« Reflets intérieurs » d’Adèle Berthelin, un récit photographique autour du cancer du sein

En France, le cancer du sein est le plus fréquent chez les femmes et est aussi le plus meurtrier. Son incidence et sa mortalité diminuent toutefois d’année en année. Les femmes touchées par cette maladie vivent souvent un bouleversement de leur féminité. C'est cette dimension qu'a voulu explorer la jeune photographe Adèle Berthelin dans son travail artistique marqué par l’intime. Portfolio.

Depuis toujours, mon travail photographique s’attache à représenter les femmes, à tous les âges de leur vie et dans les épreuves qu’elles traversent. La maladie en fait partie.

Le cancer du sein représente près de 33 % des cas de cancers féminins, il est le plus courant. Il m’est apparu comme un sujet essentiel.

Dans le cadre de mon projet de fin d’études, j’ai contacté des associations afin de réaliser des portraits de femmes ayant vécu cette maladie, pour les représenter et recueillir leurs histoires.

Me confronter à leur douleur m’a d’abord semblé brutal, violent. Pourtant, au fil des échanges, j’ai mesuré tout ce que cette maladie implique. En tant que femme, je me suis sentie profondément touchée. Le cancer du sein dépasse largement l’atteinte physique : il vient questionner l’identité, la féminité et le rapport au corps. Les traitements entraînent des conséquences parfois lourdes : fatigue extrême, douleurs, transformations corporelles, voire détresse psychologique.

C’est avec cette prise de conscience que j’ai choisi de mettre ma photographie au service de ces femmes. Mon intention n’est pas de les enfermer dans une mise en scène artificielle, mais au contraire de respecter leur réalité. J’explore ainsi une double intimité : celle de leur espace de vie et celle de leur corps. Ces portraits, réalisés à Paris et dans ses environs, traversent différents milieux sociaux, car la maladie touche sans distinction.

Il était essentiel pour moi que chaque femme puisse retranscrire son vécu avec ses propres mots. Le choix de la lettre manuscrite s’est imposé comme une forme à la fois intime et sincère, une manière sensible de faire entendre leur voix. Mon objectif est de donner à voir, à lire et à comprendre, affirmer que leurs corps existent pleinement, au-delà de la maladie.

Tania a 54 ans et sa vie a basculé après l’annonce d’un cancer du sein.
« Je dirais que la vie ne s’arrête pas, qu’on peut toujours être belle, féminine, active, avoir des projets, qu’on a le droit de se montrer telle que l’on est, qu’on a le droit d’exister. »
Wilnette est mère de famille et infirmière, diagnostiquée d’un cancer du sein à 36 ans.
« Il faut juste essayer de s’en sortir et espérer que cela ira mieux… il faut se raccrocher à la vie au maximum malgré tout. »
Farah a appris son cancer du sein en 2022, dont le parcours est marqué par des traitements lourds et une reconstruction progressive.
« Mon corps est fort… On se remet toujours debout et on avance avec nos cicatrices. »
Carole est âgée de 55 ans et vit avec un cancer du sein depuis plus de 10 ans. Malgré les rechutes et les traitements à vie, elle fait preuve d'une grande lucidité et d'une force tournée vers l’écoute de son corps et l’affirmation de sa féminité.
« La mastectomie n’atténue en rien ma féminité. »
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