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Un simple coup d’œil sur les réseaux sociaux suffit à nous envahir chaque jour d’images et de vidéos d’une sérénité remarquable : une mère impeccablement vêtue murmurant à son enfant, alors que celui-ci est en pleine crise de colère ou un coach parental proposant une stratégie magique pour éliminer la rébellion, et des publications insistant sur le fait que le calme d’une mère est la seule garantie du bonheur de son enfant, tout en avertissant que le simple fait d’élever la voix, même une seule fois, pourrait nuire de façon permanente au bien-être psychologique de l’enfant.
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’écran du téléphone, la mère est épuisée, entourée de jouets éparpillés et des pleurs incessants de son enfant. Un sentiment familier s’installe peu à peu : l’étouffante impression d’échec et de culpabilité.
Chaque matin, nous, mères épuisées, nous réveillons dans une époque numérique insidieuse qui enferme la maternité dans des moules préétablis et des idéaux impossibles. Sur ces plateformes, la parentalité moderne, autrefois source de conseils, est devenue un critère de réussite, une guillotine qui prononce des jugements sévères et préconçus sur quiconque craque au terme d’une longue et épuisante journée. Mais arrêtons-nous un instant, mettons de côté ce fardeau imposé et envisageons la parentalité avec réalisme et bon sens.
Nous n’élevons plus nos enfants dans des pièces closes. Nous nous efforçons constamment de les protéger des images numériques et contenus idéologiques envahissants qui exigent des mères une vigilance émotionnelle et un esprit critique constants.
Du cœur de l'expérience
Mère de trois enfants, je suis confrontée quotidiennement à ce flot incessant de conseils, comme tant d’autres. Pourtant, l’expérience m’a appris une vérité inestimable : la maternité ne se résume pas à un modèle, et il est impossible d’adopter sans esprit critique tout ce que l’on entend.
La vie familiale ne se gère pas en quelques vidéos de 15 secondes. Des enfants élevés sous le même toit, même avec les mêmes parents, peuvent être très différents. Chaque enfant a son propre tempérament et ses propres besoins : certains réagissent bien à une éducation douce, d’autres testent constamment les limites, tandis que d’autres encore ont besoin de règles claires et fermes pour se sentir en sécurité et organisés. Il est donc injuste de juger une mère qui a haussé le ton simplement parce que des expert.es en parentalité en ligne prônent l’idée que « calme parental parfait = enfants heureux ». Chaque enfant est unique, et chaque mère connaît mieux que quiconque la situation de son propre enfant.
L’ère de la simplicité contre l’ère des « technologies dangereuses »
La pression de ce jugement constant dépasse le cadre des plateformes numériques. Elle se manifeste aussi dans les comparaisons générationnelles que beaucoup d’entre nous entendent de la part de nos mères et grands-mères : « Nous avons élevé cinq, six, voire sept enfants. Et aujourd’hui, tu as du mal avec un ou deux. »
De telles comparaisons sont profondément injustes envers les mères d’aujourd’hui. Avec tout le respect que nous devons aux générations précédentes, permettez-nous de dire ceci : vous viviez dans un monde bien plus simple et paisible, tandis que nous élevons nos enfants au milieu du rythme effréné et du bruit incessant de la vie contemporaine.
Autrefois, l’éducation des enfants était une responsabilité partagée, soutenue par les voisins, la famille élargie et les communautés soudées. Les enfants pouvaient jouer dehors en toute sécurité pendant des heures sans s’inquiéter. Aujourd’hui, les mères sont souvent confrontées à ce que l’on pourrait appeler l’ère des technologies dangereuses, où le monde entier, avec ses opportunités et ses risques, s’invite dans l’esprit de l’enfant à travers un petit écran, dans le cocon familial. Nous n’élevons plus nos enfants enfermés dans des chambres. Nous essayons constamment de les protéger des images numériques et contenus idéologiques envahissants qui exigent des mères une vigilance émotionnelle et un esprit critique constants – un fardeau que les générations précédentes n’avaient tout simplement pas à porter.
Créer des environnements flexibles qui encouragent l’exploration plutôt que d’imposer des attentes irréalistes aux parents et aux enfants.
Le piège de la course numérique et l'enchevêtrement de la maternité moderne
Les pressions liées à la parentalité moderne ne se limitent plus à la vie affective au sein du foyer. Elles se sont étendues à une course effrénée d’activités extrascolaires. La mère d’aujourd’hui se retrouve souvent transformée en coordinatrice et en chauffeur, courant toute la journée entre les cours de natation, le sport, les activités artistiques, les travaux manuels et la musique. Parfois, sans s’en rendre compte, elle se lance dans cette course pour tenter de compenser ce qui lui a manqué durant son enfance, ou pour échapper aux comparaisons avec ses proches et les autres parents d’élèves, craignant que ses enfants ne soient perçus comme « inférieurs » dans un monde saturé de publicités et de marques destinées aux enfants.
Cette course effrénée vers l’avenir se mêle à un réseau complexe d’attentes sociales qui exigent des mères modernes qu’elles excellent dans tous les domaines. On attend d’elles qu’elles préservent leur santé, leur apparence et leur forme physique ; qu’elles tiennent une maison impeccable ; qu’elles habillent leurs enfants avec élégance ; qu’elles préparent des repas sains et faits maison (ce qui demande beaucoup de temps et d’efforts en cuisine) ; qu’elles soient à la fois enseignantes, soutiens affectifs, épouses et partenaires à part entière. Parallèlement, on attend d’elles qu’elles soient cultivées, professionnellement accomplies et financièrement indépendantes. Ce cycle incessant d’attentes engendre un fardeau psychologique écrasant et rend le sentiment d’inadéquation perpétuelle quasi inévitable. Car, après tout, l’énergie humaine a ses limites.
La parentalité moderne : comprendre les enfants, ne pas restreindre les mères
Critiquer ces pressions ne signifie pas rejeter les théories modernes de la parentalité. Bien au contraire. En lisant les pionniers du domaine, on constate que leur objectif a toujours été de nous aider à comprendre les enfants en bas âge, et non de surcharger les mères.
En 1949, dans L’esprit absorbant de l’enfant, Maria Montessori écrit : « L’enfant n’est pas un vase à remplir, mais un feu à allumer. Nous ne devons pas faire pour l’enfant ce qu’il peut faire lui-même. »
Ses propos nous invitent à créer des environnements flexibles qui encouragent l’exploration plutôt que d’imposer des attentes irréalistes aux parents comme aux enfants.
De même, la psychologue Laura Markham nous rappelle dans Parents sereins, enfants heureux (en anglais Peaceful Parent, Happy Kids 2012) que lorsqu’un jeune enfant fond en larmes, il ne cherche pas à contrôler sa mère, mais a simplement perdu le contrôle de ses émotions. Elle encourage les mères à devenir, autant que possible, des régulatrices émotionnelles pour leurs enfants, sans pour autant suggérer que le monde s’écroule si une mère ne parvient pas à rester parfaitement calme en toutes circonstances.
Lorsque des écrivaines arabes ont tenté d’adapter ces idées aux contextes locaux, elles ont également insisté sur la souplesse plutôt que sur une application rigide. La consultante en parentalité Salwa al-Mulla écrit dans son ouvrage publié en 2016 Parentalité intelligente (en arabe, chez Daral-Mada) : « Les cinq premières années sont celles durant lesquelles se construit le capital de sécurité affective de l’enfant… Les châtiments corporels ne font qu’inculquer à l’enfant la peur et le repli sur soi. » L’objectif est de cultiver cette sécurité affective, et cette sécurité se construit par l’amour et la souplesse, et non en poursuivant les apparences ou en nourrissant des attentes irréalistes.
Un message de raison et de compassion : Tu es une mère. Tu es suffisante.
Être parent aujourd’hui n’est pas un mode d’emploi à suivre à la lettre, ni une compétition pour prouver sa perfection aux yeux des autres via nos écrans. Tenter de se conformer à des règles rigides tout en assumant de multiples responsabilités peut transformer la maternité en un fardeau incessant et la dépouiller de sa spontanéité et de son humanité.
Peut-être, dès lors, les mères devraient-elles considérer les conseils parentaux comme des outils de compréhension plutôt que comme des normes leur permettant de s’évaluer elles-mêmes.
Les accès de colère d’une mère n’effacent en rien l’amour et l’attention qu’elle prodigue au quotidien. L’imperfection n’est pas synonyme d’échec. Nous pouvons tirer profit des enseignements de la parentalité moderne pour mieux comprendre nos enfants sans pour autant laisser ces enseignements devenir un nouveau critère d’exigence irréaliste auquel nous nous comparons.
