publics.
Élodie Vialle recommande de préserver un équilibre entre vie professionnelle et personnelle. C’est à dire : différencier les boîtes mail, si possible avoir deux ordinateurs et téléphones, parler à son entourage du cyberharcèlement pour identifier les soutiens au travail et parmi ses proches. Ne pas rester seul.e est essentiel pour préserver sa santé mentale.
Renforcer les paramètres de confidentialité de ses réseaux sociaux, créer des alertes à son nom sur Google, nettoyer ses traces en ligne (un vieux CV ou blog, etc), avoir un mot de passe par site en recourant à un gestionnaire de mots de passe, activer la double authentification sur les réseaux sociaux, utiliser des messageries privées, mettre un cache sur sa caméra ou encore éviter les WIFI des espaces publics.
Se protéger émotionnellement
Il est courant d’entendre en cas de harcèlement en ligne « déconnecte-toi », une action plus ou moins facile à mettre en œuvre, surtout quand son activité professionnelle nécessite une exposition. Il est en tout cas sain de se couper des réseaux au moins une heure avant de dormir. La formatrice conseille d’installer sur son téléphone une application pour faire des exercices de respiration, s’aider d’outils comme la roue des émotions pour mettre des mots sur son ressenti ou s’appuyer sur des grilles facilement trouvables sur internet pour évaluer son stress. En résumé : prendre soin de soi. Elle cite au passage l’essayiste et poétesse américaine féministe Audre Lorde : « Prendre soin de soi-même ne relève pas de l’auto-indulgence envers soi-même, c’est de la préservation de soi et c’est un acte de guerre politique. »
Si la charge mentale du harcèlement en ligne est trop lourde, une solution peut être de demander à un tiers d’effectuer certaines actions comme le signalement : une personne formée au sein de la rédaction, un.e proche bienveillant.e ou une organisation spécialisée (Accessnow ou Tech4Society).
Aider ses pair.es
Et si cela arrive à une de ses consœurs ou confrères, comment réagir ? D’abord l’écouter, sans l’interrompre. Penser à sa propre sécurité avant d’agir et toujours respecter le consentement de la personne. Rassurer, ne pas minimiser. Et partager ces ressources, conseils avec elle ou lui !
Si la charge mentale du harcèlement en ligne est trop lourde, une solution peut être de demander à un tiers d’effectuer certaines actions comme le signalement : une personne formée au sein de la rédaction, un.e proche bienveillant.e ou une organisation spécialisée.
Quelques ressources supplémentaires
Faites le test en ligne avec Shira pour voir si vous êtes capables de reconnaître le phishing (escroquerie en ligne qui commence par une forme de communication).
Mesurez l’efficacité de votre mot de passe (en donnant un équivalent, non l’original) sur ce site.
Vérifiez si votre adresse mail est exposée dans une base de données avec le site Pwned.
Découvrez la plateforme multilingue Accessnow qui offre ses services de sécurité numérique aux activistes et ONG et qui peut aussi intervenir en cas d’attaques 24h/24 et 7j/7.
Se rapprocher d’organisations de défense telles que Féministes contre le cyberharcélement.