Sous l’ombrière du Vieux-Port de Marseille, le moment est au recueillement. À la lueur des torches et des cierges allumés, une grande banderole est déployée : « 20 féminicides dont une femme trans ». Un décompte déjà bien macabre pour le début de l’année 2026. En ce 7 mars, le rassemblement est plus informel et solennel que la manifestation officielle du lendemain. Certaines personnes viennent y chercher un peu de réconfort, mais peinent tout de même à contenir leurs larmes au moment de prononcer le nom des personnes victimes de féminicides. Il faut dire que le climat politique en France et à l’international (la guerre israélo-américaine au Liban et en Iran ou encore l’omniprésence des discours et des idées de l’extrême-droite dans la sphère médiatique française) laisse planer un sentiment de solitude et d’impuissance parmi les militant·es. « Ça m’est beaucoup arrivé d’être seule chez moi juste angoissée avec mon téléphone et de ne pas savoir quoi faire. Et c’est pour ça que je trouve important de se retrouver autour de mots qui sont parfois durs, mais qui sont aussi ultra importants et qu’il faut porter haut. Surtout pour ne pas oublier tous les noms et toutes les personnes qui ont été assassinées. » explique Emi du collectif Trans VNR 13.
Devoir de mémoire et antifascisme au cœur des discours
Le devoir de mémoire est dans toutes les bouches. À Marseille, l’enjeu d’une bascule à l’extrême-droite aux prochaines élections municipales (15 et 22 mars 2026) est réelle, dans une ville qui a placé trois députés Rassemblement National (RN) sur les bancs de l’Assemblée nationale lors des législatives de 2024 et voté généreusement pour Jordan Bardella (30,14 % des voix) aux dernières européennes. Dans la deuxième ville de France, les clefs de la mairie devraient rester entre les mains du maire divers gauche, Benoît Payan, même si les derniers sondages laissent encore planer le doute sur une possible percée du RN. Mais surtout, on reste vigilant·es dans un moment politique kafkaïen où les rôles sont brouillés et où une minute de silence a été accordée pour rendre hommage à un militant néo-fasciste au sein de l’hémicycle.
Ce soir-là, on refixe la boussole, et c’est un femmage qui est rendu. Un peu en retrait, la projection d’un slogan sur la façade d’un bâtiment avertit : « Ni les femmes, ni les terres ne sont des territoires de conquête » avant que le rassemblement ne se conclue par une manifestation spontanée sur la Canebière.
Le lendemain après-midi, célébration de la journée internationale des droits des femmes, la tonalité a changé. « Aujourd’hui c’est vraiment un deuxième temps pour repartir sur de nouvelles bases et ne pas oublier que malgré ces drames, il faut continuer à lutter. Mais lutter dans la joie c’est aussi important et la preuve en est : la foule, c’est hyper porteur ! », parvient à crier Léa du collectif collage féministe indépendant (une forme d’activisme popularisée par le collectif Collages contre les féminicides, fondé par Marguerite Stern, qui a basculé dans l’extrême-droite et la transphobie et dont les colleuses se sont depuis désolidarisées) au milieu des applaudissements et des hurlements de joie face à la performance du collectif des Queeneuses. Toute l’ombrière prend désormais des airs de festival avec ses stands, ses ateliers, ses danses et ses chants organisés au sein de la ZOF, la zone d’occupation féministe. En continue, un espace pancartes et banderoles permet aux manifestant·es de se préparer en attendant le grand départ à 16h. En parallèle, des prises de paroles de collectif et associations amorcent la marche à venir et donnent corps aux idées. Les Queeneuses, un collectif de danseuses-performeuses, reprend la célèbre performance du collectif féministe chilien Lastesis, Un violeur sur ton chemin, aux cris de « El violador ères tu » (Le violeur c’est toi). Puis quelques mètres plus loin, c’est la chorégraphe et activiste Maryam Kaba et les tambours battants qui occupent l’espace avec une batucada explosive, un genre musical brésilien de Rio de Janeiro, caractérisé par un ensemble de percussions traditionnelles jouant des rythmes de samba rapides, syncopés et festifs.
Ce soir-là, on refixe la boussole, et c’est un femmage qui est rendu. Un peu en retrait, la projection d’un slogan sur la façade d’un bâtiment avertit : « Ni les femmes, ni les terres ne sont des territoires de conquête » avant que le rassemblement ne se conclue par une manifestation spontanée sur la Canebière.
Les luttes féministes en première ligne contre le va-t’en guerre
L’interorga marseillaise du 8 mars a axé le moment autour d’un mot d’ordre : « Nos corps ne sont pas des champs de bataille », pour s’affirmer en opposition avec le climat politique actuel mais aussi la pression à enfanter, les menaces et les mesures répressives qui augmentent contre les minorités en contexte martial. « Parce que quand le fascisme avance ce sont nos droits qui reculent. On le fait dans ce contexte-là, en solidarité avec toutes les femmes et les personnes minorisées du monde », résume Clémence de Nous Toutes Marseille.
« Parce que quand le fascisme avance ce sont nos droits qui reculent. On le fait dans ce contexte-là, en solidarité avec toutes les femmes et les personnes minorisées du monde », résume Clémence de Nous Toutes Marseille.
La manifestation s’élance avec un léger retard pour remonter la Canebière. Des drapeaux palestiniens, libanais, cubains ou encore marocains portent la mémoire des luttes internationalistes et rappellent plus que jamais la nécessité de converger. Sur le Vieux-Port une voix porte cette responsabilité : « Résistance, résistance pour les femmes de Gaza, résistance, résistance pour les femmes de Rafah, résistance, résistance pour les femmes du Liban, résistance, résistance pour les femmes de Téhéran, résistance, résistance pour les femmes du monde entier. »
Retour en images sur la manifestation féministe du 8 mars à Marseille:

