L’association SAFA à Marseille, toujours en lutte contre la précarité hygiénique

Depuis le 1er octobre 2026 en France, les culottes menstruelles et les cups peuvent être remboursées par l’Assurance maladie sous certaines conditions. SAFA, une association qui lutte en partie contre la précarité menstruelle, pointe les limites de cette mesure.

Plusieurs flyers présentant l’ensemble des activités proposées par l’association ont été distribués lors de l’événement. © Salma Matri

C’est dans le premier arrondissement de Marseille, dans le café KRM à quelques pas du Vieux-Port, que l’association SAFA a organisé sa journée portes ouvertes du 4 octobre, afin de permettre à de potentielles futures bénéficiaires de s’inscrire à leurs différents ateliers et campagnes de distributions de produits hygiéniques.

Sur place, plusieurs bénévoles sont présentes pour répondre aux questions et demandes des visiteuses, ainsi que des créatrices venues exposer leurs produits. L’association voulait profiter de l’événement pour donner de la visibilité à des créatrices marseillaises émergentes. 

Un pop-up organisé par l’association en marge de l’événement, réunissant plusieurs créatrices marseillaises émergentes. © Salma Matri

Donner de son temps

SAFA, un mot-valise qui mêle les noms des deux co-fondatrices Anissa et Fatou, est une association fondée en octobre 2020, dont le but est de “répondre à des besoins souvent invisibilisés : ceux liés à l’hygiène et à la santé”, comme l’indique leur site internet. 

Basée à Paris depuis sa création, son antenne marseillaise existe depuis un an.

Si cette association a pu voir le jour, c’est parce que ses fondatrices ont fait preuve d’un bel élan de solidarité bien avant de donner à leur engagement une forme associative.

Pendant leurs années d’études à Paris, les deux jeunes femmes se sont associées pour acheter des produits d’hygiène en grande quantité et organisaient elles-mêmes des maraudes en distribuant ces produits aux personnes dans le besoin. 

« On rassemblait nos propres sous, on ne demandait pas forcément des fonds et on donnait de notre temps », raconte Fatou, la co-fondatrice devenue présidente, âgée de 27 ans. 

La jeune femme explique avoir dans son entourage des ami.e.s qui ont fondé leur propre association pour distribuer principalement des produits alimentaires. Animée elle-même par l’envie de rejoindre le monde associatif avec Anissa, elle tenait à fonder une structure qui « sort du lot » et qui cible un public spécifique, d’où l’idée de privilégier l’hygiène et de viser principalement les femmes.  

En plus des distributions spontanées, la Caverne de SAFA offre un espace de solidarité et de partage. A l’image de la caverne d’Ali baba, c’est un espace solidaire où les bénéficiaires trouvent sur place une multitude de produits hygiéniques en accès gratuit, mais également des ateliers de sensibilisation sur la santé, ainsi que des ateliers créatifs et une panoplie d’activités et de sorties proposées par l’association. 

Les ateliers autour de la santé sont organisés par le pôle santé de l’association avec les deux co-référentes de l’antenne marseillaise, Sarah et Manal, qui étaient présentes ce jour-là.

Elles ont expliqué que les ateliers créatifs sont en effet proposés toujours en rapport avec l’atelier de santé qui le précède. « Lors du dernier atelier qu’on a organisé, on a parlé de la maladie de Parkinson, et parmi ses symptômes on trouve la micrographie et les tremblements. Et donc on a fait juste après un atelier de calligraphie. Ils appellent ça les Sunday santé, à l’antenne de Paris », raconte Manal. 

Des bénévoles de l'association SAFA échangeant avec de potentielles bénéficiaires. © Salma Matri

Certaines protections hygiéniques dorénavant remboursées

Ce qui pourrait potentiellement alléger la charge de l’association, c’est la rentrée en vigueur en France au 1er octobre 2026, d’une mesure permettant le remboursement par l’Assurance maladie des protections périodiques réutilisables. À noter que cela ne concerne que le remboursement de deux produits, les culottes et les coupes menstruelles réutilisables, et n’est valable que pour les femmes âgées de moins de 26 ans. 

Cette mesure annoncée depuis le 16 avril est le fruit de plusieurs années de lutte et de revendications portées par diverses associations qui luttent contre la précarité menstruelle, telles que Règles élémentaires et Dons Solidaires. Cette dernière avait notamment publié un baromètre en début d’année indiquant que 4 millions de Français.es sont en situation de précarité hygiénique en France. Selon la même source, 13% des femmes réglées déclarent ne pas pouvoir se procurer assez de protections hygiéniques pour elles ou pour leurs filles. Une femme réglée sur 10 serait contrainte de recourir à une alternative aux protections hygièniques, faute de moyens. 

Selon une enquête du journal Le Monde, le coût lié aux menstruations s’élèverait à 150 euros par an et parfois plus selon les différentes études mentionnées.  

Une avancée, toutefois limitée

Cette mesure reste incomplète aux yeux de plusieurs membres de SAFA. « Je ne trouve pas ça normal de ne rembourser que les moins de 26 ans parce qu’on n’est pas ménopausées à 26 ans, fait remarquer Sarah. En plus, ne proposer que des cups ou des culottes menstruelles, alors qu’il ya des femmes qui sont plus à l’aise avec des tampons ou des serviettes, je ne comprends pas non plus. »

Le gouvernement justifie son choix en misant sur la durabilité et la réduction des déchets. 

Pour Sarah, c’est une mesure qui s’avère très bénéfique pour les femmes âgées de moins de 26 ans, mais exprime aussi sa réticence par rapport à la limite d’âge imposée: « On part du principe qu’à partir de 26 ans on est censées être actives, donc avoir un salaire. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Il suffit qu’à 26 ans je sois une mère célibatire avec un enfant en bas âge pour ne pas forcément avoir les moyens. »

« Je ne trouve pas ça normal de ne rembourser que les moins de 26 ans parce qu’on n’est pas ménopausées à 26 ans »

Quant à Nafissatou, référente hygiène de l’association, cette mesure vient combler un vrai manque dans l’accès à l’hygiène pour les femmes : « Je trouve que c’est une bonne action. Là, on a eu deux jeunes filles qui sont venues s’inscrire comme bénéficiaires et elles me demandaient justement si on fournissait des culottes menstruelles, parce que l’une d’elles a des allergies à cause des serviettes et malheureusement elle a plus que 26 ans. » 

Clara, fondatrice de la marque d’accessoires en crochet KANIAR et exposante, fait partie des femmes non concernées par la mesure suite à sa maladie: « Moi je ne peux pas en bénéficier parce que ma contraception, liée à l’endométriose, fait que je n’ai plus de règles. Très peu de pharmacies à Marseille en vendent pour l’instant. Mais c’est génial qu’on puisse avoir deux culottes menstruelles par an. »

Cette mesure ne constitue pas une première en Europe, mais une décision plutôt timide en comparaison avec les autres modèles existants. A titre d’illustration, l’Ecosse fait figure de pionnière absolue au niveau mondial avec un accès aux protections totalement gratuit et universel. D’autres pays européens ont choisi d’agir différemment, notamment l’Espagne qui est devenue le premier pays européen à introduire le congé menstruel rémunéré pour les femmes souffrants de règles incapacitantes. Ou encore l’Irlande qui, à défaut d’un remboursement ou d’une gratuité totale, a totalement supprimé la “taxe tampon”, une taxe appliquée aux produits de protection hygiénique féminine.     

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