En France, le revenu salarial moyen des femmes travaillant dans le secteur privé était inférieur de 21,8 % à celui des hommes en 2024, selon l’Insee. Elles ont perçu en moyenne 22 060 euros sur l’année, quand leurs homologues masculins en touchaient 28 220.
Le temps partiel, plus souvent subi par les femmes, explique une partie de cette différence. Il ne suffit pourtant pas à la justifier, puisqu’à temps de travail identique l’écart se maintient à 14 %.
Avant de se demander comment répartir le loyer ou les courses, mieux vaut donc regarder ce que chacun·e gagne réellement.
Un écart qui se réduit de plus en plus lentement
La tendance va dans le bon sens, mais elle s’essouffle.
En 2024, l’écart n’a reculé que de 0,4 point, alors qu’il diminuait en moyenne de 0,9 point par an entre 2019 et 2023. Si ce rythme se maintient, l’égalité salariale ne sera pas atteinte avant plus d’un demi-siècle. Exiger un partage strict à 50/50 dans ces conditions revient à demander un effort proportionnellement plus lourd à celle qui gagne le moins.
Imaginons un couple dans lequel elle touche 2 000 euros par mois et lui 2 600 euros. S’ils divisent en deux un loyer de 1 000 euros, elle y consacre un quart de son salaire, et lui environ 19 % du sien.
Quand le rose coûte plus cher
La pénalité continue une fois le salaire versé. À l’inflation qui touche l’ensemble des biens de consommation s’ajoute la « taxe rose ». Gels douche, déodorants ou rasoirs destinés aux femmes sont fréquemment vendus plus cher que leurs équivalents masculins, alors que leur composition est quasiment la même.
Il s’agit d’une pratique commerciale et non d’un impôt au sens légal, et bien souvent seule la couleur de l’emballage distingue les deux produits. Pour un même usage, les femmes paient davantage, ce qui grignote d’autant leur pouvoir d’achat.
La théorie des pots de yaourt
Un mécanisme plus discret encore pèse sur le patrimoine des femmes. Dans beaucoup de foyers, la répartition des dépenses obéit à une règle tacite. Elle règle les courses, les produits d’hygiène et les frais du quotidien, pendant que lui alimente l’épargne, les placements ou le remboursement du crédit immobilier.
Une étude Ifop publiée en 2024 confirme ce partage des rôles. Plus de la moitié des femmes interrogées disent avoir la charge des dépenses courantes, soit 30 points de plus que les hommes. Ces derniers sont nettement plus nombreux à gérer les placements financiers du foyer.
Le jour d’une séparation, ce déséquilibre devient visible. Les sommes qu’il a investies ont pris de la valeur et lui reviennent, tandis que celles qu’elle a dépensées ont disparu avec les produits consommés. D’où cette image des pots de yaourt vides, seul reste attestant d’années de dépenses quotidiennes.
Derrière l’apparence d’égalité du 50/50, un déséquilibre se rejoue chaque mois et un écart de patrimoine se creuse au fil des années.
Des pistes pour rééquilibrer le partage
La première consiste à contribuer au prorata des revenus. Dans l’exemple évoqué plus haut, elle verserait environ 435 euros pour le loyer et lui 565, de sorte que chacun·e y consacre la même part de son salaire.
Les couples qui se marient ou se pacsent peuvent aussi prévoir, dès la signature, des clauses de compensation patrimoniale. Le travail de celle qui a géré le quotidien pendant que l’autre construisait son patrimoine mérite d’être reconnu. Il paraît également logique de faire entrer dans le budget commun les frais de santé propres aux femmes, qu’il s’agisse des consultations gynécologiques, des échographies ou de la contraception. Ces dépenses concernent le couple tout entier. Apprendre à gérer son argent reste enfin un levier essentiel.
De nos jours, il est temps d’abandonner ces tabous, aborder la question de l’argent dans le couple n’a rien de mesquin. L’autonomie des femmes doit pouvoir s’exercer partout, y compris dans le couple.
