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« Depuis ce jour, je suis morte à l’intérieur »… Ces mères algériennes que la loi force à choisir entre leurs enfants et un second mariage

Lynda Nacer Lynda Nacer
2 mars 2026
« Depuis ce jour, je suis morte à l’intérieur »… Ces mères algériennes que la loi force à choisir entre leurs enfants et un second mariage

En Algérie, le Code de la famille impose aux femmes divorcées un choix que les hommes n'ont pas à faire. Si elles se remarient, elles risquent de perdre la garde des enfants. Une disposition sans fondement coranique, dénoncée par les juristes, mais que de nombreux tribunaux continuent d'appliquer.

Samia avait 24 ans lorsque sa vie a basculé. Comme des centaines d’autres mères confrontées à l’article 66 du Code de la famille en Algérie, elle a choisi de témoigner à travers le Journal Féministe Algérien (JFA) pour briser le silence autour de cette injustice qui vulnérabilise les femmes divorcées et les expose à un chantage permanent.

Divorcée en 2016 alors qu’elle était enceinte, elle a élevé seule son fils pendant trois ans, sans pension alimentaire. En 2019, elle décide de refaire sa vie. Son avocate la rassure : « Elle m’a dit que c’était très loin qu’on me retire mon fils, qu’il y avait des procédures, que le père devait obtenir l’acte de mariage, que c’était difficile sans relations ou piston. »

Forte de ces assurances, Samia se remarie. L’enfer commence quelques mois plus tard, sous la forme d’une convocation au tribunal. « J’ai été choquée que l’affaire se règle lors de la première audience. La juge a pris le dossier et m’a dit qu’elle appliquait la loi, qu’elle s’en excusait. C’était fini. »

Ce que dit la loi, ce qu’elle cause

L’article 66 du Code de la famille dispose que la mère perd la garde si elle se remarie avec un homme qui n’est pas de la famille proche de l’enfant. La loi prévoit une réserve tenant à l’intérêt de l’enfant, mais les magistrats l’appliquent rarement. Elle ne concerne que les femmes : un père remarié ne perd jamais la garde, quelle que soit sa situation conjugale.

« Cette déchéance n’a pas de source coranique ni religieuse, mais doctrinale. Les docteurs de l’islam ont essayé de trouver des arguments justifiant la perte de la garde », explique Nadia Aït Zaï, avocate et présidente du Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme (CIDDEF), une organisation algérienne fondée en 2002 qui vise à promouvoir et diffuser l’information sur les droits des femmes et des enfants.  Le premier postule que la mère remariée ne porterait plus la même attention à ses enfants du premier lit. Le second s’appuie sur un hadith jugé “faible” par de nombreux auteurs. Le troisième invoque la protection de l’enfant face aux risques de violences de la part d’un beau-père. Trois présomptions, aucune certitude.

L’article 66 du Code de la famille dispose que la mère perd la garde si elle se remarie avec un homme qui n’est pas de la famille proche de l’enfant. […] Un père remarié ne perd jamais la garde, quelle que soit sa situation conjugale.

La réforme de 2005, présentée comme un progrès, a aggravé la situation en plaçant le père en deuxième position dans l’ordre de la garde, au lieu de la sixième, dès lors que la mère perd ses droits. Avant 2005, c’était la grand-mère maternelle. « Les problèmes ont commencé de là », résume la militante féministe. Entre 2016 et début 2020, 6 138 affaires de déchéance de garde ont été jugées. Dans 62 % des cas, la garde a été retirée à la mère.

Le père, souvent absent pendant des années, apprend le remariage de son ex-épouse. Il dispose d’un an pour saisir le tribunal. Le juge applique l’article 66. La garde change de mains. L’enfant est confié à un père qu’il connaît parfois à peine.

Nadia Aït Zaï observe une instrumentalisation croissante de cette procédure : « De nombreux ex-maris viennent récupérer la garde pour embêter la première épouse ».

« Je ne pouvais pas prendre le risque de perdre mon fils »

Ilhem n’est pas passée devant un tribunal. Elle a anticipé. Divorcée depuis cinq ans, elle vit chez ses parents avec son fils, dans une ville du centre du pays. Elle a choisi de se confier à Medfeminiswiya :« J’ai divorcé parce que mon mari me battait. Ce n’était pas une question de fierté, c’était une question de survie. » Elle marque une pause, les yeux fixés sur un point quelque part au-delà de la pièce. « Les coups ont commencé six mois après le mariage. D’abord une gifle. Puis ça s’est installé, comme une habitude. Pendant des années, j’ai espéré que ça changerait. »

Sa belle-famille savait. Sa belle-mère, dit-elle, l’aimait sincèrement et intervenait parfois quand les choses devenaient vraiment graves. Mais ses mots à elle ne changeaient rien au fond. « Elle me disait : « Patiente, c’est ton destin » ». Ilhem répète la phrase, presque doucement, comme si elle cherchait encore à en comprendre le sens. « Patiente jusqu’à quand ?« 

Quand elle a décidé de partir, sa première pensée a été pour son fils. Elle avait entendu parler de l’article 66, de ces femmes qui perdent leurs enfants quand elles se remarient. « Je n’avais pas d’argent pour un avocat. Je ne pouvais pas me permettre d’aller vérifier mes droits devant un tribunal. Alors j’ai fait mes calculs toute seule. »

Depuis, des hommes l’ont demandée en mariage. « Des gens bien », précise-t-elle. Elle esquisse un sourire bref : « Mais à chaque fois, je me disais : et si je perds mon fils ? Je ne connaissais pas exactement la loi. Mais je ne pouvais pas prendre ce risque. Mon fils, c’est tout ce que j’ai construit depuis que je suis partie. »

Ce qui pèse le plus, ce n’est pas la solitude, c’est le regard : « Une femme divorcée qui ne se remarie pas, c’est louche. On te plaint, on te juge, on te demande pourquoi. » Sa voix se durcit légèrement. « Comme si refuser de refaire sa vie était une maladie. Je vis comme ça depuis cinq ans. Je l’ai choisi. Mais je ne l’aurais pas choisi s’il n’y avait pas cette épée au-dessus de ma tête. »

Quand la justice devient prolongement de la violence

Samia, elle, a vécu l’après. Une fois la garde perdue, elle ne voit plus son fils que deux fois par semaine dans une maison où vit toute la famille paternelle. C’est là qu’elle apprend ce que l’enfant subit : « Il a commencé à me raconter ce qui lui arrivait. Du harcèlement sexuel de la part des fils de l’oncle. La maison est grande, les grands-parents sont âgés, le père travaille. On peut dire qu’il a été abandonné. »

Au commissariat, l’accueil en dit long : « L’officier m’a dit que si j’avais eu peur pour mon fils, je n’aurais pas dû me remarier. Que nos mères avaient patienté. » Au bureau du procureur, même mépris. Le témoignage de Samia pulvérise l’argument selon lequel le retrait de la garde protégerait l’enfant. L’enfant n’est pas protégé. Il est déraciné.

La révolte de 2020 et le long chemin du plaidoyer

En 2020, plus de 12 000 mères divorcées se sont rassemblées sur Facebook pour réclamer la fin de la déchéance automatique. Le CIDDEF a transmis en 2021 un plaidoyer juridique complet aux plus hautes autorités, démontrant que l’article 66 contrevient à la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par Alger. La présidence de la République n’a pas répondu.

Ce qui pèse le plus, ce n’est pas la solitude, c’est le regard : « Une femme divorcée qui ne se remarie pas, c’est louche. On te plaint, on te juge, on te demande pourquoi.

Les chiffres de 2024 laissent entrevoir une légère évolution. Sur 5 500 affaires, 2 500 ont abouti au maintien de la garde à la mère. « Les juges commencent à juger en fonction de l’intérêt supérieur de l’enfant », observe Nadia Aït Zaï. Mais beaucoup continuent d’appliquer la loi mécaniquement. Face à cette impasse, certaines mères divorcent de leur second mari pour récupérer la garde, avant de se remettre en couple par la fatiha (un mariage religieux non déclaré), sans protection légale. D’autres renoncent à refaire leur vie. D’autres quittent le pays.

En Algérie, l’article 66 ne retire pas seulement des enfants à leurs mères. Il impose aux femmes l’idée que leur bonheur est incompatible avec leur rôle maternel. Que refaire sa vie est un luxe réservé aux hommes. Et que la loi, loin de protéger l’enfant, sert d’abord à punir celle qui a osé vouloir autre chose que la solitude.

Samia, elle, regarde son fils grandir à distance : « J’ai perdu espoir dans la justice. S’il y avait une justice, des psychologues vérifieraient si la mère est apte, si le père est apte. Ce n’est pas une loi qu’on applique pour tout le monde. C’est le plus grand crime que j’ai vu contre la femme. Depuis ce jour, je suis morte à l’intérieur. »

Lynda Nacer

Lynda Nacer

Journaliste algérienne, Lynda Nacer a travaillé au quotidien national Liberté pendant près de 15 ans, avant de rejoindre Maghreb Emergent, un média économique de référence en Algérie.

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